Les modèles d'Elia sur le risque de pénurie d'électricité remis en question

Chris Peeters, CEO d'Elia. ©Photo News

Mardi, les débats au Parlement n’ont pas seulement porté sur la procédure suivie pour élaborer les prévisions pour l’hiver. Des doutes sont aussi apparus sur les modèles de calcul utilisés par Elia.

Comme nous l’expliquions dans notre édition d’hier, il a été beaucoup question, mardi au Parlement, de la procédure suivie pour élaborer les prévisions en matière d’approvisionnement électrique: la ministre suit les recommandations d’Elia, qui s’appuie sur les données d’Engie Electrabel, qui dit que son planning dépend des décisions de l’AFCN. Et le gendarme du nucléaire clame que ce n’est pas son rôle de s’exprimer sur le calendrier prévu par Engie. Bref, le serpent se mord la queue.

Il est aussi apparu, lors des débats, que des questions se posent sur les modèles de calcul utilisés par Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension. L’Ecolo Jean-Marc Nollet a ainsi souligné qu’Elia utilisait, dans ses hypothèses, une indisponibilité non programmée des centrales nucléaire de 3,6%. "Au cours des années précédentes, nous étions bien au-delà, souligne-t-il. Comment expliquer ce chiffre?"

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La réponse de Chris Peeters, le CEO d’Elia? "Nous prenons une marge, qui est l’indisponibilité d’une centrale nucléaire ou d’une interconnexion. Et à cela, nous ajoutons 3,6% d’indisponibilité non planifiée à l’ensemble des capacités de production disponibles. Les derniers calculs que nous avons effectués montrent que ces 3,6% d’indisponibilités non planifiées correspondent toujours à la réalité."

Un point que conteste vigoureusement Dominique Woitrin, un ancien directeur de la Creg, qui tire la sonnette d’alarme depuis des années à ce sujet. "Elia se base sur des informations communiquées par l’exploitant, où la distinction entre arrêts planifiés et non planifiés est totalement faussée, affirmait-il lors de la dernière consultation publique sur la réserve stratégique. Certaines ‘maintenances planifiées’ ne sont communiquées que le jour même! D’autres sont prolongées de plusieurs mois, et restent ‘planifiées’. En résumé, la disponibilité aléatoire et déclinante de notre parc nucléaire n’est pas correctement prise en compte."

L’actuelle direction de la Creg ne le suit pas sur ce sujet. "Nous n’avons pas fait de remarque sur ce pourcentage parce qu’Elia a aussi mené une analyse de sensibilité qui table sur la perte de 1 GW de capacité nucléaire en Belgique, et de plusieurs centrales en France. Cela nous apparaissait à ce moment comme une bonne approche", a expliqué Andreas Tirez, membre du comité de direction du régulateur au Parlement. De son côté, Elia laisse entendre que si elle devait prévoir le pire chaque année, cela obligerait à constituer systématiquement une réserve stratégique coûteuse, ce qui serait également critiqué.

Du flou sur les interconnexions

"Pour nous, le modèle d’Elia manque de transparence, et ses résultats ne sont pas consistants avec la réalité."

La Creg a, par contre, d’autres problèmes avec le modèle utilisé par Elia, en particulier la manière dont il calcule les capacités d’interconnexion disponibles. "Nous recevons d’Elia des données sur les capacités d’importation qui sont nécessaires, par sur la quantité de capacités d’importation qu’il prend en compte, a regretté mardi Andreas Tirez devant les députés. Nous avons besoin de 4.000 MW de capacités d’importation en novembre, et il manque environ 900 MW pour tout l’hiver: cela veut-il dire que nous ne pouvons importer que 3.000 MW en novembre? Ce n’est pas clair. Et nous ne voyons pas Elia proposer des mesures pour augmenter sensiblement les capacités d’importation, ce qui pour nous est nécessaire. Pour nous, le modèle d’Elia manque de transparence et ses résultats ne sont pas consistants avec la réalité. Nous demandons, comme nous l’avons déjà fait l’an dernier, d’y avoir accès."

La Creg propose aussi une série de mesures pour augmenter les capacités d’importation d’électricité — notamment en diminuant les ‘loop flows’, ces flux physiques qui transitent par la Belgique pour aller notamment du nord vers le sud de l’Allemagne, ce qui diminue les capacités d’importation belges.

Le CEO d’Elia, Chris Peeters, a contre-attaqué durement. "Nous n’avons pas besoin d’un professeur de magie qui viendrait nous donner des leçons", a-t-il répondu à la Creg. Une charge particulièrement dure, pour une entreprise régulée qui s’adresse à son régulateur, même si le patron d’Elia a aussi promis que la faisabilité des pistes avancées par la Creg allait être examinée.

Le patron d’Elia a aussi souligné que la manière dont les capacités d’interconnexions étaient modélisées était très complexe — parce qu’il faut tenir compte de ce qui se passe dans 21 pays, pour calculer de manière probabiliste les quantités d’électricité que l’on devrait pouvoir réellement importer. Surtout, il a rappelé qu’Elia avait expliqué par le passé que pour pouvoir fermer toutes les centrales nucléaires, 3,6 GW de nouvelles centrales au gaz étaient nécessaires. "En novembre, nous aurons tout en suspens, sauf 1 GW d’énergie nucléaire. Vous pouvez faire le calcul vous-même. Il manque donc 2,6 GW. Grâce à une situation d’importation meilleure et une série d’autres mesures prises entre-temps, nous avons diminué ce fossé."

La question du contrôle d’Elia dans sa mission d’intérêt public, le calcul du risque de pénurie, n’en reste pas moins posée. La Creg intervient dans la constitution de la réserve stratégique, mais n’a aucun pouvoir légal sur la détermination des volumes. L’administration de l’énergie bien, mais ses moyens sont très limités, et la question des importations d’électricité est centrale, et très liée au fonctionnement du marché – un domaine où la Creg dispose d’une plus grande expertise.

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