"Le rachat des parts de Nethys dans Publigaz et Publi-T n'est qu'une première étape"

©anthony Dehez

Claude Grégoire, le patron de Socofe, revient sur le rachat des participations de Nethys dans Publigaz et Publi-T.

Sa dernière interview remonte à… janvier 2010. Claude Grégoire, le patron de Socofe, est un homme clé du secteur énergétique, où il représente les intérêts communaux wallons, mais au tempérament plus que discret. Il a malgré tout accepté de nous donner plus d’explications sur l’opération importante qu’il est occupé à finaliser: le rachat des participations de Nethys dans Publigaz et Publi-T, les actionnaires de référence de Fluxys et d’Elia, les gestionnaires du réseau de transport de gaz et du réseau de transport d’électricité en Belgique. Une acquisition qui devrait n’être qu’une première étape, et va contribuer à la réorganisation du paysage énergétique en Wallonie et en Belgique.

Socofe
  • A été créé pour fédérer les intérêts des actionnaires communaux de Charleroi et de Liège dans l’énergie.
  • A vu son actionnariat s’élargir au fil du temps, y compris à Belfius, la SRIW ou Ethias.
  • Affichait fin 2016 un bilan de 423 millions d’euros.
  • Ses principaux actifs? Ses participations dans Publi-T et Publigaz. Est aussi actionnaire d’EDF Luminus, de parcs éoliens ou de la SPGE.

"Il y a longtemps que la possibilité de cessions entre partenaires qui se trouvent à la fois actionnaires de Socofe et de Publi-T et Publigaz était évoquée. J’ai senti qu’une fenêtre s’ouvrait, suite à la restructuration du groupe Publifin-Nethys. Et lorsque, dans le cadre de la recapitalisation de l’assureur Integrale, l’apport par Nethys de ses participations dans Publigaz et Publi-T a été évoqué, je me suis dit que ce n’était pas une bonne idée. J’ai donc pris langue avec Nethys, qui a répondu favorablement, pour réfléchir à une autre opération", explique d’emblée Claude Grégoire lorsque nous prenons place dans les bureaux de Socofe, logés au 13, boulevard Destenay à Liège, qui abrite aussi la SRIW et d’autres outils économiques wallons.

Nethys, qui est l’actionnaire de référence de Socofe, avec 32% détenus en direct, auxquels s’ajoute une participation indirecte via NEB, a donc accepté de céder ses 4,06% dans Publigaz et ses 3,48% dans Publi-T à Socofe. Le montant de l’opération? 120 millions d’euros. De quoi permettre à Nethys de réaliser l’augmentation de capital de l’assureur, nécessaire pour le remettre dans les clous des règles prudentielles, en cash plutôt qu’en actions.

"Cela évite d’avoir un pôle d’assurances impliqué dans le pôle énergétique. C’est plus intéressant pour Integrale, parce qu’un apport en cash a plus de valeur qu’un apport en actions. Et c’est une opportunité financière et stratégique pour Socofe, qui est un outil wallon qui fédère les intérêts communaux dans ces deux sociétés et qui disposait de liquidités", argumente Claude Grégoire.

Socofe, qui disposait déjà de plus de la moitié des participations publiques wallonnes en Publi-T et en Publigaz, va ainsi voir sa participation indirecte en Fluxys grimper de 14,4% à 17,6%, et sa participation indirecte en Elia passer de 7,5% à 9,1%. Deux participations qui représentent déjà deux tiers, environ, des actifs de Socofe.

