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La Fédération pétrolière belge change de nom et enfile un costume vert

©Photo News

La Fédération pétrolière belge devient Energia et aspire à se faire connaître du public. Reflet d'une véritable transformation du secteur ou tentative de redorer le blason de l'or noir? Éléments de réponse avec la présidente et le secrétaire général.

Après Engie il y a quelques années et TotalEnergies plus récemment c'est au tour de la Fédération pétrolière belge de changer de nom pour évoquer l'"énergie au sens large". Désormais, dites Energia! Plus qu'un désir de brouiller les pistes, la discrète fédération entend refléter la transformation de fond qu'est en train d'opérer le secteur, à l'ère de la transition énergétique.

Il est vrai que les annonces de revirements stratégiques pleuvent sur le secteur pétrolier. Emmenée par les majors européennes, TotalEnergies, BP et Shell en tête, l'industrie œuvre à changer son fusil d'épaule, alors que la demande de pétrole décroît peu à peu et que l'électrification des usages va croissant. TotalEnergies, pour citer le meilleur élève, a, en marge de son changement de nom, annoncé vouloir atteindre 100 GW de capacités renouvelables d'ici 2030. D'ici là, le géant français vendra 30% de produits pétroliers en moins qu'en 2019.

Même si certains paquebots sont à la traîne - principalement les américains ExxonMobil et Chevron -, l'industrie pétrolière n'a jamais autant insisté sur son rôle dans la réalisation transition énergétique, avec le pétrole comme moyen de financement.

Secteur belge en mouvement

"Nous élargissons notre périmètre aux énergies nouvelles."
Bernadette Spinoy
Présidente d'Energia

En Belgique, les grands mouvements commencent à se faire sentir. Et la Fédération pétrolière, pardon, Energia, entend bien le faire savoir. "Avec la transition énergétique en cours, les actifs du raffinage et les stations-service s’adaptent et nos membres aussi. C’est pour cela que nous élargissons notre périmètre aux énergies nouvelles", lance Bernadette Spinoy, présidente de la fédération depuis 2020, et, également DG de TotalEnergies marketing Belgique.

Des membres, Energia en compte une quinzaine qui, ensemble, regroupent 6.500 emplois directs. "Nous représentons 100% du raffinage en Belgique et 80% de la distribution vers les consommateurs finaux", précise Wim De Wulf, le secrétaire général d'Energia et ancien d'ExxonMobil, avant d'ajouter que le changement de nom s'accompagnera d'une recherche de nouveaux membres à recruter.

"Pour nos interlocuteurs, il n’était pas clair que nous étions impliqués dans la transition énergétique et que les ambitions étaient là."
Wim De Wulf
Secrétaire général d'Energia

Derrière le rebranding se cache aussi une volonté d'être entendu. "La fédération doit soutenir les intentions de ses membres et cela passe par l’interaction avec les autorités. Pour nos interlocuteurs, il n’était pas clair que nous étions impliqués dans la transition énergétique et que les ambitions étaient là", pointe Wim De Wulf. "Pour y arriver, il faudra un cadre politique stimulant. Notre rôle dans ce domaine est aussi de faire en sorte que les incitants réglementaires et politiques soient en place pour attirer les investissements au même niveau que les pays voisins", complète Bernadette Spinoy, en guise d'appel du pied aux autorités.

Secteur en souffrance

"Nous regrettons que les syndicats aient appelé à la grève, d’autant plus en période de reprise économique. Il me semble fondamental de ne pas compromettre davantage la compétitivité de nos entreprises."
Wim De Wulf
Secrétaire général d'Energia

Il faut dire aussi que la transformation des majors a un coût. Et dans un climat de reprise économique et d'explosion des prix de l'énergie, les travailleurs sont les premiers à en souffrir, en témoignent les plans de restructuration initiés par certains groupes.

Chez nous, un préavis de grève a récemment été déposé par plusieurs syndicats, déplorant la stagnation du niveau des salaires. "Nous regrettons que les syndicats aient appelé à la grève, d’autant plus en période de reprise économique. Il me semble fondamental de ne pas compromettre davantage la compétitivité de nos entreprises. Nous prenons le dialogue social au sérieux et espérons que les négociations pourrons reprendre rapidement dans un esprit constructif", commente ici Wim De Wulf.

-70%
Au plus fort de la crise sanitaire, la demande des membres de la fédération a chuté de 70%.

Il faut dire que la crise sanitaire a fait mal, très mal, au secteur. Et cela se ressent aussi à la pompe. "Les prix de carburants à la station-service sont passés, pour le diesel, d’1,5 euro par litre en 2019 à un peu plus d’1,7 euro aujourd’hui. Cette augmentation de 15% est due à la hausse des prix sur le marché mondial et à la reprise de l’activité économique post-covid", expose Bernadette Spinoy. "La crise sanitaire a eu un impact terrible sur nos membres avec une demande qui a plongé au plus bas à -70%, -20 à 30 % en moyenne sur 12 mois, et cela a généré des pertes énormes dans le secteur du raffinage qui devait, par ailleurs, gérer son approvisionnement", poursuit-elle.

Hydrogène et pôles énergétiques

"Nous aurons encore besoin du pétrole, et ce, jusqu’à 2050, surtout pour des applications difficiles à électrifier, comme l’aviation, le transport maritime et les processus industriels."
Wim De Wulf
Secrétaire général d'Energia

Pour l'avenir, la fédération met l'accent sur le développement des biocarburants, des carburants synthétiques et de l'hydrogène. Mais la route est longue et, en attendant, le pétrole reste nécessaire. "La transition aura un coût et il nous faut un temps de développement. Nos cycles d’investissement sont longs. L’activité actuelle aide à financer le développement futur", explique Wim De Wulf. "En attendant, nous aurons encore besoin du pétrole, et ce, jusqu’à 2050, à hauteur de 25% des volumes actuels selon l'AIE, surtout pour des applications difficiles à électrifier, comme l’aviation, le transport maritime et les processus industriels", ajoute-t-il.

"L'électricité verte et le pétrole doivent cohabiter, d'autant plus qu'il faut composer avec l'intermittence du renouvelable."
Bernadette Spinoy
Présidente d'Energia

L'autre défi pour les majors sera de parvenir à distribuer ses solutions. Et pour cela les stations-service devront aussi se transformer. "Les stations de demain seront probablement des pôles multi-énergies regroupant des carburants conventionnels bas-carbone mais aussi des bornes de recharge, du biogaz et potentiellement de l’hydrogène, tout en proposant toute une série de services", prévient Bernadette Spinoy.

Nous l'aurons compris, avant que l'électricité verte ne devienne le nouveau pétrole, il faudra être patient. Et, selon nos interlocuteurs, "l'électricité verte et les carburants bas carbone doivent cohabiter, d'autant plus qu'il faut composer avec l'intermittence du renouvelable".

Le résumé

  • La discrète Fédération pétrolière belge change de nom et devient "Energia" pour évoquer la transformation du secteur à l'ère de la transition énergétique.
  • Avec ce rebranding, l'instance espère devenir plus audible auprès des autorités.
  • En Belgique, le secteur a particulièrement souffert de la crise sanitaire. À ces lourdes pertes s'ajoutent des plans de restructuration entamés par les grands groupes.
  • Pour Energia, le pétrole a un rôle de transition à jouer dans la décarbonation de l'économie mondiale.

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