"La même dynamique dans l'éolien que dans le dragage"

©Thierry du Bois

Alain Bernard, le CEO de Deme, sort du bois. Avec Olivier Vanderijst, le patron de la SRIW, qui comme lui a investi dans plusieurs parcs en mer, il répond aux critiques et aux interrogations sur le soutien aux énergies renouvelables, et à l'éolien offshore en particulier.

Ils sont, tous les deux, actionnaires de C-Power, le premier parc éolien construit au large des côtes belges. Ils sont, ensemble, actionnaires d’Otary, un consortium impliqué dans le développement de trois autres parcs.

Et ils s’apprêtent, avec d’autres partenaires, à introduire la demande de concession pour la construction d’un atoll énergétique au large de Wenduine, une île artificielle destinée à stocker l’électricité produite par les parcs en mer. Alain Bernard, le patron du groupe de dragage Deme, et Olivier Vanderijst, qui dirige la Société Régionale d’Investissement de Wallonie, nous ont rencontrés ensemble pour défendre cette nouvelle industrie. A leurs côtés, Luc Vandenbulcke, general manager de GeoSea, la filiale de Deme spécialisée dans l’installation de parcs en mer.

Pour Alain Bernard, c’est parce que la Belgique est à la pointe dans le développement de l’éolien en mer qu’une industrie spécialisée dans ce secteur se construit. Une industrie dont font également partie une série d’entreprises wallonnes, souligne Olivier Vanderijst, le patron de la SRIW.

De plus en plus de questions se posent autour du soutien aux énergies renouvelables. N’a-t-on pas été trop vite, et trop fort?

Alain Bernard. Non. Certains diront qu’il faut ralentir, que la Belgique va trop vite. Mais c’est l’inverse! Le fait que l’Europe et la Belgique sont à la pointe dans le développement de l’éolien en mer permet de développer une industrie qui est numéro un. Nous avons connu la même dynamique dans le dragage: nous avons construit le port de Zeebrugge, et cela a permis à des sociétés belges qui avaient pu, dans un premier temps, investir dans leur jardin, de devenir leader mondial dans ce domaine. Nous avons été proactifs, nous avons cherché les opportunités, sans attendre que d’autres aient exploré ces chemins.

C’est grâce à l’expérience que nous avions eue dans C-Power que nous avons pu convaincre nos actionnaires de nous développer dans ce domaine. Notre filiale GeoSea emploie désormais 500 personnes, des jeunes de très haut niveau. Et nous ne sommes pas les seuls à travailler dans l’éolien offshore en Belgique, même si nous ne comptons pas de fabricants de turbines: des sociétés comme G-TEC, CMI, Fabricom, G&G International, CG Power ou Iemants-Smulders y sont actifs, avec énormément de retombées positives pour l’économie belge.

Pour la SRIW, l’offshore serait-il rentable sans prendre en compte les retombées sociétales?

Olivier Vanderijst. Nous sommes présents dans l’éolien offshore pour plusieurs raisons, et nous étudions les dossiers au cas par cas. Pour l’instant, nous n’avons lourdement investi que dans C-Power. Au moment du ‘financial close’, nous calculons la rentabilité prévisionnelle. Ce qui est sûr, c’est que nous ne ferions pas ces investissements à perte. Nous avons déjà dégagé une belle plus-value lors de la revente partielle de nos actions C-Power. Mais nous essayons aussi, par notre présence, d’introduire des sociétés installées en Wallonie dans ce secteur. On a évoqué CMI, active dans la maintenance des éoliennes en mer. Un autre exemple, c’est Armacell, une entreprise installée près de Verviers, qui fournit des mousses de PET au danois Vestas, qui servent dans la fabrication des pales et des nacelles. Le cluster Tweed a recensé près de 80 entreprises actives dans l’éolien, souvent onshore. Nous essayons aussi de les introduire sur le marché offshore. Et parfois, cela se fait aussi sans que nous le sachions.

Le coût de l’offshore va-t-il pouvoir baisser pour, à terme, devenir rentable sans subsides?

