Les Belges peinent à payer leurs factures d'énergie

Les demandes de plans de paiement et de diminutions de factures d'acompte ont explosé depuis le mois de février. ©BELGA

Les demandes de diminution de factures d'acompte et la mise en place de plans de paiement ont fortement augmenté du fait de la crise sanitaire et du confinement.

Nous l'avons déjà écrit, la situation des fournisseurs d'énergie en Belgique est loin d'être reluisante. Dès le début du confinement, la chute spectaculaire des prix de l'énergie causée par le recul important de la demande avait déjà contraint les acteurs du secteur à "brader" l'électricité et le gaz acheté sur les marchés de gros.

En plus de cet effet "volume", les fournisseurs subissent aussi indirectement les difficultés que la crise actuelle impose à leurs clients. Ici, les fournisseurs tentent de s'adapter à coup de plans de paiement, de revues à la baisse des factures d'acompte et autres reports, mais tous s'accordent à dire que la situation devient de plus en plus difficile à tenir.

Pluie de demandes

Pour Stéphane Bocqué, le porte-parole de la Febeg, la fédération regroupant les fournisseurs d'énergie, "la situation est très préoccupante pour les fournisseurs d'autant plus qu'on ne sait pas comment la crise va évoluer". L'organisation, qui a conduit des analyses sur 80 % du marché, repère clairement une tendance se traduisant en une augmentation significative du risque financier pour les fournisseurs depuis la mi-mars.

"On observe que la courbe a grimpé au départ de la crise avant de redescendre à la mi-juin. On suppute néanmoins une nouvelle hausse dans les semaines à venir", nous dit Stéphane Bocqué. Il fait ici référence aux demandes d'établissement de plans de paiement, de reports et de diminutions de factures d'acompte soumises aux fournisseurs depuis le début du confinement.

"Au total, nous estimons que le risque financier sous-jacent pour les fournisseurs est aujourd'hui trois fois plus élevé qu'en février."
Stéphane Bocqué
Porte-parole de la Febeg

"La tendance est particulièrement marquée en B2B. Par exemple, les demandes de reports de paiement ont été 2,5 fois supérieures sur la période avril-mai qu'entre février et mars", explique-t-il. Les demandes de diminution de factures d'acompte ont plus que doublé par rapport au mois de février, autant pour les professionnels que pour les particuliers. "Au total, nous estimons que le risque financier sous-jacent pour les fournisseurs est aujourd'hui trois fois plus élevé qu'en février", appuie-t-il. Rappelons que ces dernières années, le risque de crédit était évalué à 80 millions d'euros.

Avoir les reins solides

Ce constat haussier est partagé par l'ensemble des fournisseurs que nous avons contactés. Aussi, il marque un peu plus un secteur déjà usé par des années de marges de plus en plus faméliques et d'hivers de moins en moins rigoureux.

Pour les géants comme Engie ou Luminus (EDF), la situation reste tenable dans la mesure où les entreprises respectives disposent d'un portefeuille d'activités leur permettant de répartir les risques. Pour les autres, dont la seule activité consiste à fournir électricité et gaz, la pression ne cesse de monter. C'est pourquoi la Febeg appelle les autorités publiques à prendre en charge une part du risque supporté par les fournisseurs.

Augmentation des factures

Naturellement, les reports et autres échelonnements de paiement ne dureront qu'un temps. Aussi, les fournisseurs s'attendent à pouvoir respirer un peu mieux dès lors que les factures de régularisation seront envoyées à leurs clients.

"Malgré le confinement, nous avons constaté que la consommation d'électricité est globalement restée stable chez les particuliers."
Olivier Desclée
Porte-parole d'Engie

Par contre, et c'est étonnant, pour les particuliers, cette hausse des factures de régularisation n'est pas liée à une augmentation de la consommation. "Malgré le confinement, nous avons constaté que la consommation d'électricité est globalement restée stable chez les particuliers. Pour les professionnels, elle a logiquement fortement baissé", indique Olivier Desclée, le porte-parole d'Engie.

Un constat qui laisse présager des régularisations de comptes moins salées que prévu même si le risque de défauts de paiement plane toujours sur le secteur.

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