La Belgique renforce sa toile électrique

Le nouveau câble sous-marin Nemo a une capacité de 1.000 MW l’équivalent d’un réacteur nucléaire. ©Pieter Clicteur

Nemo, la première interconnexion électrique entre la Belgique et le Royaume-Uni, a été officiellement inaugurée ce mercredi. Le gestionnaire du réseau belge à haute tension Elia construit aussi actuellement une interconnexion avec l’Allemagne. Et ses ambitions ne s’arrêtent pas là.

La première connexion électrique entre la Belgique et le Royaume-Uni a été officiellement inaugurée ce mercredi, en présence de la ministre belge de l’énergie Marie Christine Marghem et du secrétaire d’État britannique à l’énergie Greg Clark. Actuellement en phase de test, cette ligne à haute tension sous-marine, baptisée Nemo, entrera en service au premier trimestre de l’an prochain. Un peu tard, donc, pour venir à la rescousse mi-janvier, période théoriquement la plus à risque en matière de pénuries d’électricité.

Porté par Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension, et par son homologue britannique National grid, ce projet est l’aboutissement de 10 ans de travail. Ce câble sous-marin, d’une longueur de 140 kilomètres et d’une capacité de 1.000 MW (l’équivalent d’un réacteur nucléaire) va permettre des échanges bidirectionnels d’électricité entre les deux pays. Le montant total de l’investissement, 650 millions d’euros, est partagé entre les deux gestionnaires de réseau.

"C’est un projet titanesque qui se réalise. Avec Allegro, il va augmenter considérablement nos capacités d’échange et positionner nos infrastructures au centre d’un futur système électrique européen intégré", se félicite Chris Peeters, le CEO d’Elia. Une interconnexion avec l’Allemagne, baptisée Allegro, est actuellement également en construction. Elle devrait être mise en service en 2020.

Jusqu’ici, la Belgique n’était connectée électriquement qu’aux Pays-Bas et à la France – la connexion avec le Luxembourg étant négligeable. Mais elle est en train de renforcer sa toile électrique avec les pays voisins.

Des milliards d'investissements

Et les ambitions d’Elia ne s’arrêtent pas là. Son plan de développement pour la période 2020-2030, actuellement soumis à consultation publique, table en effet sur 5 milliards d’euros d’investissements. Elia pense déjà à une deuxième connexion avec le Royaume-Uni, ainsi qu’à une deuxième connexion avec l’Allemagne.

Un plan surdimensionné, qui risque de peser sur la facture des consommateurs, selon certaines critiques.

Patrick De Leener, chief officer customers, market & system chez Elia, remet les pendules à l’heure. "Ces 5 milliards comprennent tous les projets mentionnés dans le plan: les projets en cours, approuvés il y a longtemps déjà; le renforcement de notre réseau en Belgique, qui est le cœur de notre plan 2020-2030; et les interconnexions futures avec les pays voisins, sur lesquelles nous menons un travail préparatoire, mais qui sont encore conditionnelles, et qui n’interviendront qu’après le renforcement du réseau, soit au plus tôt en 2028-2030. La somme des projets pour lesquels nous demandons approbation tourne plutôt autour des 2 milliards d’euros."

Il s’agit principalement du renforcement du réseau 380 kV existant, en remplaçant les câbles conducteurs par de nouveaux plus performants, qui permettent de doubler la capacité, et de la création de deux nouveaux corridors à très haute tension, la boucle du Hainaut et celle de la côte.

"Si nous avions eu Nemo ces derniers mois, il aurait permis d’importer des surplus de l’Angleterre, et de limiter la hausse des prix."
Patrick De Leener
Chief officer customers, market & system chez Elia

Reste qu’Elia est résolument convaincu de l’intérêt du développement des interconnexions avec les pays voisins. "Avec la transition énergétique, nous allons avoir des volumes de plus en plus grands de renouvelables à certains endroits et à certains moments, quand le vent ou le soleil sont présents. Développer les interconnexions facilite l’intégration de ces renouvelables, et permet de capter une énergie bon marché, qui va faire converger les prix sur les marchés de gros avec l’étranger. Nos études montrent que 2.000 ou 4.000 MW d’interconnexions supplémentaires seront toujours rentables. Et avantage supplémentaire, mais qui n’est pas une raison suffisante pour décider de ce type d’investissement, cela augmente la probabilité qu’aux moments critiques, de l’électricité puisse être exportée des pays voisins vers la Belgique", argumente Patrick De Leener.

Nemo va-t-il vraiment avoir un impact positif sur les prix de gros en Belgique, alors qu’à quelques exceptions près, notamment ces derniers mois, les prix de l’électricité sont nettement plus élevés au Royaume-Uni? "Oui, assure Patrick De Leener. Il faut voir les choses à long terme. Le potentiel éolien au Royaume-Uni est énorme. Et si nous avions eu Nemo ces derniers mois, il nous aurait permis d’importer des surplus de l’Angleterre et de limiter la hausse des prix."

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