Le baril victime du coup de frein de la croissance

©Hilz, Peter/Hollandse Hoogte

Le prix du pétrole est repassé en dessous de 79 dollars le baril en raison des craintes sur la vigueur de la reprise économique mondiale.

En un an et demi, le prix du pétrole a été multiplié par deux. Depuis le début du mois d’août, les cours du brut sont revenus aux alentours de 80 dollars le baril, soit plus du double des niveaux observés à la fin de l’année 2008, au pire moment de la crise économique et financière. Mais les craintes actuelles pour la demande d’or noir, exprimées dans le rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié mercredi (lire par ailleurs), pèsent sur les prix pétroliers.

Pourtant, sur les marchés, les opérateurs continuent à croire à la croissance économique. Mais celle-ci risque d’être inférieure aux estimations du début de l’année, en raison du ralentissement observé en Chine et aux Etats-Unis, comme l’a confirmé la Réserve fédérale mardi. À New York, le prix du baril est d’ailleurs retombé en dessous de 79 dollars mercredi.

Ce qui maintient les cours du brut sous pression, c’est l’abondance des réserves - mercredi, le département américain de l’Énergie a fait état d’une hausse des stocks d’essence aux Etats-Unis, ce qui compense une baisse plus prononcée que prévu des stocks de pétrole - et la capacité des pays producteurs à s’adapter à une éventuelle hausse de la demande. "Depuis le début de l’année, les cours du brut fluctuent dans une fourchette allant d’à peu près 7 dollars à 85 dollars environ, et ce phénomène pourrait bien être durable", résume Frank Lierman, chef économiste de Dexia Banque. Selon lui, les phénomènes ponctuels susceptibles d’influencer le prix du baril ne sont pas en mesure de provoquer une flambée des cours.

La saison des ouragans qui menace traditionnellement la production pétrolière dans le Golfe du Mexique promet pourtant d’être plus intense que l’an dernier. "Cela ne constitue pas un argument suffisant pour justifier une envolée du prix du brut", estime Frank Lierman. "D’autant que la spéculation est beaucoup moins présente qu’en 2008, quand les cours avaient enregistré un pic. De plus, aux Etats-Unis, les stocks de carburant dépassent de loin les niveaux enregistrés en 2009, ce qui laisse une marge de manœuvre au cas où la demande rebondirait."

L’effet dollar

L’économiste maintient donc ses dernières prévisions, publiées en juin: le prix du pétrole ne devrait pas chuter en dessous de 70 dollars le baril et il devrait connaître une tendance hésitante cette année, tendance qui pourrait se convertir une hausse jusqu’à environ 86 dollars le baril.

En fait, les cours du brut se sont simplement adaptés à l’évolution conjoncturelle récente, caractérisée par un léger mieux après les apaisements au sujet de la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire européen.

Les soubresauts du marché des changes pourraient-ils modifier la donne? Habituellement, une baisse du dollar provoque une hausse du prix de l’or noir. D’une part, parce que cela permet aux producteurs de compenser la perte de valeur de la devise et d’autre part, parce que le pétrole devient alors meilleur marché pour les détenteurs d’autres monnaies. À partir de là, tout dépend du point de vue que l’on adopte.

Certains économistes voient l’euro et le dollar à parité dans les prochaines années, ce qui ne manquerait pas de peser sur les cours du brut. D’autres, comme Frank Lierman, estiment que la devise européenne devrait se maintenir aux alentours de 1,20 ou 1,30 dollar. "La situation budgétaire des Etats-Unis n’est pas plus glorieuse que celle des pays européens, d’autant que les Américains disposent de très peu d’épargne à l’intérieur de leur pays", analyse-t-il. De quoi écarter le scénario d’un plongeon des cours du brut. Reste que, mercredi, le billet vert a grimpé, l’euro revenant en dessous de 1,29 dollar, ce qui a largement contribué au recul du prix du baril. Mais les économistes n’envisagent un recul très prononcé des cours du brut que dans une hypothèse: un retour en récession…

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