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Le coût du soutien aux centrales au gaz est plus élevé que prévu

©EPA

Alors que le consultant PwC avait estimé le coût du système de soutien aux centrales au gaz à 345 millions d’euros par an, la Creg le situe entre 600 et 940 millions d’euros, apprend L’Echo.

Le système de soutien aux centrales au gaz qui devrait être déposé prochainement au Parlement pour faire face à la sortie du nucléaire risque de coûter plus cher qu’estimé initialement.

Pour rappel, il s’agit d’organiser des enchères pour s’assurer que la Belgique dispose de suffisamment de capacités de production électrique à partir de 2025, une fois les réacteurs fermés. Depuis quelques années, les centrales au gaz peinent en effet à trouver une rentabilité, mais certaines d’entre elles sont nécessaires pour répondre aux pics de demande d’électricité.

Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension, a estimé qu’au moins 3.600 MW de nouvelles capacités seraient nécessaires pour compenser l’arrêt de Doel et Tihange. Mais sans mécanisme de soutien, les investisseurs potentiels ne se bousculent pas au portillon.

Les estimations de la Creg sont nettement plus élevées que celles de PwC.

Le gouvernement fédéral a donc décidé de mettre en place un mécanisme de rémunération des capacités (ou CRM, capacity remuneration mechanism), qui paie les outils pour la capacité qu’ils mettent à disposition du marché, et vient compléter les revenus qu’ils tirent de l’électricité produite.

Il faut noter que même en cas de prolongation de 2.000 MW de nucléaire, les besoins en nouvelles centrales ne disparaissent pas: Elia les chiffre alors à 1.600 MW. Et là aussi, un système de soutien est nécessaire pour que ces centrales soient disponibles.

Le texte qui doit mettre en place ce mécanisme est revenu du Conseil d’État, et devrait passer vendredi en deuxième lecture au gouvernement, après quelques adaptations. Il sera ensuite déposé au Parlement.

Dans une étude qui remonte à mars 2018, le consultant PwC a estimé le coût net de ce mécanisme à 5,2 milliards d’euros sur 15 ans, soit 345 millions d’euros par an. Mais le régulateur fédéral du secteur de l’énergie, la Creg, est beaucoup plus pessimiste. Selon ses estimations, le coût de ce soutien se situerait entre 600 et 940 millions d’euros par an.

600
millions
Si l’on traduit les 345 millions d’euros de coûts actualisés en coûts nominaux, on dépasse les 600 millions d’euros par an.

En réalité, les deux estimations ne sont pas incompatibles. PwC a travaillé sur la base de coûts actualisés, qui diminuent avec le temps, tandis que la Creg travaille sur la base de coûts nominaux, nettement plus élevés. Si l’on traduit les 345 millions d’euros de coûts actualisés en coûts nominaux, on dépasse les 600 millions d’euros par an. Et ce sont ces coûts nominaux qui seront répercutés sur la facture des ménages et des entreprises belges.

Interrogée le 14 février à la Chambre par le député N-VA Bert Wollants, la ministre de l’Energie Marie Christine Marghem (MR) disait ne disposer pour l’instant d’aucune étude détaillée sur le sujet, hormis les chiffres de PwC. On peut supposer, toutefois, qu’elle était au courant de ces estimations de la Creg, qui ont notamment été présentées à Elia fin janvier.

"La Creg a aussi laissé présager un coût supérieur à 345 millions d’euros par an", a d’ailleurs ajouté la ministre au Parlement, tout en précisant que le régulateur pensait que le volume requis serait bien inférieur à celui servant de base aux calculs de PwC. "Cela placerait ce coût sous les 345 millions", concluait-elle.

Marghem dément et dénonce un coup politique

"Il s'agit d'un coup politique qui n'a pour autre objectif que de faire échouer un outil essentiel dans le cadre de la transition énergétique et la sortie du nucléaire"
Marie-Christine Marghem
Ministre de l'Energie (MR)

La ministre de l'Energie, Marie Christine Marghem, a démenti ces informations. A ce jour, il n'existe aucune nouvelle étude de la Creg concernant le coût du CRM. La seule étude officielle est celle du consultant PWC, disponible sur le site internet du SPF Economie et validée par la CREG et Elia, a-t-elle réagi par voie de communiqué.

Pour elle, l'un des directeurs de la Creg, Andreas Tirez, en charge du Fonctionnement des marchés, "a pris la liberté de se baser sur l'étude officielle de PWC et de remplacer les coûts actualisés par les coûts nominaux. Il s'agit donc d'une initiative purement personnelle. Ce draft n'a jamais été validé par le comité de direction de la Creg et ne peut donc être pris en considération. Un courrier de la CREG adressé au cabinet Marghem en atteste", précise le communiqué de la ministre. Cette dernière dénonce "un coup politique qui n'a pour autre objectif que de faire échouer un outil essentiel dans le cadre de la transition énergétique et la sortie du nucléaire".

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