Le réseau wallon se dote de son premier parc de batteries de stockage

Pierre Bayart (Rent-a-Port Green Energy) et Cédric Legros (SRIW Environnement) sont les deux porteurs du projet pour le consortium Estor-Lux. ©saskia vanderstichele

Le consortium public-privé Estor-Lux (AvH, Sriw, Socofe et Idelux) s'apprête à installer un parc de batteries de 10 MW afin de soutenir le réseau électrique wallon et de répondre à la demande croissante de flexibilité. C'est une première en Belgique.

Et sans le nucléaire, on fait comment? Cette question, le consortium public-privé Estor-Lux s'est mis en tête de l'aborder frontalement. Composé de Rent-a-Port Green Energy (une joint-venture entre Ackermans & van Haaren, sa filiale CFE, et Bewatt), des véhicules d'investissement wallons SRIW Environnement et Socofe ainsi que du véhicule de développement luxembourgeois Idelux, Estor-Lux dévoile ce lundi la concrétisation d'un ambitieux projet: la construction d’un premier parc de batteries de stockage électrique de 10MW/20 MWh à Bastogne.

9,2 millions
d'euros
Le projet aura nécessité un investissement de 9,2 millions d'euros, dont 50% seront couverts par la banque Triodos.

Le projet, qui aura nécessité 9,2 millions d'euros d'investissement (dont 50% seront couverts par la banque Triodos dans le cadre d'un prêt sans recours), débutera son exploitation à la mi-2021.

Répondre aux besoins de flexibilité

Développement essentiel dans la quête de la décarbonation, le stockage par batteries doit permettre de soutenir le réseau électrique. En effet, les batteries seront amenées à être sollicitées lorsque les conditions météorologiques ne permettent pas aux éoliennes et aux panneaux solaires de produire suffisamment d'électricité et, inversement, elles pourront emmagasiner l'électricité excédentaire fournie lorsque le vent souffle et le soleil brille. "Nous voulons apporter de la flexibilité dans la dernière heure avant la livraison l’électricité, ce qui permettra de stabiliser le réseau", expose Pierre Bayart, chef du projet pour Rent-a-Port Green Energy.

Visuellement, le projet comportera une trentaine de cubes de 1,5 mètre de hauteur. "Il faut imaginer nos batteries comme 500 véhicules électriques branchés sur le réseau", schématise Pierre Bayart. ©Estor-Lux

Mais plus encore que de complémenter le renouvelable, le projet entend se positionner en alternative crédible aux centrales thermiques. "Notre projet permet de répondre aux besoins de capacité et de s'assurer de la réactivité de cette capacité", explique Pierre Bayart. "Pour nous, le stockage par batteries, à condition qu’il soit agrégé avec d’autres solutions de flexibilité, peut remplacer les centrales à gaz dans cette fonction, et donc, in fine, leur permettre de remplacer le nucléaire dans le mix énergétique", poursuit-il.

Ici, l'homme fait référence au rôle de tampon que joueront les centrales à gaz à partir de 2025. En Belgique, il est prévu que celles-ci soient actionnées afin de complémenter le renouvelable et cette capacité mise à disposition du réseau sera récompensée par un mécanisme de soutien - le fameux CRM.

Pas de soutien public

Sauf que les batteries d'Estor-Lux - en plus de ne pas rejeter de CO2 dans l'atmosphère - n'ont pas besoin d'être subsidiées, et c'est bien là le deuxième gros avantage du projet. "Nous sommes arrivés à un stade où le stockage, via les batteries, est rentable, notamment par la gestion de la flexibilité. C’est une alternative compétitive aux sources conventionnelles de flexibilité", avance Cédric Legros, l'autre chef du projet pour la SRIW Environnement.

"Nous sommes arrivés à un stade où le stockage, via les batteries, est rentable, notamment par la gestion de la flexibilité."
Cédric Legros
Chef du projet pour la SRIW Environnement

Et pour Pierre Bayart, les planètes s'alignent concernant l'essor des batteries. "Je pense que les batteries deviendront de plus en plus compétitives parce que leur coût va diminuer, grâce à l’essor de la mobilité électrique. Je vois aussi les besoins en flexibilité augmenter de manière significative. Enfin, dans ce contexte, les centrales à gaz deviendront de moins en moins présentes et cela va causer une augmentation des besoins qui ouvrira le champ des possibles pour les stockages", synthétise-t-il.

Concrètement, ces batteries se rémunéreront en se positionnant sur le marché de la flexibilité à très court terme. "Nous allons chercher la valeur sur le marché de la flexibilité, en intégrant la batterie dans un portefeuille de capacité flexible afin de créer un effet de levier. Ainsi, le portefeuille devient plus performant et plus compétitif que si on opérait individuellement ces capacités", détaille encore Cédric Legros.

Une première belge

"Nous avons pu monter le projet sans contrat de long terme avec un gestionnaire de réseau pour nous garantir une rémunération et malgré cette incertitude, nous avons réussi à financer le projet via un financement bancaire sans recours. Cela en dit long sur la possibilité de développer ce genre de projets à l’avenir", conclut, optimiste, Pierre Bayart.

"Nous avons pu monter le projet sans contrat de long terme avec un gestionnaire de réseau. Cela en dit long sur la possibilité de développer ce genre de projets à l’avenir."
Pierre Bayart
Chef du projet pour Rent-a-Port Green Energy

Notons enfin que les partenaires envisagent, à plus long terme, un investissement de 150 MW articulé autour de deux axes: le développement de projets centralisés de grande capacité directement connectés au réseau ainsi que le développement du concept de "storage as a service", à destination de consommateurs industriels.

Si aujourd'hui Estor-Lux est le premier à s'aventurer dans le stockage par batteries selon ce modèle sur le réseau belge, il y a fort à parier que le consortium fera encore parler de lui dans les années à venir.

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