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Les géants français GDF Suez et EDF règnent sur la planète énergie

La reprise d’International Power signe une croissance internationale exceptionnelle pour GDF Suez.

GDF Suez vient de prendre un tour de taille supplémentaire avec l’acquisition d’International Power. "Numéro un mondial des services aux collectivités", "premier producteur indépendant d’électricité au monde"… Sa direction n’a pas lésiné sur les superlatifs hier, après l’approbation quasi unanime de la fusion de l’année par l’actionnariat de la société anglaise. Désormais, le groupe franco-belge pèse 84 milliards d’euros en Bourse.

Cette nouvelle croissance de la galaxie GDF Suez fait de l’ombre à EDF. L’autre géant français de l’énergie est lui aussi au sommet du podium mondial des groupes d’énergie, avec une capitalisation de 76,6 milliards d’euros. Il affiche une capacité de production d’électricité de 136 gigawatts, la première au monde, toujours supérieure à celle de GDF Suez (107 gigawatts).

Est-ce le présage d’un regain de la concurrence entre ces deux anciennes sociétés publiques? C’est à voir. Les deux titans énergétiques ont de plus en plus vocation à entrer en compétition sur de nombreux marchés. Mais ils ont aussi des choses en commun qui n’en font pas des entreprises rivales, qu’il s’agisse de leur premier actionnaire, l’État français, ou de leur histoire.

Privatisation

EDF et GDF sont nés après guerre, dans la foulée de la loi française de nationalisation de l’électricité et du gaz adoptée en 1946. Les deux entreprises publiques se sont notamment développées au départ de la nationalisation des petites sociétés de production.

Le choc pétrolier et l’émergence du nucléaire dans les années 70 ont entraîné une diversification importante de leurs sources de production. Gaz de France a renforcé ses liens avec les pays producteurs comme l’Algérie, l’URSS et les Pays-Bas. EDF a misé sur l’énergie atomique, avec la mise en œuvre de 58 réacteurs faisant de la France le premier pays producteur d’énergie nucléaire.

Le destin des deux sociétés sœurs a basculé lors de l’ouverture des marchés de l’énergie en Europe. En 2002, le président français Jacques Chirac a décidé d’ouvrir le capital de plusieurs entreprises publiques. Grèves et actions syndicales se sont multipliées, ne parvenant qu’à retarder l’échéance. Quand bien même Nicolas Sarkozy déclarait à la même époque qu’"EDF-GDF ne sera pas privatisée, ni aujourd’hui ni demain", la loi de 2004 finit par en faire des sociétés anonymes.

Rachats et croissance

EDF entre en Bourse en 2005, et l’État français reste propriétaire de 87% des parts. En 2008, l’entreprise renforce sa position internationale en rachetant British Energy, le principal producteur de nucléaire au Royaume-Uni, ainsi que les américains Eagle Energy Partners, spécialisé dans le transport et le stockage de gaz, et Constellation Energy.

Gaz de France, pour sa part, va fusionner avec le groupe privé Suez en 2008, créant l’entité GDF Suez. La participation de l’État français dans GDF reculera, mais Paris sera le premier actionnaire de GDF Suez avec une part de 35%. Le second actionnaire est le holding GBL (5,3%) du milliardaire wallon Albert Frère.

Le rapprochement entre Suez et Gaz de France, présenté comme une fusion entre égaux, sera mené de main de maître par le patron de Suez Gérard Mestrallet, qui deviendra CEO de l’ensemble. Suez Environnement, un des leaders mondiaux de la gestion de l’eau et des déchets, devra mener une existence distincte, mais la firme née des mânes de la Lyonnaise des Eaux restera dans le giron de sa société mère, qui en est toujours le premier actionnaire (34%). Belle opération pour l’ancienne Compagnie financière de Suez.

Contrairement à EDF, centré sur le marché intérieur français, c’est sur la scène internationale que GDF Suez a envisagé sa croissance. Et dès sa création. "Quand vous investissez dix milliards d’euros par an, vous grossissez inévitablement", souligne le porte-parole de GDF Suez en Belgique Guy Dellicour. "La bonne santé de GDF Suez s’explique par un portefeuille bien équilibré dans les pays qui ont connu une bonne croissance", précise-t-il. "Elle s’explique aussi par une expertise des managers belges, que l’on retrouve dans la hiérarchie de la société à l’international".

La croissance de GDF Suez cadre avec une position énergétique forte des groupes européens, parmi lesquels l’Allemand E.ON. A côté, les Etats-Unis demeurent des acteurs de taille moyenne. En Asie, par contre, plusieurs acteurs encore peu connus du marché commencent à atteindre une taille plus que respectable.

Belgique: le duopole

Pour l’instant, la libéralisation des marchés de l’énergie a entraîné une consolidation et un renforcement du secteur en Europe, au profit de grandes entreprises "nationales" comme GDF Suez, EDF ou E.ON, qui se sont bien implantées dans les pays voisins en reprenant des sociétés plus petites.

En Belgique, par exemple, GDF Suez détient 100% de l’opérateur historique Electrabel, et donc la quasi-totalité des sept réacteurs nucléaires belges.

EDF a racheté en 2009 le premier concurrent sur le marché, SPE-Luminus. Les deux opérateurs français sont donc en position concurrentielle. Mais, vu leur actionnariat étatique commun, cette concurrence est-elle effective? Entraîne-t-elle une baisse des prix? La situation n’est pas sans poser question à une partie du monde politique belge.

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