La taxe nucléaire gomme les bénéfices d'Electrabel

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Electrabel S.A. renoue en 2014 avec les bénéfices après deux années de pertes. Mais le résultat opérationnel belge est plus que gommé par la taxe nucléaire.

Les chiffres 2014 qu’Electrabel vient de déposer à la Banque nationale vont vraisemblablement lui servir à étayer ses positions dans les négociations avec la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem.

Après deux années dans le rouge, les comptes d’Electrabel S.A. renouent avec les bénéfices. "Mais c’est essentiellement lié à la cession de notre participation dans les intercommunales flamandes, souligne Dimitri Stroobants, CFO d’Electrabel. Le résultat d’exploitation, qui reflète la santé des activités opérationnelles belges, est en baisse. Et la contribution nucléaire fait plus que gommer ce résultat opérationnel."

Electrabel, qui conteste cette taxe nucléaire, la comptabilise dans ses éléments exceptionnels. L’addition, en 2014, d’un résultat d’exploitation de 380 millions d’euros et d’une contribution nucléaire de 407 millions conduit en effet dans le rouge. "C’est confiscatoire, commente Dimitri Stroobants. Et la Creg ne dit pas autre chose, puisqu’elle estime à 435 millions d’euros le bénéfice de l’ensemble du secteur nucléaire en 2014."

Trois centrales indisponibles

L’opérationnel en Belgique, qui couvre à la fois la production d’électricité et la vente de gaz, d’électricité et de services, a souffert à nouveau l’an dernier. Il y a bien sûr les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, remis à l’arrêt le 25 mars 2014 suite aux micro-fissures qui affectent leurs cuves. S’y est ajouté le sabotage de Doel 4, qui a provoqué une indisponibilité de 4 mois et demi en 2014. "Cela nous a posé problème à deux titres, explique Dimitri Stroobants. Cela a fortement diminué nos revenus dans un secteur où les coûts sont majoritairement fixes, et cela nous a obligés à racheter, plus cher, l’électricité déjà vendue."

Du côté de la fourniture d’énergie, même si Electrabel a stabilisé ses parts de marché, les volumes vendus sont en baisse suite à un hiver très doux et à la diminution de la consommation due aux économies d’énergie et au contexte économique morose. En outre, les marges sont globalement en baisse. Cette accumulation de facteurs négatifs est toutefois atténuée par deux éléments: les amortissements sont en diminution suite aux grosses réductions de valeur enregistrées dans les comptes en 2013, et surtout, les efforts de performance ont permis de réduire les coûts, que ce soit au niveau des achats, des frais généraux ou des frais de personnel – les effectifs sont ainsi passés de 5.151 collaborateurs en 2013 à 4.855 en 2014.

Au-delà de ses activités opérationnelles belges, Electrabel détient une série de participations en Europe et à l’international, dont la plus importante est International Power. Et le résultat financier, qui reflète pour une bonne part la santé de ces filiales, est en chute libre: il passe de 932 millions en en 2013 à 35 millions en 2014. 

"Cela ne traduit pas une dégradation des performances d’International Power, mais bien le fait qu’en 2013, suite à la prise de participation totale dans International Power, nous avions bénéficié d’un dividende d’une hauteur exceptionnelle", remarque Dimitri Stroobants. Les effets de change ont aussi pesé: l’euro s’est déprécié par rapport à la plupart des devises dans lesquelles travaillent ces filiales.

Le résultat exceptionnel, par contre, qui avait été plombé en 2013 par de colossales réductions de valeur, est nettement dans le vert en 2014, suite à la plus-value de 849 millions d’euros sur la cession de la participation d’Electrabel dans les intercommunales flamandes de distribution. Une plus-value sur laquelle l’entreprise a payé 4 millions d’impôts.

Elle n’a par contre pas dû acquitter d’impôt des sociétés, son résultat taxable étant négatif, suite principalement à la déduction des plus-values immunisées et des revenus définitivement taxés (essentiellement les dividendes reçus). "Avec la contribution nucléaire et les taxes d’exploitation, nous payons tout de même plus de 500 millions d’euros d’impôts et taxes. Electrabel reste un des contribuables les plus importants du pays", remarque son CFO.

Autant d’éléments qui résonnent déjà comme des arguments qu’Electrabel va utiliser dans ses négociations avec la ministre de l’Énergie. Des négociations qui portent, on le sait, sur les conditions de la prolongation des centrales de Doel 1 et 2, mais aussi sur la taxe nucléaire. "La décision d’investir en vue d’une prolongation demeure une décision d’Electrabel, rappelle Dimitri Stroobants. Nous allons devoir apprécier les paramètres économiques, mais aussi les éventuels risques juridiques." Une décision qui, affirme-t-il, pourrait être prise indépendamment de ce qui va se passer pour Doel 3 et Tihange 2, même si l’avenir de ces deux réacteurs impactera bien entendu les prix du marché.

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