Et son administrateur délégué ne compte pas en rester là. "Le conseil d’administration de Socofe a décidé de regarder s’il était possible de rééditer l’opération avec les participations détenues directement par une série d’intercommunales dans Publigaz et Publi-T. Cela ne doit pas nécessairement se faire par cession: elles peuvent aussi apporter leurs participations en échange d’un renforcement dans l’actionnariat de Socofe. Cela rééquilibrerait cet actionnariat, où le pôle liégeois est historiquement important, sans dénier à Nethys son rôle d’actionnaire de référence. Cela permettrait surtout de spécialiser, simplifier et renforcer les structures, avec un endroit clair où discuter de la stratégie concernant la participation des communes wallonnes dans ces deux entreprises clés. Et c’est d’autant plus important qu’au niveau bruxellois, les participations dans Publi-T et Publigaz sont déjà dans une structure unique, Interfin, et qu’au nord du pays, une réorganisation est en cours, avec Fluvius qui portera l’essentiel de ces participations. Les courriers à destination des intercommunales vont partir cette semaine, et des discussions pourraient avoir lieu dans le courant du mois d’avril."

"Nous voulons un endroit clair où discuter de la stratégie des communes wallonnes dans Fluxys et Elia."
Claude Grégoire
Patron de Socofe

Est-ce vraiment une bonne idée, au vu des tensions communautaires déjà vécues au sein de Publi-T, notamment autour de la reconduction de Miriam Maes, présidente sortante d’Elia, comme administratrice? Cela ne risque-t-il pas d’attiser encore les antagonismes entre les représentants du nord et du sud du pays? "Oui et non. Publigaz et Publi-T sont des outils confédéraux, des organes importants pour que l’on puisse se parler entre communautés, en évitant de transférer ces discussions dans les instances de Fluxys ou d’Elia elles-mêmes, ce qui serait très mauvais", répond Claude Grégoire.

Il nous semblerait plus logique, tout de même, que ces participations soient détenues par des acteurs publics régionaux, voire fédéraux… "Cette situation est le résultat de l’histoire, s’emballe Claude Grégoire. Les communes ont été présentes dès la constitution du système belge électrique et gazier. Et si elles y sont toujours, c’est parce qu’heureusement, elles sont restées quand le Fédéral et le régional ont déserté. Les infrastructures énergétiques sont l’équivalent du système sanguin pour notre économie. Et Elia et Fluxys sont deux superbes sociétés belgo-belges comme il n’y en a plus beaucoup. Et c’est grâce aux communes. Je suis d’accord qu’il serait logique que ces participations soient logées à un autre étage. Mais alors, il faudra mettre beaucoup d’argent sur la table."

Si toutes les intercommunales transfèrent leurs participations dans Publigaz et Publi-T à Socofe, combien pèsera-t-il? "En valeur actualisée, entre 1,2 et 1,3 milliard d’euros", répond Claude Grégoire après avoir pianoté rapidement sur sa calculette.

Et quid des participations dans EDF Luminus ou dans les parcs éoliens en mer? Est-ce bien la vocation de Socofe d’encore détenir ce type d’actifs? "Pour EDF Luminus, ce n’est plus notre rôle d’avoir des participations dans le monde concurrentiel, et encore moins dans des fournisseurs d’énergie. Nous devons nous spécialiser. Pour les parcs éoliens, c’est différent: nous sommes un partenaire financier, et ce ne sont pas des fournisseurs. Je suppose qu’une réflexion est en cours chez Nethys concernant ses participations dans EDF Luminus et dans Elicio. Et l’actionnaire le plus important d’EDF Luminus, après EDF, est Publilec, dont la Ville de Gand est sortie il n’y a pas longtemps, et dont on ne sait pas s’il va subsister. Il est inutile d’aller plus vite que la musique: il faut avoir un interlocuteur pour discuter."

À propos d’interlocuteurs, le conseil d’administration de Socofe compte-t-il toujours André Gilles comme président, et Dominique Drion, Georges Pire et Stéphane Moreau comme administrateurs? "Oui, mais il n’est pas dit que les choses ne vont pas changer lors de l’assemblée générale de mai 2018, où tous les mandats, sauf celui de l’administrateur délégué, viennent à échéance", indique prudemment Claude Grégoire. Une assemblée générale qui devrait aussi procéder à un certain nombre d’adaptations pour mettre en ordre Socofe avec le nouveau décret gouvernance qui devrait bientôt être voté par le Parlement wallon.

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