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La filiale allemande d’Elia vise 100% de renouvelable sur son réseau d’ici 2032

Stefan Kapferer, CEO de 50 Hertz et Chris Peeters, CEO d'Elia Group, dévoilent leur plan à la presse allemande. ©Elia

50 Hertz, l'un des gestionnaires du réseau de transport d’électricité (GRT) allemand appartient à 80% à Elia. Cette semaine, il dévoile un ambitieux objectif: couvrir 100% de sa demande par des sources d’énergie renouvelable à l’horizon 2032.

Ce n’est pas ancré dans l’imaginaire collectif, mais Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité belge, est en réalité un véritable groupe européen. Et sa filiale à 80%, 50 Hertz, est loin d’être un petit acteur du secteur. En réalité, la fille allemande de notre GRT national est responsable d'environ 60% des revenus du groupe et emploie près de 1.100 personnes.

De manière analogue à Elia, 50 Hertz est chargée de gérer le réseau à haute tension et de garantir la sécurité d'approvisionnement pour le Nord-Est de l'Allemagne, soit un tiers du pays, en ce compris les villes d'Hambourg et Berlin. Le reste du pays est partagé entre Tennet, Amprion et Transnet, trois autres GRT européens. Au total, 50 Hertz est ainsi responsable de l'approvisionnement en électricité pour quelque 18 millions de personnes.

Chris Peeters et Stefan Kapferer ont répondu aux questions de L'Echo et du Tijd dans les bureaux berlinois de 50 Hertz. ©Elia

Aujourd'hui, si l'occasion nous est donnée de présenter l'entité dépendante du groupe Elia, c'est parce qu'elle vient de dévoiler sa stratégie à l'horizon 2032. Et l'ambition est de taille. En l'espèce, 50 Hertz annonce vouloir intégrer 100% d'énergie renouvelable à son réseau, contre près de 60% aujourd'hui. Si la manière dont le plan sera exécuté dans les prochaines années est, à l'heure actuelle, encore floue, 50 Hertz et Elia croient dur comme fer en leur capacité d'atteindre cet objectif titanesque. Entre coup de comm' bien senti et révolution énergétique, explications sur un plan stratégique qui a pour objectif de faire avancer la transition énergétique d'au moins 20 ans.

Charbon et nucléaire

Si 50 Hertz choisit le lendemain de la crise sanitaire pour communiquer sur ce plan ambitieux, bien qu'encore un peu flou, ce n'est pas par hasard. "L'Allemagne est à un tournant de son système énergétique. La sortie du nucléaire est prévue à 2022 et les dernières centrales à charbon fermeront leurs portes en 2038", nous explique Stefan Kapferer, le CEO de 50 Hertz. "Pour la première fois, cette année, plus de 50 % de la consommation d’électricité du pays a été couverte par du renouvelable. C’est donc maintenant que tout se transforme et qu’une nouvelle normalité, le renouvelable, s’impose. Nous devons nous poser la question de son intégration optimale, dès aujourd'hui", ajoute-t-il.

"C’est maintenant que tout se transforme et qu’une nouvelle normalité, le renouvelable, s’impose."
Stefan Kapferer
CEO de 50 Hertz

Et puis le Green Deal et son ambition de viser à la neutralité carbone en Europe d'ici 2050 sont passés par là. "Il est temps de retourner aux préoccupations environnementales qui nous occupaient avant la crise. Nous voulons envoyer le message que nous voulons avancer en tant que société", indique Chris Peeters, le patron d'Elia.

En réalité, plus qu'un coup de communication bien senti, cette annonce se veut être un appel du pied en direction de tous les acteurs du secteurs, des ONG aux entreprises, en passant par le politique et la population. Parce que cette transformation, 50 Hertz ne pourra pas la mener seule. "Aujourd'hui, nous voulons tendre la main aux autres acteurs et leur indiquer que nous avons besoin d’eux", glisse Chris Peeters.

"Aujourd'hui, nous voulons tendre la main aux autres acteurs et leur indiquer que nous avons besoin d’eux."
Chris Peeters
CEO d'Elia

Eolien offshore et autoroutes électriques

Soyons concis. Intégrer 100% d'énergies renouvelables au réseau, cela signifie que, d'ici 2032, 50 Hertz fait la promesse de pouvoir compenser l'entièreté de la consommation de son territoire par des sources de production renouvelables. Si elle y parvient, la société fera des partie des premiers GRT au monde à avoir réussi l'exploit. Mais la route est encore longue, très longue. Coûteuse, aussi.

"Nous devons accélérer chaque partie du processus, de l’investissement dans les parcs éoliens à l’infrastructure du réseau. Nous avons besoin de plus de renouvelable pour atteindre notre objectif. Et la solution la plus évidente ici est l’éolien offshore parce que l’acceptation du public est plus facile à atteindre que sur la terre et que le potentiel en mer Baltique est énorme. Nous devons mobiliser ce potentiel et, à l’échelle de l’Allemagne, au moins 6 MW additionnels seront nécessaires. En terme d’énergie solaire, nous devrions intégrer environ 5,5 GW de plus en Allemagne de l’est", expose encore le CEO allemand.

7 à 8 milliards
D'euros
7 à 8 milliards d'euros seront nécessaires à 50 Hertz pour moderniser et étendre son infrastructure.

Naturellement, l'entièreté des investissements requis ne pourra être supportée par 50 Hertz. En termes d'infrastructures, la responsabilité du GRT, 7 à 8 milliards d'euros vont être débloqués pour permettre l'acheminement de l'électricité depuis les parcs en mer du nord du pays aux grosses industries du sud. À l'échelle du pays, cet investissement se monterait à près de 45 milliards.

Bien qu'encore flou et à un stade embryonnaire, le plan de 50 Hertz a le mérite d'impressionner par son gigantisme. Pour la suite, rendez-vous en 2032.

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