Les centrales au gaz prêtes à refonctionner au quotidien

©Dieter Telemans

C’est un revirement important pour le futur énergétique du pays: la centrale au gaz de Seraing annonce son retour sur le marché. Celle de Vilvorde pourrait faire de même. Le retour à la rentabilité des centrales au gaz signifie que la réserve stratégique pourrait devenir superflue. Il pourrait aussi diminuer fortement les besoins en nouvelles centrales.

Cela ressemble bien à un point de basculement. Alors que ces dernières années, les annonces de fermetures de centrales au gaz se sont multipliées, leur rentabilité étant devenue insuffisante, EDF Luminus vient d’annoncer le retour de sa centrale de Seraing sur le marché le 1er novembre prochain, et Energy Market n’exclut pas de faire de même avec sa centrale de Vilvorde.

Ces quatre derniers hivers, ces deux centrales, que leurs propriétaires avaient décidé d’arrêter faute de rentabilité, faisaient partie de la réserve stratégique mise en place par le gouvernement belge pour assurer la sécurité d’approvisionnement en électricité du pays. Ces centrales étaient à disposition du gestionnaire du réseau à haute tension Elia, prêtes à redémarrer rapidement en cas de déséquilibre sur le réseau.

Qu’est-ce qui a changé? "Les conditions de marché, répond Nico De Bie, responsable de la communication externe chez EDF Luminus. Si aucun grand entretien ne doit être fait, les coûts fixes sont désormais couverts par les marges que nous pouvons dégager sur la vente de l’électricité et les services auxiliaires que nous pouvons fournir au réseau."

La décision de remettre cette centrale sur le marché a été prise lors d’un conseil d’administration qui s’est tenu le 29 mars dernier, la veille de l’annonce d’un accord sur le pacte énergétique par le gouvernement fédéral – confirmant la sortie du nucléaire en 2025 et la mise en place d’un mécanisme de rémunération des capacités, pour assurer l’investissement dans de nouvelles centrales au gaz.

"Si aucun grand entretien ne doit être fait, les coûts fixes sont désormais couverts par les marges que nous pouvons dégager sur la vente de l’électricité et les services auxiliaires que nous pouvons fournir au réseau."
Nico De Bie
responsable de la communication externe chez EDF Luminus

Ce n’est qu’une demi-surprise. Dans une note publiée en janvier dernier, la Creg, le régulateur fédéral du secteur énergétique, estimait à 10,8 millions d’euros, en moyenne, en 2017 le bénéfice d’exploitation d’une centrale TGV (turbine gaz-vapeur), aussi appelée centrale à cycle combiné, l’électricité étant produite à la fois par les gaz issus de la combustion et par de la vapeur, fabriquée grâce à la chaleur récupérée lors de la combustion du gaz, ce qui augmente son efficacité. "C’est le bénéfice d’exploitation le plus élevé depuis 2012", souligne le régulateur. Et il ajoute que cette rentabilité devrait encore augmenter dans les années à venir, grâce notamment à des prix de l’électricité en hausse.

470 mégawatts
Avec le retour des 470 MW de Seraing sur le marché, la réserve stratégique pour l’hiver prochain pourrait être superflue. Et les besoins en nouvelles centrales devraient diminuer.

Que va faire le bulgare Energy Market, qui a racheté la centrale de Vilvorde il y a un an, et dont il est en train de finaliser la prolongation du permis? "Nous sommes occupés à examiner les différentes options, répond Guy Willemot, responsable de la centrale. Le marché redevient plus attractif pour les centrales au gaz, et le pacte énergétique ouvre de nouvelles perspectives. Mais pour revenir sur le marché, des investissements importants sont nécessaires: il faut retransformer la centrale, qui tourne actuellement en cycle ouvert, en centrale à cycle combiné." Il n’est dès lors pas sûr qu’Energy Market décide de ramener sa centrale sur le marché pour le prochain hiver – une décision qu’il doit prendre avant le 16 avril, sinon la centrale sera obligée de remettre l’offre pour la réserve stratégique pour l’hiver 2018-2019.

Plus besoin de réserve

Ce revirement de situation pourrait avoir deux conséquences. La première: rendre la réserve stratégique inutile pour les hivers à venir. Pour l’hiver 2018-2019, la ministre de l’Énergie a prévu une réserve de 500 MW. Avec le retour des 470 MW de Seraing sur le marché, elle va vraisemblablement revoir fortement ce volume à la baisse – voire décider que la réserve est superflue pour l’hiver à venir. Elle a jusqu’au 1er septembre pour trancher.

"Seraing redevient rentable parce que de gros investissements ne doivent pas être faits pour le moment. Mais sur le long terme, elle aura besoin d’un soutien."
Nico De Bie
responsable de la communication externe chez EDF Luminus

Deuxième effet du rétablissement du marché: cela diminue les besoins en nouvelles centrales au gaz. "Elia avait estimé les besoins en nouvelles centrales au gaz à 3,6 GW en 2025, suite à la sortie du nucléaire, rappelle un spécialiste. Mais son hypothèse était que l’on ne disposerait plus, à ce moment, que de 2,3 GW sur quelque 4 GW de centrales existantes. Mais si tout le parc de centrales au gaz redevient rentable, cela diminue d’autant plus les besoins en nouvelles centrales."

EDF Luminus affirme toutefois qu’un mécanisme de rémunération des capacités reste nécessaire, y compris pour les centrales existantes. "Seraing redevient rentable parce que de gros investissements ne doivent pas être faits pour le moment, souligne Nico De Bie. Mais sur le long terme, elle aura besoin d’un soutien."

 Un projet de nouvelle centrale à Vilvoorde

Energy Market, le propriétaire bulgare de la centrale de Vilvorde, n’envisage pas seulement d’investir pour retransformer la centrale existante et porter sa capacité de 255 MW à près de 400 MW. Il prépare aussi à la construction de nouvelles capacités. "Le pacte énergétique ouvre une série de perspectives. Nous avons à Vilvorde un site stratégique, déjà connecté au réseau gazier et au réseau électrique, souligne Guy Willemot, le responsable de cette centrale. Le pacte énergétique ouvre de nouvelles perspectives, auxquelles nous avons l’ambition de répondre. Nous sommes en train de préparer une demande d’extension de permis et de mener toutes les études nécessaires pour porter la capacité totale de Vilvorde à 1.000 MW." 

Un investissement qui va se chiffrer en centaines de millions d’euros, et qui s’explique bien entendu non seulement par l’évolution des conditions de marché, mais aussi par la perspective de la mise en place d’un système de rémunération des capacités – un soutien qui rémunère les centrales pour leur présence sur le marché, en plus de la rémunération dégagée sur le marché sur base de la quantité d’électricité produite.


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