Les doutes se multiplient sur le méga-projet de centrales au gaz

Le projet de BTK sur le site de Langerlo (en photo) n’aura pas lieu, selon le bourgmestre Wim Dries. ©Kristof Van Accom

Le méga-projet de centrales au gaz en Belgique pour le compte d’investisseurs qataris semble avoir du plomb dans l’aile. Le rachat des terrains à Vilvorde et à Langerlo n’est pas signé.

Mi-mai, juste avant les élections, un inconnu déboulait à grand fracas dans le secteur énergétique belge. Marc Segers, directeur opérationnel de BTK, un gestionnaire d’actifs basé au Qatar qu’il disait être en train de déménager au Luxembourg, annonçait vouloir construire quatre grosses centrales au gaz de 870 MW en Belgique. De quoi couvrir la plus grosse partie des besoins en nouvelles capacités suite à la sortie du nucléaire. Un investissement de 2,5 milliards d’euros, qui allait être mené pour le compte d’investisseurs qataris mais aussi de banques suisses ou américaines, expliquait-il, même sans le CRM, ce mécanisme de soutien que la Belgique est occupée à mettre en place pour ce type de projets.

"Trop beau pour être vrai", affirmait d’emblée un concurrent. Et depuis, les doutes ne cessent de grandir. Le 30 mai, Qatargas, mentionné explicitement par Marc Segers à certains médias comme investisseur et fournisseur de gaz, qualifiait ces déclarations d’"incorrectes et trompeuses". Marc Segers persistait, affirmant que la société qatarie était bien partie prenante au projet, même s’il était possible qu’elle ne connaisse ni le nom de BTK, ni le sien.

Aujourd’hui, Chantal De Pauw, porte-parole du SPF Économie, nous apprend qu’aucune demande formelle d’autorisation de production n’a été reçue – une demande que Marc Segers, qui vit depuis des années au Qatar, disait avoir introduite mi-mai, lors de son passage en Belgique.

Game over à Langerlo?

"Nous aurons une réunion du management la semaine prochaine, et nous aurons alors plus d’éclaircissements."
Marc Segers
Directeur opérationnel de BTK

Comme si cela ne suffisait pas, le rachat des sites de Langerlo et de Vilvorde, que Marc Segers avait annoncé pour fin juin, n’est toujours pas concrétisé. "Des discussions sont en cours avec plusieurs candidats", déclare Kathleen Dewulf, chief operating officer de Global Estate Group, le propriétaire du site de Langerlo. "BTK nous avait promis de clarifier la situation pour le 15 juin, mais nous n’en avons plus entendu parler. Pour nous, le projet n’aura pas lieu à Langerlo", estime Wim Dries, le bourgmestre de Genk.

À Vilvorde, c’est l’incertitude: le dossier n’a guère avancé. Guy Willemot, managing director de la centrale actuelle, qui est dans les mains du bulgare Energy Market, se refuse à tout commentaire. Mais l’impatience semble grandir.

"Les reprises de Vilvorde comme de Langerlo sont en phase de finalisation, affirme Marc Segers. Nous aurons une réunion du management la semaine prochaine, et nous aurons alors plus d’éclaircissements."

Jusqu’ici, le seul pas concret visible entrepris est l’introduction d’une demande de connexion pour 400 MW supplémentaires à Vilvorde.

BTK, que Marc Segers avait dit être en train de transférer au Luxembourg, n’apparaît toujours pas dans le registre des entreprises du Grand-Duché. "Nous avons abandonné l’idée du transfert: BTK restera au Qatar, et c’est Adon Capital qui gérera le dossier depuis le Luxembourg", répond Marc Segers. Une société qui existe bel et bien depuis début 2018, sous forme de SARL. Pas de trace, par contre, des deux fonds L1 et M1, censés disposer, au total, de 12 milliards d’euros à investir dans l’énergie en Europe. "Ces deux fonds sont déjà au Luxembourg", affirme Marc Segers, sans donner plus de détails.

Bref, cette accumulation de signaux d’alarme fait grandir les doutes autour de ce projet en milliards d’euros. Jusqu’ici, le seul pas concret visible entrepris est l’introduction d’une demande de connexion pour 400 MW supplémentaires à Vilvorde, en plus de la connexion de la centrale existante, auprès d’Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension. Une demande introduite avant celle d’Electrabel, qui caresse aussi l’ambition de construire une grosse centrale au gaz de 800 MW à Vilvorde, sur un terrain dont il est resté propriétaire. Or, il n’y a place que pour un projet sur le réseau.

Pour l’instant, c’est la règle du premier arrivé, premier servi qui prévaut. Ce qui risque de poser problème avec la mise en place du CRM, ce mécanisme de soutien qui sera attribué via un système d’enchères. La crainte? Que des candidats fantaisistes réservent des capacités de connexion sans concrétiser leurs projets, empêchant ou retardant ainsi la réalisation de projets sérieux.

Des discussions sont dès lors en cours dans le secteur pour modifier les règles. L’idée? Si plusieurs projets concurrents et mutuellement exclusifs se présentent sur un même site, Elia demanderait aux candidats s’ils comptent participer aux enchères pour le CRM. Si oui, la réservation de capacité serait gelée, le temps de connaître le gagnant de l’enchère. Une proposition de modification du règlement en ce sens pourrait être transmise en septembre à la ministre Marghem.

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