La première interconnexion électrique avec l'Allemagne est née

13.000 mètres cubes de béton auront été nécessaires à la construction de la station de conversion Elia à Lixhe (Liège). ©Elia

Alegro, la première interconnexion électrique entre la Belgique et l'Allemagne a été finalisée par Elia. Fruit d'un investissement de 500 millions d'euros, elle permettra les échanges entre les deux pays à partir de la fin de l'année.

A Lixhe, à proximité de Liège, c'est une impressionnante structure qui vient tout juste de sortir de terre. Au total, 13.000 mètres cubes de béton auront été nécessaires à la construction de la station de conversion Elia, dernière pierre à l'édifice d'Alegro, la première interconnexion électrique entre la Belgique et l'Allemagne.

La station de conversion de Lixhe aura pour responsabilité de convertir le courant continu utilisé pour la ligne de l’interconnexion, en courant alternatif, qui constitue 98 % de notre réseau interne belge. "Le courant continu permettra, dans un sens ou dans l’autre, le transport d’une grande quantité d’énergie sur une longue distance (90 km de liaison)", nous explique Markus Berger, le directeur des infrastructures chez Elia.

A compter de la fin 2020, des échanges à hauteur d' 1 GW supplémentaire pourront ainsi être effectués entre les deux pays.

Objectif triple

500 millions €
Le projet Alegro aura coûté 250 millions à Elia et 250 autres à Amprion.

Derrière un investissement colossal de 500 millions d'euros, réparti également entre Elia et Amprion, l'un des gestionnaire du réseau de transport d'électricité allemand, et pas loin de 10 ans de travaux, le projet d'interconnexion Alegro cache un objectif triple.

De manière analogue à Nemo Link, ce câble sous-marin qui relie la Flandre au Royaume-Uni, Alegro se veut protecteur de la sécurité d'approvisionnement des deux pays. De plus, l'interconnexion permettra une meilleure intégration des énergies renouvelables. "Les zones permettant de produire de l'énergie renouvelable à grande échelle, comme les parcs offshore de la mer Baltique par exemple, ne sont pas toujours proches des centres de consommation, d'où le besoin criant d'interconnexion", pointe Markus Berger.

"Au plus il y a d'interconnexions, au plus les prix convergent."
Markus Berger
Directeur des infrastructures chez Elia

Dernier avantage, la liaison tendra à favoriser la convergence des prix d'électricité entre les pays. "Au plus il y a d'interconnexions, au plus les prix convergent. Ils sont tirés vers le bas. C'est donc le consommateur et la société au sens large qui en bénéficieront", indique le directeur des infrastructures.

Double-sens

Naturellement, les échanges d'électrons se feront dans les deux sens. "L'électricité sera importée par le pays dont les prix de l'électricité sur les marchés de court terme seront les plus élevés", signale Markus Berger. Et l'électricité la moins chère, c'est celle qui est produite de façon renouvelable. Une donnée qui risque d'avantager l'Allemagne, vu la force de frappe de ses installations.

"Notre objectif reste d'avoir l'énergie la moins chère et d'intégrer un maximum de renouvelable."
Markus Berger
Directeur des infrastructures chez Elia

Mais alors, existe-t-il un risque de favoriser le renouvelable allemand au détriment des capacités belges? Markus Berger tempère: "C'est là une problématique d'ordre politique. Notre objectif reste d'avoir l'énergie la moins chère et d'intégrer un maximum de renouvelable. Et dans cette optique, le rôle de la mer du Nord et de son parc éolien offshore sera de toute façon essentiel."

Réseau européen

Selon les mots d'Elia, l'interconnexion représente aussi un "maillon indispensable à la construction d’un réseau européen intégré". Rêve de l'Union européenne, cet "European super grid" permettrait en effet, à terme, de réduire le coût de l'électricité sur le continent tout en promouvant l'intégration du renouvelable et en renforçant la sécurité d'approvisionnement.

"Il est clair qu'ajouter des mailles au réseau présente de gros avantages mais cela crée aussi de l'interdépendance entre les pays."
Markus Berger
Directeur des infrastructures chez Elia

Seulement, pour Markus Berger, ce réseau intégré n'est pas encore prêt à voir le jour. "Il est clair qu'ajouter des mailles au réseau présente de gros avantages mais cela crée aussi de l'interdépendance entre les pays. Pour l'instant, les grandes puissances sont encore réticentes à céder leur souveraineté énergétique. L'Europe a encore du boulot", conclut-il.

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