Le biogaz fait son entrée dans le réseau wallon

Le biogaz produit en "digérant" des déchets organiques à l'aide de bactéries puis épuré et filtré afin de devenir du biométhane sera injecté directement au réseau Ores. ©Ores

Ce mercredi, la première injection de biogaz dans le réseau wallon a été inaugurée sur le site de la société de traitement de déchets agro-alimentaires Cinergie à Fleurus. Pour la Région, l'ambition est que le gaz vert occupe 25% du réseau Ores d'ici 2030.

Avant de se placer en quarantaine (la ministre Valérie De Bue (MR) ayant été testée positive au coronavirus), les ministres wallons Willy Borsus (MR) et Philippe Henry (Ecolo), respectivement en charge de l'Agriculture et de l'Energie, avaient un dernier ruban à couper. Ce mercredi, les deux hommes accompagnés des représentants de Sambrinvest, Fluxys, Gas.be, Luminus et Ores se sont en effet rendus à Fleurus, sur le site de la société spécialisée dans le traitement de déchets agro-alimentaires Cinergie, afin d'inaugurer la première injection de biogaz dans le réseau wallon.

"Cette conjonction entre l'agriculture, l'économie circulaire et le souci de l'environnement est absolument prioritaire pour l'avenir."
Willy Borsus
Ministre wallon de l'Agriculture

Sur place, malgré le masque, l'odeur est tenace. Et pour cause, Cinergie valorise annuellement quelque 100.000 tonnes d'intrants provenant essentiellement d'effluents d'élevage, de produits agricoles et de déchets agro-alimentaires. Et à compter d'aujourd'hui, ces matières organiques seront transformées en biométhane, un gaz vert qui viendra alimenter le réseau de distribution d'Ores, un des gestionnaires wallons.

"Cette conjonction entre l'agriculture, l'économie circulaire et le souci de l'environnement est absolument prioritaire pour l'avenir", s'est réjoui Willy Borsus.

Effort collectif

Fruit d'un travail de longue haleine initié par l'entreprise familiale Cinergie, le projet a été largement soutenu par Sambrinvest, le véhicule d'investissement de la région de Charleroi-Sud Hainaut. 5 millions d'euros auront été nécessaires à l'entreprise pour mettre ses installations en place. Aujourd'hui, Cinergie annonce que 600 mètres cubes de biométhane pourront être injectés au réseau chaque heure.

600 m³
injectés chaque heure
600 mètres cubes de biométhane pourront être injectés au réseau chaque heure.

Le biogaz produit en "digérant"des déchets organiques à l'aide de bactéries puis épuré et filtré afin de devenir du biométhane sera ainsi injecté directement au réseau Ores. L'essentiel de la production sera ensuite acheminé à trois entreprises de la région - Spadel, Takeda et Safran - par l'intermédiaire du fournisseur d'énergie Luminus.

Soutien nécessaire

Pour développer la filière du biométhane, l'une des pierres à l'édifice de la transition énergétique, il appartiendra aux autorités publiques de mettre la main au portefeuille. En effet, si, d'après le ministre Henry "un potentiel de 8TWh annuel existe pour la production de biométhane en Wallonie", le réaliser s'avère être une tâche onéreuse.

200 à 250 millions
d'euros
200 à 250 millions d'euros seraient nécessaires chaque année pour soutenir le développement de la filière.

D'après Fernand Grifnée, le CEO d'Ores, "200 à 250 millions d'euros de subsides annuels seront nécessaires pour atteindre l'objectif de 4TWh d'ici 2030". Alors, le biométhane compterait pour près de 25% du gaz distribué par le réseau. Au niveau national, le potentiel de la filière est évalué à 15,6 TWh.

Production décentralisée

La raison derrière la nécessité de débloquer d'importants subsides est en fait logique. Les endroits propices à la production de biogaz se trouvent souvent éloignés des artères du réseau de distribution de gaz. "Acheminer le gaz vert par camions roulant au diesel n'est pas une option", ironise d'ailleurs Fernand Grifnée, rappelant au passage aux ministres l'importance d'investir dans un réseau gazier adapté aux ambitions climatiques.

"Le coût nécessaire ne doit pas empêcher le déploiement du biométhane."
Philippe Henry
Ministre wallon de l'Energie

Le gaz vert, s'il fait sens du point de vue environnemental, reste donc cher. "Cela me semble un investissement raisonnable pour une filière d'avenir comme celle-ci", appuie encore le CEO d'Ores, faisant écho à Phillippe Henry qui a déclaré que "le coût ne devait pas empêcher le déploiement du biométhane".

Une production de facto décentralisée donc. Pour les prochaines connexions au réseau, cela se passera "au cas par cas", si l'on en croit le ministre de l'Energie. La priorité désormais sera donc de rendre le réseau accessible aux nouveaux candidats.

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