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La Belgique crée une filière pour démanteler ses centrales nucléaires

Quoi qu'il arrive, cinq des sept réacteurs du pays seront arrêtés entre 2022 et 2025. ©BELGA

Les ministres Dermagne, Dermine et Van der Straeten ont réuni des acteurs industriels belges autour de la table pour organiser la fin de vie des réacteurs nucléaires. Objectif: ancrer les activités du démantèlement en Belgique.

Et si l'industrie belge du démantèlement des centrales nucléaires était née? À la veille de l'arrêt d'au moins 5 des 7 réacteurs nucléaires du pays (prévu entre 2022 et 2025), le gouvernement a décidé de prendre les devants face au titanesque chantier à venir. Aussi, à l'initiative du vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne (PS), de la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) et du secrétaire d'État à la Relance Thomas Dermine (PS), une "table-ronde" industrielle a été organisée afin de créer "une activité structurante" autour du démantèlement des centrales nucléaires.

"La mission de cette table-ronde est de préserver l'emploi dans le secteur, d'ancrer les activités en Belgique et de développer des connaissances belges de façon à pouvoir les exporter ensuite."
Cabinet de Pierre-Yves Dermagne (PS)

En réunissant de la sorte, et à de multiples reprises, les principaux spécialistes du secteur, les trois cabinets espèrent faire en sorte que le pays s'approprie pleinement le chantier à venir. Ensemble, les trois ministres espèrent avoir fourni l'étincelle qui mènera à la création d'une véritable filière industrielle du démantèlement made in Belgium. "La mission de cette table-ronde est de préserver l'emploi dans le secteur, d'ancrer les activités du démantèlement des centrales en Belgique, de développer des connaissances belges dans les techniques de démantèlement spécifiques de façon à pouvoir les exporter ensuite", nous indique le cabinet Dermagne.

Filière démantèlement

Le secteur a répondu présent. Suite à la création de la table-ronde au mois de mai dernier, quatre groupes de travail ont été formés, réunissant des experts industriels autour des principales filières du démantèlement. En l'espèce, "métaux", "caractérisation", "circuit primaire" et "logistique et stockage" ont été identifiés par les entreprises invitées comme les branches à développer de la nouvelle industrie.

13
entreprises
13 entreprises ont participé aux différents groupes de travail.

Pour orchestrer le tout, le gouvernement a fait appel au Centre d'étude pour le nucléaire, le SCK.CEN, qui a joué le rôle de secrétariat technique lors des discussions. Du reste 13 entreprises ont participé aux différents groupes de travail, réparties selon leurs compétences. On y retrouve, entre autres, le groupe d'ingénierie John Cockerill, l'IRE, Agoria, IBA, Wanty, AKKA, Netalux ou encore Sarens.

"Les groupes de travail se sont réunis 3 à 4 fois par mois et une vraie dynamique s'est installée. Des terrains ont été identifiés pour la construction d'un four à métaux ainsi que pour le recyclage des matériaux", nous explique le cabinet Dermine. Les travaux des différents groupes ont récemment abouti à un rapport circonstancié, analysant les multiples aspects de la création d'une industrie et laissant entrevoir un plan d'action plus concret.

Vers un consortium industriel ?

Pour rappel, le démantèlement reste la responsabilité de l'exploitant des centrales, l'énergéticien français Engie. Mais, celui-ci ayant entamé un large programme de cession de ses activités de services, un recours à de nombreux sous-traitants spécialisés sera inévitable. Ici, l'initiative du gouvernement prend tout son sens puisque le risque qu'Engie ait recours à des entreprises spécialisées dans le démantèlement en dehors de nos frontières est réel. En quelque sorte, par cette réunion d'acteurs, le gouvernement espère devancer Engie dans sa prise de décision quant à la mise en route des travaux.

"En unissant toutes ces entreprises aux expertises fines, il est possible d'imaginer une solution concrète."
Vincent Massaut
Directeur adjoint du SCK.CEN

Et pour rassurer l'énergéticien, on peut imaginer que la table-ronde débouche sur une alliance de sociétés belges formée autour d'un acteur industriel fort. Ici, c'est John Cockerill qui semble être le plus à même de jouer ce rôle rassembleur. De la sorte, Engie aurait la possibilité de traiter avec un partenaire local, tout en un et a priori 100% belge. "En Belgique, nous n'avons pas de firme capable de tout faire. Mais en unissant toutes ces entreprises aux expertises fines, il est possible d'imaginer une solution concrète", commente ici Vincent Massaut, le directeur adjoint du SCK.CEN. Pour Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill, il est encore "prématuré" de parler de la création d'un éventuel consortium mais il est clair que l'entreprise aura un rôle central à jouer.

Le SCK.CEN, de son côté, restera un partenaire technique de choix. "On espère bien conserver notre rôle de consultant technique lors de la concrétisation industrielle. Cela crédibilisera considérablement l'offre proposée", souligne Vincent Massaut. En effet, le centre a été l'opérateur du premier démantèlement d'un réacteur nucléaire en Europe - celui du réacteur de recherche BR3 - et demeure une référence en la matière.

Investissement et emploi

Pour qu'elle voie le jour, cette filière du démantèlement nécessitera des investissements conséquents. Selon nos informations, la construction de hangars dédiés à proximité des centrales de Doel et Tihange ainsi que celle d'un four à métaux devraient coûter au moins 20 millions d'euros. "Voilà de quoi amorcer la filière. Mais il faudra beaucoup plus d'investissements par après, notamment en ressources, en équipements et en formations", pointe Jean-Luc Maurange.

"Il faudra beaucoup plus d'investissements par après, notamment en ressources, en équipements et en formations."
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Ici, l'État pourrait se porter volontaire pour venir en aide aux capitaux privés par l'intermédiaire de la SFPI ou d'autres organes régionaux. Au passage, rappelons qu'Engie a déjà provisionné quelque 13,8 milliards d'euros pour financer le démantèlement de ses centrales ainsi que la gestion du combustible usé.

Ensuite, la création d'une industrie implique celle d'emplois. Encore difficile à chiffrer, cette offre additionnelle devrait en partie compenser la suppression de postes induite par la sortie de l'atome. Toutefois, convaincre les plus jeunes de se lancer dans l'industrie du nucléaire belge reste un défi, même si le chantier du démantèlement devrait, au minimum, s'étendre sur 40 ans.

Acceptation et impact environnemental

Une ombre plane toutefois sur la mise en place concrète de la filière industrielle. En effet, de l'aveu des intéressés, toutes les parties prenantes n'ont pas encore été inclues dans le processus de réflexion. Et, même si des sites potentiels ont déjà été identifiés, il faudra composer avec les populations locales et les craintes environnementales. Au risque de voir les délais, pour l'instant inconnus, s'allonger considérablement.

Le résumé

  • À l'initiative des ministres Dermagne, Dermine et Van der Straeten, des acteurs industriels se sont réunis avec le gouvernement fédéral pour structurer le démantèlement des centrales nucléaires.
  • L'objectif principal est de créer une filière industrielle du démantèlement autour de sociétés belges.
  • À terme, le gouvernement espère pouvoir exporter ce savoir-faire et faire de la Belgique un pionnier de l'industrie du démantèlement.

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