La Belgique bientôt connectée électriquement à la Grande-Bretagne

Le Maersk Connector a déroulé sur près de 70 kilomètres, sur le fonds marin, l’énorme câble électrique qui doit connecter le Royaume-Uni à la Belgique. Il se trouve aujourd’hui à trois kilomètres de la plage, à Zeebruges. ©rv

Les travaux de Nemo Link avancent bien: les câbles électriques sont arrivés à quelques kilomètres de la plage, à Zeebruges. Nemo Link, la première connexion électrique entre la Belgique et le Royaume-Uni, devrait entrer en service en février 2019.

Le Maersk Connector, bateau spécialisé dans la pose de câbles sous-marins, est à l’œuvre depuis le 22 avril. Il est parti du point de jonction, au milieu de la Manche, où seront reliés les deux tronçons des câbles destinés à connecter électriquement la Belgique et le Royaume-Uni, fabriqués au Japon. Et petit à petit, pour autant que la météo le permettait, il a déroulé sur le sol marin, à plus de 60 mètres sous l’eau, l’énorme câble de 71 kilomètres – en réalité, deux câbles assemblés – vers la côte belge, à une vitesse de 300 à 500 mètres par heure.

Le tracé du Nemo Link ©MEDIAFIN

Le Maersk Connector est maintenant arrivé à trois kilomètres de la plage de Zeebruges, où un plus petit bateau va prendre le relais et tirer le câble jusqu’à la plage, où il sera connecté à un câble terrestre.

"C’est une étape majeure dans le projet Nemo Link, un projet qui est une première pour la Belgique à plusieurs égards, souligne Markus Berger, chief infrastructure officer d’Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension. D’abord, c’est la première interconnexion électrique avec le Royaume-Uni. Ensuite, c’est le premier câble sous-marin pour Elia. Enfin, c’est la première fois qu’Elia utilisera un câble en courant continu à haute tension – plus adapté aux longues distances."

Cela veut dire que de chaque côté, une station de conversion devra transformer le courant continu en courant alternatif — à 2 kilomètres de la côte, à Richborough, côté britannique, et à 8 kilomètres du rivage, à Herdersbrug, côté belge. Ces stations de conversion conjuguent les superlatifs: le site d’Herdersbrug occupe une superficie de 2,4 hectares, accueille quatre transformateurs électriques de 423 tonnes chacun, et nécessite une installation de refroidissement d’une capacité équivalente à celle de 250.000 frigos A +++

Un B-17 sur le trajet

L’énorme câble électrique de 70 kilomètres qui doit connecter le Royaume-Uni à la Belgique. ©doc

En mer aussi, les travaux sont gigantesques et ont connu, comme tout chantier d’une telle envergure, leurs aléas – même si le planning est jusqu’ici parfaitement respecté. Ainsi, un bombardier américain datant de la deuxième guerre mondiale, un B-17, a été trouvé sur le trajet du câble. Comme il n’était pas exclu qu’il ait coulé avec son équipage et que l’armée américaine rapatrie toujours ses hommes, même des décennies plus tard, cela menaçait de faire prendre des mois et des mois de retard au chantier. Décision a donc été prise de contourner l’obstacle.

Les travaux, qui ont commencé en 2015, devraient s’achever avec la mise en service de cette interconnexion en février 2019.

Le montant total de l’investissement? 650 millions d’euros, dont Elia supporte la moitié. Nemo Link est en effet un projet réalisé en joint-venture avec National Grid, le gestionnaire du réseau à haute tension britannique. Et si l’entreprise est basée au Royaume-Uni, elle a créé une filiale en Belgique, qui paiera des impôts sur la moitié des dividendes.

Un effet incertain sur les prix

La connexion entre le câble marin et le câble terrestre va se faire dans cette énorme structure en béton, sous la plage de Zeebruges. ©doc

L’objectif de ce câble bidirectionnel d’une puissance de 1000 MW – l’équivalent d’un réacteur nucléaire: avancer vers un système électrique européen, qui intègre mieux les énergies renouvelables intermittentes.

"Pas mal d’éolien offshore est en construction en Angleterre: ce câble offshore va permettre, chaque fois qu’il y a des excès de production, de les exporter vers la Belgique, déclare Chris Peeters, le CEO d’Elia. Il va aussi permettre à nos centrales au gaz d’exporter de l’électricité vers la Grande-Bretagne en cas de manque de vent. Il va contribuer à la sécurité d’approvisionnement en électricité de la Belgique, vu qu’on peut contrôler la direction du courant. Et peut-être encore plus important, il aura un effet positif sur les prix, vu qu’il donnera accès à d’autres sources d’énergie, souvent moins chères."

Ce dernier point doit toutefois être fortement nuancé: les prix de l’électricité étant nettement plus élevés en Grande-Bretagne, cette interconnexion pourrait tirer les prix à la hausse sur le continent. "Il est clair qu’à terme, on va aller vers une convergence des prix, reconnaît Markus Berger. Pour calculer la création de valeur, il faut tenir compte de trois éléments: le prix au consommateur final, le coût de la congestion, et les marges plus importantes pour les producteurs. Alors qu’Alegro, la connexion avec l’Allemagne, devrait permettre au consommateur belge d’y gagner tout en offrant des marges plus importantes aux producteurs allemands, ici l’inverse peut arriver: les producteurs belges pourraient augmenter leurs marges, tandis que le consommateur britannique pourrait y gagner."

Un régime régulatoire particulier a été mis au point pour ce câble, avec un système de ‘cap & floor’: les revenus de la vente des capacités devraient permettre d’autofinancer l’investissement. Mais si ces revenus tombent sous le plancher prévu, les consommateurs belges et britanniques interviendront. Si par contre, les revenus se situent au-dessus du plafond fixé, les consommateurs bénéficieront d’un remboursement sur leur facture.

Avec le Brexit et la multiplication des projets d’interconnexion électrique entre le Royaume-Uni et les pays voisins, le business model imaginé pour ce câble ne risque-t-il pas d’être bouleversé? Elia pense que non. "Il y aura de toute façon des dizaines de GW de capacités en éolien offshore au Royaume-Uni, dont une partie va devoir être transportée", argumentent ses dirigeants.

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