La chaleur affecte les centrales nucléaires, les prix chauffent sur les marchés de l'électricité

La centrale de Fessenheim, en France, a dû réduire sa production d'électricité. ©AFP

Un peu partout en Europe, les électriciens sont obligés de mettre à l’arrêt certains réacteurs ou d’en réduire la puissance. Le problème? Leurs eaux de refroidissement sont trop chaudes. Les réacteurs belges sont pour l’instant épargnés. Résultat: les prix chauffent sur les marchés de l’électricité.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls affectés par la vague de chaleur et la sécheresse. Un certain nombre de centrales nucléaires, qui utilisent l’eau des fleuves ou de la mer pour refroidir leurs réacteurs avant de la rejeter, ont dû arrêter ou réduire la puissance de certaines unités. Des limites de températures leur sont en effet imposées pour éviter les dégâts à la flore et la faune aquatique.

"Nous n’excluons pas d’abaisser encore la puissance si les températures continuent à monter."
porte-parole de Fessenheim

Cette semaine, EDF a dû arrêter un des réacteurs de la centrale de Saint-Alban et un autre à celle du Bugey pour éviter une hausse trop importante de la température du Rhône. Deux autres réacteurs, également à Saint-Alban et à Bugey,  ont vu leur puissance réduite pour limiter la température de l’eau. Dans la nuit de jeudi à vendredi, EDF a aussi dû moduler la puissance du réacteur 2 de Fessenheim, qui prélève son eau de refroidissement dans le Grand Canal d’Alsace. "Nous n’excluons pas d’abaisser encore la puissance si les températures continuent à monter", indique un porte-parole de Fessenheim.

En Suède, le réacteur 2 de la centrale de Ringhals, qui tournait déjà à capacité réduite depuis lundi, a dû être arrêté jeudi après-midi. La température de l’eau de mer qui sert à son refroidissement approche les 25 degrés, le maximum permis. Un phénomène qui ne s’est produit que rarement, précise Vattenfall, propriétaire de la centrale.

Pour les mêmes raisons, la production d’électricité de la centrale de Loviisa, en Finlande, a dû être réduite. Idem en Allemagne pour Grohnde, Brokdorf et Philippsburg.

En Suisse, la centrale nucléaire de Mühleberg tourne à 89% de ses capacités, la rivière qui la refroidit ayant dépassé le maximum de 20,5 degrés permis par la loi. Beznau, toujours en Suisse, est moins touchée, parce qu’elle ne doit réduire sa production que si la température de la rivière dépasse 32 degrés. Elle a néanmoins commencé à diminuer sa production d’1% les fins d’après-midi.

La Belgique est pour l’instant épargnée

"L’eau de refroidissement à Doel et à Tihange ne subit actuellement pas d’influence significative de la canicule, indique Hellen Smeets, porte-parole d’Engie Electrabel. Nous surveillons la température de l’eau en permanence, et nous restons dans les normes prescrites."

25 degrés
Tihange n’est pour l’instant pas touchée: l’eau de la Meuse était à 25 degrés ce vendredi, alors qu’Electrabel peut rejeter des eaux de refroidissement jusqu’à 28 degrés.

À Tihange, l’eau de la Meuse était de 25 degrés ce vendredi, alors que la limite imposée aux rejets d’eau de refroidissement est de 28 degrés. Vendredi toujours, à Doel, l’eau de l’Escaut atteignait 26,7 degrés, alors qu’Electrabel peut y rejeter des eaux jusqu’à 33 degrés. Mais le fait que trois réacteurs étaient à l’arrêt ces derniers jours à Doel, et un à Tihange, a sans doute aidé.

Les centrales au gaz, par contre, produisent moins que la normale. "Nous contrôlons également les rejets d’eau de nos centrales au gaz, et il n’y a aucun problème pour l’instant, poursuit Engie Electrabel. Par contre, quand les températures sont élevées, ces centrales produisent jusqu’à 10% de moins que la normale."

"L’eau de refroidissement à Doel et à Tihange ne subit actuellement pas d’influence significative de la canicule."
Hellen Smeets
porte-parole d’Engie Electrabel

En Allemagne, EnBW a dû stopper une unité de sa centrale au charbon de Karlsruhe, la température du Rhin dépassant 26 degrés. Et dans l’ouest du pays, RWE a dû réduire la production de sa centrale de Westfalen en dehors des pics de demande, le faible niveau des eaux affectant les livraisons de charbon.

Le réseau à haute tension est également affecté. "Au-dessus de 30 degrés, nous prenons des mesures, parce que la circulation du courant conjuguée à la température déforme les lignes. Nous avons donc réduit la circulation du courant jusqu’à 5%", indique Jean Fassiaux, porte-parole du gestionnaire de réseau Elia.

Malgré tous ces phénomènes, il n’y a pour l’instant aucune inquiétude particulière quant à la sécurité d’approvisionnement en électricité. "Nous ne connaissons pas de gros pics de consommation, explique Jean Fassiaux, parce que ce sont les vacances et que la Belgique n’est pas aussi équipée que d’autres pays en climatisation. En outre, les renouvelables, surtout le photovoltaïque, produisent beaucoup. Nous avons même connu un record samedi dernier dans l’après-midi: 45% de la production électrique en Belgique provenait alors de l’éolien et du solaire."

"Au-dessus de 30 degrés, nous prenons des mesures, parce que la circulation du courant conjuguée à la température déforme les lignes. Nous avons donc réduit la circulation du courant jusqu’à 5%."
Jean Fassiaux
porte-parole du gestionnaire de réseau Elia

La vague de chaleur fait par contre chauffer les prix de l’électricité. Le prix de l’électricité en ‘day ahead’ pour ce vendredi sur Belpex dépassait les 64 euros par MWh. C’est beaucoup en cette saison. Le vendredi précédent, pourtant très chaud aussi, c’était moins de 59 euros par MWh, et il y a deux semaines, moins de 54 euros par MWh.

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