Alain Bernard. C-Power a été construit avec des bateaux qui transportaient les turbines une par une. Depuis, nous avons investi dans un bateau qui en transporte cinq, et qui peut travailler en hiver. Et avec High Wind, nous allons développer un robot plutôt qu’une grue pour installer les turbines, ce qui permet de travailler même par grand vent avec des bateaux spécialisés.

Luc Vandenbulcke. Avec cela, nous allons diminuer de 20 à 25% le temps d’installation, et donc les coûts.

Alain Bernard. On voit également que les plus grands acteurs coopèrent pour augmenter la taille des turbines: Alstom avec GE, Areva avec Gamesa, Mitsubishi avec Vestas… Au lieu des 2,3 MW des débuts, on va maintenant vers des turbines de 8 MW. Et Vestas travaille à une turbine de 10 MW.

Luc Vandenbulcke. Une étude de Roland Berger table sur un coût total de l’offshore qui diminuerait à 110 euros par MWh — je parle bien du coût total, pas des susbsides — avant une deuxième étape où de plus grandes turbines permettraient de le faire baisser à 90 euros par MWh.

Olivier Vanderijst. On a à la fois un effet de courbe d’apprentissage et un effet d’échelle. Et théoriquement, à terme, le prix des combustibles fossiles devrait augmenter.

Combien d’emplois crée l’entretien des éoliennes en mer?

Alain Bernard. Une centaine de personnes travaillent par parc de 300 ou 400 MW. Mais nous développons aussi nos activités à l’étranger dans ce domaine.

Un gros problème, aujourd’hui, pour l’éolien offshore, c’est le blocage du projet Stevin, qui doit venir renforcer le réseau électrique à la côte?

Olivier Vanderijst. C’est clair. S’il n’y a pas une solution rapide, cela va poser des problèmes aux parcs encore à construire. Pour l’instant, nous sommes encore dans les temps. Mais si Stevin n’arrive pas, le développement de l’éolien en mer risque d’être retardé.

Il n’y a pas d’autres solutions?

Alain Bernard. L’alternative, c’est une ligne à haute tension via l’Escaut. Techniquement, cela ne pose aucun problème. Il faut demander une autorisation à la Hollande, mais qui a justement une zone destinée à l’offshore, juste à côté.

Vous êtes toujours candidat à la construction d’une île artificielle pour le stockage d’électricité en mer?

Alain Bernard. En effet, le comité de direction du groupe iLand s’est réuni il y a quelques jours, et a décidé d’introduire le dossier pour demander la concession. Mais le dépôt de la demande ne veut pas encore dire qu’on commence à construire.

Olivier Vanderijst. C’est un projet intéressant, mais on n’est qu’au début des études.

Comment le projet sera-t-il rentabilisé?

Olivier Vanderijst. Il y a plusieurs clients possibles: les producteurs qui veulent diminuer leurs coûts de déséquilibre, les fournisseurs, les gestionnaires de réseau qui ont besoin de capacités auxiliaires… Nous avançons étape par étape.

Quels sont les projets que Deme regarde à l’étranger?

Alain Bernard. Outre des investissements dans des parcs éoliens, Deme Concessions va aussi investir dans l’énergie marémotrice ou l’exploitation minière en mer. Ce sont des activités à assez haut risque, dans lesquelles nous nous engageons toujours avec des partenaires de type EDF ou RWE. Nous avons déjà deux concessions au Royaume-Uni pour placer sous l’eau des turbines d’1 MW chacune. Je pense que le potentiel de cette technologie est énorme dans les pays où il y a beaucoup de fortes marées ou de courants, comme l’Australie, le Royaume-Uni, le Danemark ou la France. Est-ce moins cher? Pas maintenant. À long terme on verra. Pour l’instant, en Angleterre, on va recevoir des subsides deux fois et demi plus élevés que pour l’éolien. Il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni n’aura plus de gaz dans 25 ans, et qu’il mise donc sur le nucléaire et les renouvelables.

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