La Belgique a un besoin "urgent" de nouvelles capacités pour l'après-nucléaire

Selon Elia, 3,6 GW de capacités additionnelles (dont des centrales à gaz) sont nécessaires pour compenser la sortie du nucléaire. ©BELGAIMAGE

Selon le gestionnaire de réseau Elia, 3,6 GW de capacités additionnelles seront nécessaires pour compenser l'arrêt des centrales nucléaires en Belgique.

La fin de l'ère nucléaire approche en Belgique et pour Elia, le gestionnaire du réseau de transport (GRT) d'électricité, le pays n'est pas prêt. Dans sa troisième étude biennale sur l'adéquation et la flexibilité, Elia rappelle le "besoin urgent" d'installer de nouvelles capacités pour compenser l'arrêt des réacteurs.

Le GRT juge la sécurité d'approvisionnement du pays comme "vulnérable".

"Il y a un besoin constant en nouvelles capacités pour absorber la sortie planifiée du nucléaire", a déclaré Chris Peeters, le CEO d'Elia à l'occasion de la sortie du rapport, qui rappelle, au passage, la forte dépendance de la Belgique aux importations.

Au regard de cette dépendance, le GRT juge la sécurité d'approvisionnement du pays comme "vulnérable". Il rappelle que "les décideurs politiques belges devraient attentivement réfléchir à cet aspect dans leur prise de décisions afin de maintenir la fiabilité du système énergétique".

Besoin de 3,6 GW

En chiffres, les calculs effectués par Elia estiment à 3,6 GW les besoins de capacités additionnelles. C'est moins que les 3,9 GW suggérés lors de la précédente étude, mais c'est beaucoup plus que ce que prévoit la ministre de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen). À ce stade, cette dernière estime que 2,3 GW de plus, du moins en ce qui concerne les nouvelles centrales à gaz, devront être connectés au réseau (soit 2 à 3 unités).

"Les marchés actuels n’offriront pas d’incitants suffisants pour les investissements requis."
Elia

Les autres capacités, comme la modulation de la demande et le stockage, devront se monter au moins à 800 MW, selon Elia. La ministre n'a pas encore émis d'hypothèse chiffrée à ce sujet.

Elia appelle aussi à la vigilance par rapport aux capacités en place. "Toute capacité existante qui pourrait inopinément quitter le marché belge d’ici 2025 pourrait entraîner des risques d’adéquation pour notre pays", lit-on dans le rapport.

CRM nécessaire

Au regard de ces besoins, Elia rappelle l'importance de la mise en place d'un mécanisme de rémunération de la capacité (CRM) afin d'inciter les producteurs d'électricité à entrer sur le marché belge. Le GRT estime que "les marchés actuels n’offriront pas d’incitants suffisants pour les investissements requis", et un CRM permettrait de palier à ce problème, à condition qu'il soit prêt à temps.

100 à 300 millions
d'euros
Selon Elia, la baisse des prix de gros induite par la mise en place du CRM devrait conduire à un bénéfice annuel de 100 à 300 millions d'euros sur les dix prochaines années.

Rappelons que le CRM est actuellement sous le coup d'une enquête de la Commission européenne. Les premières enchères du mécanisme, programmées pour octobre 2021, permettront d'avoir une vue plus claire des capacités additionnelles proposées et serviront de base pour les prochaines études.

Selon les dernières estimations du consultant Haulogy, le coût du CRM devrait osciller entre 238 et 253 millions d'euros sur 15 ans. Pour Elia, ce coût "devrait être compensé par une baisse des prix de gros pour les consommateurs belges", soit "un bénéfice annuel de 100 à 300 millions sur les dix prochaines années". Rappelons que la ministre a garanti que le coût du CRM ne se refléterait pas sur la facture des consommateurs.

Flexibilité

Au-delà des capacités à ajouter au réseau, Elia a également lourdement insisté sur les changements à mener en temps de transition énergétique. Ici, le GRT rappelle que l'intégration progressive de capacités renouvelables au réseau induites par le Green Deal européen et les objectifs de décarbonation devront obligatoirement s'accompagner d'une amélioration de la flexibilité du réseau.

"Pour exploiter au maximum cette flexibilité, et permettre une meilleure adéquation, il faut accélérer la digitalisation et modifier le design de marché", pointe Elia. En clair, le réseau, lui aussi, doit faire sa révolution, tant au niveau des infrastructures physiques que de son architecture numérique.

Le résumé

  • Selon la dernière étude d'Elia, 3,6 GW de capacités additionnelles seront nécessaires pour compenser la sortie du nucléaire.
  • Le mécanisme de rémunération de la capacité (CRM) est un outil indispensable pour sécuriser l'approvisionnement en électricité post-2025.
  • L'intégration des énergies renouvelables au réseau amplifie le besoin de flexibilité.

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