Le secteur de l'énergie se bat pour un atterrissage en douceur d'Anode

©REUTERS

Anode, acteur clé de l’énergie en Belgique, est en grosses difficultés. De quoi faire craindre une réaction en chaîne, avec la faillite de certains petits fournisseurs. Mais le secteur se mobilise pour tenter un atterrissage en douceur.

Lundi soir, Anode Energie a annoncé à ses clients qu’il arrêterait ses activités de responsable d’équilibre le 27 juin à 0 heure. Face à cette perspective d’atterrissage en catastrophe, le secteur s’est mobilisé.

• Anode est en effet responsable d’équilibre pour 12 petits fournisseurs d’énergie en Belgique comme Mega, Ecopower, Klinkenberg Energie (actif sous la marque Zéno), Octa+ ou Energie 2030. C’est lui qui assure que quart d’heure par quart d’heure, leur approvisionnement correspond à la consommation de leurs clients. Le scénario du pire? Celui d’une réaction en chaîne, où la défaillance dAnode entraînerait, à son tour, celle de ces fournisseurs.

"Le défaut d’Anode pourrait évidemment avoir de lourdes conséquences pour les fournisseurs qui ne l’ont pas anticipé."
Gérard Vandevenne
fondateur de klinkenberg Energie

Deux réunions de crise se sont dès lors tenues lundi soir et mardi matin avec tous les acteurs concernés, les régulateurs et Elia pour trouver une solution. "L’objectif est de permettre aux différents fournisseurs concernés de switcher vers un autre fournisseur d’équilibre dans les quatre à cinq jours, explique un acteur clé du secteur. Et en attendant, de permettre à Anode de continuer à assurer ses activités, pour assurer un atterrissage en douceur."

Un des problèmes d’Anode? Il s’est retrouvé, cet hiver, en manque de liquidités. "Cela fait que nous n’avons pas pu tenir nos positions long terme sur le marché, juste avant que les prix n’explosent", explique Dieter Jong, responsable des activités en Belgique. En clair, Anode a revendu des contrats d’achat d’électricité à long terme, et a été obligé d’acheter sur le marché spot, où les prix avaient méchamment grimpé.

Anode sous perfusion

Vu l’urgence, plusieurs fournisseurs ont décidé de mettre Anode sous perfusion en lui injectant chaque jour quelque 400.000 euros d’argent frais, pour qu’il puisse continuer à faire son métier jusqu’à fin juin, donnant ainsi à ses clients un tout petit peu plus de temps pour se retourner. "Tous les moyens sont mis en œuvre pour que les fournisseurs puissent continuer leurs activités de façon optimale. Aucun client ne sera privé d’électricité", ont souligné les régulateurs dans un communiqué commun.

"Les nouveaux acteurs vont sans doute laisser davantage de risque aux fournisseurs."
Bruno Vanderschueren
cofondateur de Lampiris

Les fournisseurs que nous avons réussi à contacter se veulent eux aussi rassurants. "Cela n’aura aucun impact direct sur nos activités, et encore moins sur nos clients, assure Michaël Corhay, le patron de Mega. Nous avons anticipé le problème depuis plusieurs mois. Nous avons plusieurs autres fournisseurs de gaz et d’électricité, et nous sommes prêts à utiliser les services d’un nouveau responsable d’équilibre." Une activité qui est offerte par d’autres acteurs spécialisés, comme le trader d’origine suisse Axpo, ou l’allemand Next Kraftwerke, mais aussi par les grands du secteur, comme Electrabel ou EDF Luminus.

Même son de cloche chez Klinkenberg Energy. "Le défaut d’Anode pourrait évidemment avoir de lourdes conséquences pour les fournisseurs qui ne l’ont pas anticipé, reconnaît Gérard Vandevenne, fondateur et directeur financier de l’entreprise. Mais nous savons depuis un certain temps qu’Anode a des problèmes de trésorerie, et nous avons donc généré des contrats bilatéraux avec d’autres acteurs. Je peux vous assurer qu’il n’y a aucun risque pour nous en tant qu’entreprise, ni aucun risque pour nos clients."

Risque de fuite des clients

La grande crainte des petits fournisseurs en général est que les clients prennent peur et retournent chez un des gros acteurs du marché. Quand la Vreg, le régulateur flamand, a annoncé en mai qu’il retirait l’autorisation de fourniture d’électricité à Belpower – qui a depuis arrêté ses activités – près d’un tiers des clients aurait ainsi décidé de changer de fournisseur.

Inutile toutefois pour les clients de paniquer: même si, au bout du compte, leur fournisseur devait faire faillite, ils resteront approvisionnés en électricité et auront la possibilité de conclure un contrat avec un nouvel acteur ou d’être approvisionné par le fournisseur par défaut. En attendant, s’ils disposent d’un contrat à prix fixe pour l’électricité, le plus intéressant est sans doute de rester chez leur fournisseur actuel.

Mais ce sont précisément ces contrats à prix fixe qui risquent de poser le plus gros problème aux fournisseurs qui travaillaient avec Anode. "En un an, les contrats à prix fixe pour les petits consommateurs sont passés de 48 euros par MWh à 62 euros par MWh, résume Damien Ernst, professeur à l’ULiège. Je doute que les fournisseurs trouvent de nouvelles sources d’approvisionnement qui leur permettent encore de gagner de l’argent sur ces contrats à 48 euros."

Cela pourrait conduire à une consolidation dans le secteur et à une augmentation des prix. "D’autant que les nouveaux acteurs vont sans doute laisser davantage de risque aux fournisseurs", ajoute Bruno Vanderschueren, cofondateur de Lampiris.

Une analyse que fait Anode. "Nos difficultés viennent principalement du fait qu’en Belgique, on ne peut pas facturer de frais de résiliation aux petits consommateurs qui quittent leur fournisseur: nous offrions un service ‘all in’ qui dérisquait l’ensemble de l’activité des fournisseurs, y compris la résiliation des contrats, argumente Dieter Jong. Cela a permis à beaucoup de se lancer, et cela a aidé à faire baisser les prix de l’énergie en Belgique. Je ne pense pas que d’autres acteurs vont faire ce type d’offres, ce qui risque de nuire au consommateur final."


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