analyse

Le patron de l'Agence nucléaire bousculé

La ligne de l’Agence sur les travaux à entreprendre avant une prolongation a-t-elle évolué? Jan Bens n’a pas pu - ou voulu - répondre ©Photo News

Jan Bens, le patron de la sûreté nucléaire, a laissé d’importantes questions sans réponse lors de son audition à la Chambre.

Jan Bens a été mis sur la sellette, ce mercredi, au Parlement. L'audition du patron de l’AFCN, l’autorité fédérale chargée de la sûreté nucléaire, faisait suite à sa tonitruante interview dans "Le Soir" du 1er juin dernier, dans laquelle il déclarait notamment qu’au Kazakhstan, où il a travaillé pour Tractebel, il ne s’était pas seulement vu proposer des enveloppes, mais qu’il en avait proposé aussi. Programmée une première fois le 16 juin, cette audition devant la sous-commission Sécurité nucléaire de la Chambre avait dû être postposée suite à l’hospitalisation du patron de l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire).

Comme il l’avait déjà fait devant son conseil d’administration, Jan Bens s’est dit désolé que les propos tenus à l’époque ont pu avoir un impact négatif sur l’image de l’AFCN. Il a aussi répété que l’intégrité était pour lui fondamentale, et que la seule fois dans sa carrière où il avait été obligé de donner de l’argent, c’était pour persuader un médecin de s’occuper d’un collaborateur qui s’était cassé la jambe. Il a ajouté qu’il avait eu très peu de temps pour relire cette interview avant publication. De quoi permettre de tourner la page, a estimé la majorité, l’opposition continuant à juger que la crédibilité du patron du gendarme de la sûreté nucléaire était entamée par cet épisode. "Vous estimez-vous toujours capable de remplir vos fonctions à la tête de l’Agence?", lui a lancé la socialiste Karine Lalieux.

Étude d’incidence ou pas?

©Photo News

Mais au-delà de cette polémique, Jan Bens a laissé d’importantes questions sans réponse. On a ainsi appris lors de son audition qu’une deuxième note juridique avait été soumise au conseil d’administration de l’Agence sur la procédure à suivre pour relancer Doel 1 et prolonger Doel 2. Une note où la position juridique de l’agence semble avoir évolué, puisqu’elle dit désormais qu’elle ne pourra se prononcer sur la nécessité d’une étude d’incidence et d’une consultation publique avant de prolonger ces réacteurs qu’une fois reçu le rapport complet d’Electrabel sur les actions à entreprendre.

"Vous aviez un premier avis réalisé par un cabinet extérieur, qui ne plaisait pas au gouvernement. Vous avez demandé un nouvel avis, et il diffère. Les méthodes de la ministre Marghem commencent à déteindre sur l’Agence", a attaqué l’Ecolo Jean-Marc Nollet. Ce à quoi Jan Bens a rétorqué que la nouvelle note tenait compte du fait qu’entre-temps, la loi sur la prolongation des deux réacteurs avait été adoptée, et que le tribunal de première instance avait jugé en référé que l’autorisation d’exploitation courait toujours, ce qui n’a pas convaincu tous les parlementaires. La MR Caroline Cassart, elle, jugeait cette discussion hors sujet. "Recentrons-nous sur la sécurité nucléaire", a-t-elle plaidé.

Le patron de l’Agence a aussi été longuement questionné sur les actions et les travaux qu’il allait exiger avant de permettre la relance des deux réacteurs. Parmi les points sensibles: la question de savoir si l’AFCN allait accepter que la mission Salto de l’Agence internationale de l’énergie atomique soit menée après la relance des centrales, alors que pour Tihange 1, l’AFCN comme Electrabel considéraient que cela devait se faire préalablement. Jan Bens est resté silencieux — on sait que faute de disponibilités à l’AIEA, une mission complète n’est programmée qu’en 2017.

Autre question récurrente: quels travaux sont considérés comme prioritaires, et doivent être réalisés avant le redémarrage? Dans une note de 2009, l’AFCN disait que les travaux liés au vieillissement devaient être réalisés avant les 40 ans d’exploitation. A la question de savoir si l’AFCN n’avait pas changé sa ligne à ce sujet, le patron de l’Agence n’a pas répondu clairement. "Il faut que je relise cette note à tête reposée avant de répondre", a déclaré Jan Bens. "Des propos qui ne sont pas rassurants, quand ils concernent un domaine aussi sensible que la sûreté nucléaire" commentait le cdH Michel de Lamotte à la sortie de l’audition.

©Photo News

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