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analyse

Le coût de l’expansion de l’éolien en mer est peut-être sous-estimé

Lorsque les éoliennes sont placées à proximité les unes des autres, elles captent le vent des autres, produisant ainsi moins d'énergie. ©Belgaimage

Le coût du triplement de la capacité éolienne en mer pourrait être plus élevé que prévu, prévient la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg) dans un avis adressé à la ministre de l'Énergie.

Les projets du gouvernement fédéral visant à porter la capacité des parcs éoliens en mer du Nord à 5,8 gigawatts (GW) suscitent le scepticisme de l'organisme fédéral de surveillance de l'énergie, qui remet en question les estimations de coûts qui constituent la base des plans d'expansion.

La Creg indique que les effets négatifs lorsqu'une plus grande capacité éolienne est rassemblée sur une même surface ont peut-être été sous-estimés. Si les éoliennes sont placées à proximité les unes des autres, elles captent en effet le vent des autres, produisant ainsi moins d'énergie et augmentant le coût du mégawattheure. Le régulateur a des "doutes sur la sous-estimation" de ces effets, indique l'avis.

D’ici à 2030, le gouvernement entend ajouter aux 2,3 GW existants en mer du Nord pas moins de 2,1 GW qui, grâce à des turbines plus performantes, pourraient même hisser la capacité de cette seconde zone offshore, à 3,2, voire 3,5 GW. Il suit en cela la conclusion d’une étude menée par la société de conseil bruxelloise 3E qui compare les coûts pour 63 scénarios faisant varier le nombre de turbines, la dimension de celles-ci et le raccordement au réseau électrique à terre. Toute la difficulté consiste à trouver le bon équilibre entre l’accroissement de la production (induit par de grandes éoliennes) et la baisse du rendement (induite par la densité du parc éolien).

Turbulences

Les plus grandes turbines de 17 MW, qui sont en cours de développement, renchériraient le prix de revient total du mégawattheure de plus de 5% en raison précisément du captage mutuel des vents. Dans ce cas, la capacité dans la zone Princesse Elisabeth pourrait cependant grimper à 3,5 GW avec une production annuelle d’électricité de 15 térawattheure (TWh), soit une bonne moitié en plus de ce que prévoit le scénario de référence originel.

5%
de coût supplémentaire
Dans le scénario maximal, avec les plus grandes éoliennes de 17 MW, celles-ci capteraient une partie du vent les unes des autres, ce qui renchérirait le coût par mégawattheure d’un peu plus de 5%.

Mais, pour la Creg, cette estimation est trop optimiste. Dans les études relatives au premier parc éolien en mer, une augmentation similaire de la capacité par  m2 avait conduit à une réduction beaucoup plus grande de la production. Le régulateur estime dès lors que l’impact a pu être sous-estimé. En outre, les éoliennes placées trop proches les unes des autres provoquent de grandes turbulences. Par grand vent, elles doivent donc être mises à l’arrêt plus rapidement. "Les deux éléments ont un effet croissant sur le coût total par mégawattheure", avertit la Creg.

Modèle de calcul affiné

3E souligne, pour sa part, que les résultats de son étude sont fiables, malgré le résultat surprenant. L'entreprise, spécialisée dans les énergies renouvelables, a utilisé un nouveau modèle de calcul de l'Institut Von Karman, qui est un leader mondial dans le domaine des simulations aérodynamiques.

"C’est un modèle affiné, plus avancé", souligne Jan Cornillie, responsable de la stratégie chez 3E. "Il en sort donc d’autres résultats. Le modèle prend en compte plus de paramètres, comme l’effet des turbines les plus récentes, qui sont plus élevées, ou l’incidence des parcs éoliens existants sur les flux de vent dans la nouvelle seconde zone."

Tout pris en compte, 3E arrive à un coût de 55,73 euros par mégawattheure dans le scénario de référence, soit 50 centimes en plus. "Ce n’est pas énorme sachant que cette solution accroît la capacité de 66%, avec donc une meilleure sécurité d'approvisionnement", souligne encore Jan Cornillie.

Subsides plus élevés

Le député fédéral Bert Wollants (N-VA) regrette que la minsitre de l'Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) n’ait pas fait part au parlement des critiques de la Creg. "Pour le premier champ éolien, l’on avait choisi un grand nombre d’éoliennes sur une surface limitée. Avec, à la clé, une hausse des coûts, mais aussi des subsides. Si l’on opte à nouveau pour une densité très élevée, le renchérissement sera une fois de plus au rendez-vous", déplore Bert Wollants. "Nous ne pouvons donc pas en conclure que les nouveaux parcs éoliens seront construits sans subsides. Parce que c’est le contribuable ou le consommateur qui risque, en définitive, de le payer. Tout le monde est partisan de produire plus d’énergie éolienne, mais si c’est au prix d’une facture plus élevée, il faut garantir la transparence au préalable."

"Le coût de l’éolien continuera à baisser dans les prochaines années."
Tine Van der Straeten
Ministre fédérale de l'Énergie

Tinne Van der Straeten assure de son côté que la hausse relative des coûts (+5%), telle que l’estime 3E, tient la route: "L’énergie renouvelable est la forme d’énergie la plus verte et la meilleur marché. Le coût de l’éolien continuera à baisser dans les prochaines années."

Un porte-parole de la Creg n’a pas souhaité réagir, faisant valoir que l’avis transmis à la ministre est confidentiel.

Le résumé

  • Le régulateur de l'énergie, la Creg, craint que les estimations de coûts pour tripler la capacité de production du parc éolien offshore ne soient trop optimistes.
  • Les éoliennes placées à proximité les unes des autres captent le vent des autres, produisant ainsi moins d'énergie.
  • Le bureau d'études 3E, qui a calculé les coûts pour la zone Princesse Elisabeth, confirme que ses estimations sont correctes.
  • Le député fédéral Bert Wollants (N-VA) regrette que la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten n’ait pas fait part au parlement des critiques de la Creg.

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