Les entreprises se mobilisent face au risque de pénurie d'électricité

©REUTERS

Certaines se disent prêtes depuis longtemps, d’autres croisent les doigts, d’autres enfin se mobilisent. Petit sondage sur l’attitude des entreprises face au risque de pénurie d’électricité.

La situation est très disparate du côté des tout gros consommateurs d’électricité industriels. D’un côté, il y a les entreprises comme BASF, qui espèrent échapper aux conséquences d’éventuels délestages. "D’abord, nous sommes installés dans une zone qui ne devrait pas être concernée par les délestages, explique Lut Vande Velde, responsable de la communication. Et puis nous avons notre propre centrale électrique, qui couvre nos besoins en électricité."

A l’autre extrême, il y a ceux, comme Bekaert, qui se contentent de croiser les doigts. "La plupart de nos installations se trouvent dans la zone 6, qui ne sera que la troisième à être délestée. Nous espérons donc qu’elle ne sera pas activée. Mais nous avons aussi quelques installations dans la zone 7, et une petite usine à Wetteren, en zone 8. Nous espérons donc être prévenus à temps en cas de délestage pour pouvoir arrêter la production avant et éviter des dégâts."

Entre les deux, il y a les entreprises, comme GSK, qui se préparent mais qui n’ont pas encore une vue très claire sur la question. "Un groupe de travail va se réunir en fin de semaine pour voir quel serait l’impact de délestages, et quels plans d’action nous pouvons prendre afin de tenter de maintenir nos activités malgré l’incertitude sur la disponibilité de l’électricité dans les prochaines semaines, explique Elisabeth Van Damme, responsable de la communication externe. La production de vaccins étant un processus vivant, la continuité et l’approvisionnement est bien entendu essentielle."

"L’infrastructure de Google est très résistante, et nous nous engageons à maintenir nos services opérationnels pour tous nous utilisateurs du monde entier."
Michiel Sallaets
communication manager Benelux chez Google


Il y a aussi les entreprises qui affirment être prêtes, comme Google. "L’infrastructure de Google est très résistante, et nous nous engageons à maintenir nos services opérationnels pour tous nous utilisateurs du monde entier, affirme Michiel Sallaets, communication manager pour le Benelux. Comme d’autres data centers localisés en Belgique, nous utilisons des sauvegardes conformes aux normes de l’industrie pour combler les pannes d’électricité." Le porte-parole de Google ne fournit toutefois pas d’informations sur les éventuels systèmes de secours dont il disposerait pour alimenter son centre de données de Ghlin.

Dans un secteur plus sensible encore comme celui des télécoms, nécessaire pour permettre de joindre les pompiers et les ambulances via le 112, le travail a été fait dès 2014-2015 sous la houlette de l’IPBT. "En cas de coupure de courant annoncée, nous désactivons le service de données, c’est-à-dire la 3G et la 4G, avant le début de la panne, pour fournir des services vocaux aussi longtemps que possible", explique Haroun Fenaux, porte-parole chez Proximus. De quoi permettre aux batteries des antennes de tenir 3 à 4 heures, chiffre Proximus, alors qu’il est prévu que les délestages durent environ 3 heures. Si la panne de courant est imprévue, par contre, c’est moins longtemps, parce que le système de données ne s’éteint qu’après 20 ou 30 minutes. "Nous pouvons alors maintenir le service vocal actif pendant deux heures à partir du début de la panne de courant, poursuit Haroun Fenaux. Mais si le gestionnaire de réseau nous informe que la panne sera plus longue, nous pouvons placer des générateurs sur les sites principaux, qui ont le plus de trafic, pour fournir le service vocal durant une durée plus longue." A condition, bien sûr, que ce ne soit pas le chaos...

La gestion de la demande rappelle son existence

La société anversoise Restore, spécialisée dans la gestion de la demande, a offert au gouvernement une puissance flexible de 225 mégawatts, venant de clients prêts à réduire leur consommation d’électricité aux moments critiques en échange d’une rémunération. "La balle est maintenant dans le camp du gouvernement, alors qu’il est très probable que l’offre d’électricité ne suffise pas, en novembre, à rencontrer la demande, déclare Pieter-Jan Mermans, co-CEO de l’entreprise anversoise. Entre 2013 et 2016, Restore a participé à la réserve stratégique avec 225 MW de flexibilité, en provenance d’industriels belges qui acceptent de réduire leur consommation. Nous avons encore des contrats avec la toute grande partie de ces entreprises, qui pour la plupart d’entre eux n’ont toujours pas accès au marché spot."

Même discours chez son concurrent, Actility. "Nous avons proposé plusieurs dizaines de MW pour la réserve stratégique de l’hiver à venir, qui n’a finalement pas été constituée, rappelle Cédric De Jonghe, co-fondateur d’Actility Benelux. Ce portefeuille est disponible, et nous pouvons le réutiliser assez vite. Il y a aussi des industriels qui n’ont pas voulu participer à l’appel d’offres pour la réserve stratégique, et qui sont techniquement capables de réduire leur consommation moyennant un préavis de trois ou cinq heures."

Mais lors de son point presse, lundi, la ministre de l’énergie, Marie-Christine Marghem, a rejeté l’idée de mettre en place une procédure spécifique pour utiliser cette flexibilité. "L’Europe est de plus en plus regardante sur ce type de sujets. Et en 2017, nous avons modifié la loi pour permettre au stockage et à la gestion de la demande de participer au marché. C’est donc par l’intermédiaire du marché que cette flexibilité doit être activée."

Pourquoi, dès lors, ces entreprises spécialisées en gestion de la demande n’offrent-elles pas leurs services sur le marché? "Le texte de loi a bien été publié, mais il doit encore être transposé en une série de règles au niveau de la Creg et être traduit dans un logiciel pour que cette flexibilité puisse participer au marché day ahead, répond Pieter-Jan Mermans. La porte est donc fermée pour le moment."

Les agrégateurs ne pourraient-ils alors pas vendre leurs services à Electrabel, qui suite à l’arrêt prolongé de plusieurs réacteurs, doit chercher à couvrir ses besoins en électricité ou à d’autres gros acteurs? "C’est une possibilité, mais c’est tout de même plus compliqué qu’un marché organisé", répond Pieter-Jan Mermans. 

 

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