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La spéculation sur le CO2 fait augmenter la facture d’électricité

Le prix du CO2 a augmenté de 50% depuis le début de l'année. ©Belgaimage

Le prix que l’industrie et les producteurs d’énergie en Europe paient pour leurs émissions de CO2 a grimpé de 50% depuis le début de l’année. Les fournisseurs vont répercuter cette hausse sur la facture d’électricité.

Peu de matières premières ont autant augmenté ces dernières années que le CO2 en Europe. Le droit d’émission pour pouvoir rejeter une tonne de C02 dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l'UE a atteint cette semaine le seuil historique de 50 euros. C’est plus du double d’il y a un an et c’est 50% de plus depuis le début de cette année. Le gaz à effet de serre devance ainsi largement des métaux précieux tels que le cuivre, le platine et le palladium.

Cette forte hausse de prix est une anticipation de la réglementation européenne plus contraignante qui se profile. Depuis 2005, les industries et les producteurs d’énergie doivent posséder des droits d’émission pour chaque tonne de CO2 qu’ils envoient dans l’atmosphère. L’industrie reçoit une partie de ces droits d’émission gratuitement, tandis qu’elle doit acheter le solde lors de ventes aux enchères ou auprès d’autres entreprises qui disposent de droits excédentaires. Les producteurs d’électricité, eux, doivent acheter tous leurs droits sur le marché.

50
euros
Le droit d’émission pour pouvoir rejeter une tonne de C02 a atteint cette semaine le seuil de 50 euros.

Comme l’Union européenne vient de relever ses objectifs climatiques en visant une réduction des émissions de 55% au lieu de 40% d’ici 2030, elle compte également restreindre le système des droits d’émission. On attend de nouvelles règles pour cet été : soit on mettra moins de droits d’émission en circulation, soit on retirera des droits du marché. Avec moins de droits d’émission disponibles, la concurrence entre les entreprises va s’intensifier pour acquérir les droits restants et pour pouvoir continuer à émettre du CO2.

"Il y a une dimension spéculative. Plusieurs acteurs sont en train de se constituer une réserve de droits d’émission puisqu’ils s’attendent à ce que le prix monte."
Peter Claes
Febeliec

"L’actuelle hausse de prix anticipe les objectifs climatiques plus ambitieux, de sorte que moins de droits d’émission seront disponibles", explique Peter Claes, directeur de Febeliec, la fédération des grands consommateurs industriels. "Il y a aussi une dimension spéculative. Plusieurs acteurs sont en train de se constituer une réserve de droits d’émission puisqu’ils s’attendent à ce que le prix monte. Le prix du C02 est devenu un instrument financier dans lequel banques, agents de change et traders en tout genre investissent."

Rallye du bitcoin

Jürgen Sanders, qui suit les marchés chez Engie, compare le rallye du CO2 avec celui du bitcoin. "Jusqu’en 2018, le prix du CO2 ne dépassait pas les 10 euros. Ces quatre dernières années par contre, nous assistons à une envolée du prix, alimentée par les spéculateurs", explique-t-il. "Comme pour le bitcoin, le volume total des droits d’émission en circulation est limité. Les investisseurs s’attendent à ce que le marché européen des droits d’émission se resserre au cours des prochaines années et ont commencé à acheter en masse et de manière spéculative, souvent en s’appuyant sur le trading algorithmique. Cela a eu pour effet d’augmenter le prix beaucoup plus rapidement que ce qui était attendu à partir de la demande industrielle. L’Europe n’en avait pas tenu compte."

L’impact pour l’industrie et les producteurs d’énergie est considérable. Comme les matières premières qu’ils doivent se procurer, le CO2 est devenu un facteur coût important. Le fait d’émettre du CO2 est devenu plus onéreux tandis qu’indirectement la facture d’électricité est devenue plus chère également. "Les grands consommateurs d’électricité dans l’industrie reçoivent une compensation partielle sur leur facture d’électricité, mais cette compensation ne couvre pas tout", indique Peter Claes. "Avec un prix de 50 euros la tonne, ça commence à peser lourd."

"On obtient un effet d’inflation sur d’autres produits qui n’ont aucun rapport avec l’énergie."
Jürgen Sanders
Engie

Poussé par la hausse de prix du CO2, le prix de gros pour l’électricité est remonté au niveau de 2018, lorsque les mises à l’arrêt de certaines centrales nucléaires belges et françaises avaient entraîné des pénuries sur le marché. Sanders s’attend à un effet en cascade qui rendra toute une série de produits plus chers. "Quand le prix de l’électricité augmente, c’est répercuté ailleurs", indique Sanders. "Les prix du plastique utilisé dans la chimie par exemple vont augmenter et ces entreprises vont, à leur tour, répercuter cela sur leurs clients. On obtient ainsi un effet d’inflation sur d’autres produits qui n’ont aucun rapport avec l’énergie."

En ce qui concerne les consommateurs également, les fournisseurs répercuteront tôt ou tard les hausses de prix du CO2. Si le prix du CO2 augmente d’1 euro, le prix du mégawatt/heure sur le marché belge augmentera d’environ 40%, d’après Sanders. En reprenant ces proportions, cela signifie que la flambée du CO2 de ces douze derniers mois dopera d’au moins 40 euros la partie énergie de la facture annuelle d’un ménage moyen. "A cela s’ajoute l’effet multiplicateur des taxes et des coûts de transport sur la facture d’électricité. Ceux-ci augmenteront à mesure qu’augmente le prix de l’énergie", prévient Sanders. "Les taxes et le transport constituent deux tiers de la facture finale d’un particulier."

La plupart des ménages, qui fonctionnent avec un contrat fixe, ne sentiront pas tout de suite ces quelques dizaines d’euros d’augmentation. "Jusqu’à la fin de leur contrat, ils conservent leur prix fixe et les fournisseurs se sont souvent déjà couverts en achetant des droits d’émission à l’avance", explique Marc Van den Bosch, directeur général de Febeg, la fédération des producteurs d’énergie. "Les choses se présentent différemment pour les personnes qui disposent de contrats variables. Leur facture énergétique évolue avec les prix du marché qui tiennent compte des variations de prix du CO2."

Le résumé

  • Les droits d’émission de CO2 en Europe ont atteint cette semaine le prix record de 50 euros la tonne.
  • Anticipant des normes climatiques plus contraignantes, des investisseurs spéculatifs ont acheté en masse des droits d’émission, ce qui a poussé les prix à la hausse.
  • La hausse des cours du CO2 a rendu l’électricité plus chère.
  • Les fournisseurs d'énergie vont répercuter ces hausses de prix auprès de leurs clients.

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