"Le gaz, c'est 27% de la consommation d'énergie, l'électricité 19% seulement"

©Dieter Telemans

Pour Pascal De Buck, CEO de Fluxys, il ne faut pas négliger l’importance du gaz dans la transition énergétique. Les propositions de Fluxys? Utiliser davantage le gaz pour le chauffage et le transport dans l’immédiat, et miser sur le gaz vert et le stockage des énergies renouvelables sous forme de gaz à plus long terme.

"Nous voulons prendre nos responsabilités dans la transition énergétique, affirme Pascal De Buck, CEO de Fluxys, qui gère le réseau de transport de gaz en Belgique et tenait lundi son forum annuel. Mais dans ce débat très complexe qui charrie parfois des éléments émotionnels, revenir aux faits et amener des éléments objectifs est toujours utile. Il ne faut pas perdre les ordres de grandeur de vue: l’électricité, c’est 19% de la consommation finale d’énergie en Belgique, le gaz 27%. Et même si on entend beaucoup parler d’électrification de la société, il y aura un rôle important à jouer pour le gaz et l’infrastructure gazière."

Son argumentation? La consommation totale d’énergie en Belgique est actuellement de 420 TWh. "Dans un scénario extrême, on pourrait arriver à 40 GW de photovoltaïque et 17 GW d’éolien, qui pourraient, ensemble, produire 90 TWh, un peu plus que la consommation actuelle d’électricité. L’efficacité énergétique peut permettre d’économiser 100 TWh, et les importations, si on augmente la capacité des interconnexions à 10 GW, 50 TWh. Reste encore 180 TWh à satisfaire."

"Même si on entend beaucoup parler d’électrification, le gaz a un rôle important à jouer."
Pascal De Buck
CEO de Fluxys

Et si l’on regarde la consommation sur une année, on voit que les pics sont beaucoup plus importants, avec des variations beaucoup plus marquées, dans le gaz que dans l’électricité. L’infrastructure gazière est conçue pour fournir une capacité de pointe de 57 GW en hiver, tandis que le pic de demande du système électrique est de 14 GW. Augmenter l’électrification de la société augmenterait les pics de consommation électrique, et nécessiterait des investissements importants dans le réseau.

Fluxys plaide donc pour que l’on accorde plus de place au gaz dans l’évolution du mix énergétique. "Dans le grand puzzle à réaliser, nous avons quelques pièces en main, et peut-être même une pièce de coin", affirme Rudy Van Beurden, communication et public affairs manager.

À court terme, il plaide pour une meilleure installation de l’infrastructure de gaz existante. Parmi les mesures qui permettent d’engranger des résultats immédiats: le remplacement des vieilles chaudières au mazout par des chaudières au gaz à condensation ou l’utilisation du CNG (gaz naturel comprimé) pour faire avancer les voitures et du GNL (gaz naturel liquéfié) pour les bateaux. De quoi faire baisser non seulement les émissions de CO2, mais aussi celles de particules fines de NOx. Fluxys propose aussi des solutions CNG pour les entreprises installées dans des zones non desservies par le réseau de gaz.

Miser sur le gaz vert

À plus long terme, il veut miser sur le gaz vert – à Merksplas, une première installation de production de biométhane à base de déchets s’est connectée sur le réseau de Fluvius, et un projet comparable existe à Leuze-en-Hainaut.

Il prône aussi le développement du "power-to-gas", avec le stockage de l’électricité solaire ou éolienne excédentaire sous forme d’hydrogène vert ou de gaz synthétique, qui peut être injecté dans le réseau de gaz.

Selon une étude menée par Navigant pour Gas for Climate publiée hier, la manière optimale de décarboner est de combiner l’hydrogène et le gaz synthétique avec les énergies renouvelables: au niveau européen, cela pourrait permettre 217 milliards d’euros d’économies par an par rapport à un scénario qui utiliserait un minimum de gaz.

Pour certaines utilisations, il plaide enfin pour le captage du CO2 – il a signé un accord avec le port d’Anvers pour examiner la question.

En tant qu’entreprise, Fluxys compte balayer devant sa porte: elle s’est donnée pour objectif de réduire ses propres émissions de CO2 de 50% d’ici 2025, en revoyant le chauffage de ses bâtiments, en travaillant sur les compresseurs de son réseau ou en diminuant les fuites dans le réseau.

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