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La "pax eolienica" connaît des ratés

©Frederic Pauwels

En mars 2018, le gouvernement wallon annonçait une "pax eolienica", à savoir 15 mesures à traduire en textes dans les trois mois, pour soutenir le développement de l’éolien. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est en retard.

Apaiser le secteur de l’éolien, en clarifiant les normes et en renforçant l’acceptabilité de la filière éolienne auprès des riverains et des pouvoirs publics: c’était l’objectif de la "pax eolienica" annoncée par le gouvernement wallon le 29 mars 2018. Mais sa traduction en textes concrets, promise dans les trois mois, a connu des ratés. Aujourd’hui, un peu plus de la moitié des mesures prévues, seulement, a été concrétisée.

Or le temps presse, si la Wallonie veut atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés pour rester dans les clous européens. Il faut pour cela mettre en service près de 100 MW d’éolien chaque année. Selon les chiffres encore provisoires de la Cwape, le régulateur du secteur énergétique, on serait assez loin du compte: il y aurait 856 MW d’éolien en Wallonie à la fin 2018, 67 MW de plus seulement qu’un an plus tôt.

"Les perspectives ne sont vraiment pas réjouissantes pour le développement de projets éoliens."
Fawaz Al Bitar
Conseiller chez Edora

Certes, les cabinets du ministre de l’énergie Jean-Luc Crucke (MR) et du ministre de l’environnement et de l’Aménagement du territoire Carlo Di Antonio (cdH) ne sont pas restés inactifs. En réponse à une question parlementaire posée par Paul Furlan (PS) fin janvier, Jean-Luc Crucke a fait le point sur les 15 mesures promises. Une série d’entre elles, comme le suivi acoustique, la prolongation des parcs existants, la suspension du délai de péremption des permis ou la thématique des zones d’activités, avec notamment la possibilité de déployer des lignes directes entre les éoliennes et les entreprises, ont été concrétisées, ou sont à un stade avancé de leur parcours législatif. C’est le cas aussi de la diminution du soutien à l’éolien, passée en deuxième lecture au gouvernement le 31 janvier, et envoyé au Conseil d’État.

Mais le secteur se montre très inquiet. "La diminution de ce soutien devait accompagner une amélioration et une simplification du cadre pour l’éolien, rappelle Fawaz Al Bitar, conseiller chez Edora, la fédération des entreprises actives dans les énergies renouvelables. Or, il y a eu quelques améliorations, mais elles sont totalement insuffisantes. Les mesures phares destinées à sécuriser juridiquement les projets ou à alléger les contraintes concernant l’implantation d’éoliennes n’ont pas encore été adoptées. Les perspectives ne sont vraiment pas réjouissantes pour le développement de projets éoliens dans les années à venir."

De gros points noirs

Parmi les gros points noirs qui inquiètent le secteur, il y a les conditions sectorielles relatives aux éoliennes, qui doivent être fixées dans un nouvel arrêté, le précédent ayant été annulé par le Conseil d’État. Mais cela nécessite toute une procédure d’évaluation des incidences sur l’environnement. Un dossier qui n’a quasiment pas avancé. Au cabinet Di Antonio, en charge de ce dossier, on se refuse à tout commentaire, parce qu’un point sur l’état d’avancement de la "pax eolienica" est prévu d’ici 15 jours au gouvernement.

Il n’y a guère eu d’avancées non plus, même si différentes réunions ont été organisées, sur les critères aéronautiques militaires et civils. Sur les critères aéronautiques militaires, qui devraient permettre de libérer une série de sites pour y implanter des éoliennes, le cabinet Crucke se veut toutefois optimiste. "La Défense a indiqué le 12 février que l’analyse des demandes devrait se clôturer mi-mars. Cela devrait mener à la publication d’une carte militaire fixe et définitive, reprenant l’ensemble des contraintes imposées par la Défense, tout en répondant à certaines demandes de compensation du secteur", nous indique-t-il.

Mais Edora estime que jusqu’ici, la situation s’est plutôt dégradée. "A Bonneffe, l’armée a revu ses exigences sur un site libéré il y a près de 10 ans, au moment où les pelleteuses allaient commencer le travail. Et une grande zone d’exclusion, qui bloque 100 MW de projets éoliens, a été décrétée à proximité d’un nouveau radar installé à Florennes pour la Défense et Skeyes, l’ancien Belgocontrol."

Des soucis qui s’ajoutent à un problème majeur pour les développeurs de projets éoliens, mais auquel la "pax eolienica" ne prévoyait pas de s’attaquer — il est vrai qu’il s’agit d’une compétence fédérale: la longueur des procédures de recours contre les permis devant le Conseil d’État.

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