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La Cwape inquiète concernant Atrias

©Photo News

Le régulateur wallon de l’énergie a écrit aux gestionnaires de réseau wallons pour les avertir que les difficultés d’Atrias ne les exonéraient pas de leurs responsabilités. Les armes dont il dispose en cas de problème? Des astreintes, mais aussi la possibilité de faire porter les surcoûts par les communes actionnaires des GRD.

Le verdict n’est pas encore tombé pour Atrias, la plateforme fédérale qui devait faciliter l’échange d’informations entre les gestionnaires de réseau, les fournisseurs d’énergie et les régulateurs régionaux. Mais on sait que ce coûteux projet accumule les bugs et les retards, au point que son abandon au profit du développement de trois plateformes régionales n’est pas exclu. Selon certaines estimations, 200 millions d’euros auraient déjà été dépensés pour développer cette solution fédérale et adapter les plateformes informatiques des gestionnaires de réseau (GRD), peut-être en vain.

Un sursis a été donné jusque fin mars à Atrias et au consultant Accenture, chargé de développer ce projet – à charge pour eux de prouver qu’ils peuvent aboutir à des résultats. Mais dans le secteur, certains ont de sérieux doutes.

"La sous-traitance à Atrias n’exonère aucunement les GRD de leurs responsabilités générales."
Le régulateur wallon de l’énergie

Dans un courrier envoyé fin novembre aux GRD et dont L’Echo a pu prendre connaissance, le régulateur wallon de l’énergie, qui manifestement craint que le système, ou ses alternatives, ne seront pas opérationnels avant un bout de temps, hausse le ton. "La Cwape entend rappeler, si besoin, aux GRD wallons la nécessité impérative de veiller au respect de leurs obligations légales actuelles et futures dans la définition du scénario de mise en œuvre des fonctionnalités nécessaires", dit la lettre. Dans les obligations actuelles, le régulateur pointe en particulier les compteurs à budget. Et dans les obligations futures, l’entrée en vigueur du tarif prosumer prévue pour 2020, et le déploiement des compteurs intelligents.

"Les GRD ne pourront se soustraire à ces obligations légales. La sous-traitance à Atrias ne les exonère en effet aucunement de leurs responsabilités générales", avertit le régulateur, qui précise que "toute inexécution" sera "traitée comme tout autre manquement visé par les décrets gaz et électricité".

Les armes du régulateur

Quelles sont les armes dont dispose la Cwape si des manquements devaient être constatés? D’abord, l’imposition d’amendes aux gestionnaires de réseau – vraisemblablement sous forme d’astreintes par jour de retard, pour les inciter à se mettre en ordre le plus rapidement possible.

Atrias
"Un échec Annoncé"

Comment le projet Atrias, confié au consultant Accenture, a-t-il pu déraper ainsi? Initialement espéré pour 2016, il ne devrait pas être opérationnel pour avril 2020. "C’est une gabegie sans nom, et l’échec était annoncé, juge un consultant bien au fait de ce type de projets. D’abord, parce que le volume de jours de travail nécessaire était tel que c’était quasiment ingérable en termes informatiques. Aussi, parce qu’il y a un problème de disponibilité des ressources sur le marché, et que beaucoup d’activités ont été outsourcées en Inde, ce qui pose des difficultés culturelles. Enfin, parce qu’il est absurde de faire un outil fédéral alors qu’on a trois réglementations régionales différentes."

Ensuite, l’arme tarifaire. Si les investissements dans Atrias ou dans une solution alternative dépassent ce qui était prévu, ce sera aux gestionnaires de réseau, et donc à leurs actionnaires, de supporter les surcoûts.

Chez Ores, le plus grand des gestionnaires de réseau wallon, on tempère la gravité de la situation. "Nous reconnaissons les difficultés, mais des mesures ont été prises pour que tout le monde regarde dans la même direction, avec l’échéance du mois de mars en vue, réagit Jean-Michel Brebant, porte-parole. L’objectif premier est toujours de rester dans le schéma initial."

Ores se refuse à aborder pour l’instant les conséquences d’un éventuel abandon du projet sur ses obligations. "Il est trop tôt pour parler de problèmes", poursuit Jean-Michel Brebant. Et côté budget, il affirme qu’Ores est jusqu’ici resté dans le cadre de l’enveloppe ad hoc accordée par le régulateur, et que pour la période 2019-2023, les nouveaux tarifs fixent une enveloppe globale dans laquelle il devra rester. "Ce sera à nous de faire les arbitrages nécessaires."

La position est sensiblement la même chez Resa, qui dans une réponse au régulateur, explique qu’il concentre pour l’instant ses efforts sur l’échéance du 1er mars. Ce n’est qu’une fois les résultats en main qu’il décidera s’il faut ou non envisager une architecture informatique alternative. Mais il assure à la Cwape que quel que soit le scénario final retenu, il a la ferme volonté de remplir ses obligations.

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