Les parts de marché de Lampiris s'effritent en Belgique

Tom Van de Cruys, CEO de Lampiris ©Roger Dohmen

Après des années de croissance ininterrompue, Lampiris a perdu plus de 80.000 clients en Belgique en neuf mois. Un recul qui ne s’explique pas uniquement par son rachat par le géant pétrolier Total.

Le fournisseur d’énergie Lampiris, racheté l’an dernier par le groupe Total, a longtemps incarné le challenger insolent, qui contre vents et marées, gagnait invariablement des parts de marché sur ses concurrents. Mais depuis quelques mois, la tendance s’est inversée. Il se tasse dans les trois Régions du pays, et durant trois trimestres consécutifs, Lampiris, qui reste le troisième fournisseur d’énergie en Wallonie derrière Engie Electrabel et EDF Luminus, et le numéro deux à Bruxelles, a perdu plus de 80.000 clients en neuf mois, selon nos calculs.

Il serait trop simple d’attribuer purement et simplement ce recul au rachat du fournisseur liégeois d’électricité verte par le géant pétrolier Total – même si l’on se souvient que l’opération a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, où certains clients n’ont pas hésité à crier à la trahison. Les statistiques montrent que l’effritement avait commencé avant l’annonce, le 14 juin dernier, du changement de mains de l’entreprise créée par Bruno Venanzi et Bruno Vanderschueren.

©Mediafin

Quelques semaines plus tard, Laurent Vivier, directeur gaz du groupe Total, qui a joué un rôle-clé dans l’acquisition, nous affirmait que 3.000 clients environ avaient quitté Lampiris, mais qu’à aucun moment, le fournisseur liégeois n’avait perdu de parts de marché en net, parce qu’il avait continué à acquérir davantage de clients qu’il n’en perdait. Un optimisme qui n’est plus de mise, au vu des parts de marché publiées par les différents régulateurs.

L’effet des achats groupés

Alors, que s’est-il passé? Premier élément d’explication: c’est en Flandre que la baisse a été la plus forte. Et le phénomène est le plus marqué au deuxième trimestre 2016. "Il s’agit d’un phénomène lié aux groupements d’achats que nous avons gagnés par le passé, explique Tom Van de Cruys, CEO de Lampiris. Nous avons décidé de ne plus participer à ce type d’appel d’offres, parce qu’il s’agit d’opérations où l’on ne gagne rien. Une fois l’année écoulée, nous avons perdu 70% des clients qui nous avaient rejoints à l’occasion de ce type d’opérations."

En Wallonie et à Bruxelles aussi, la baisse avait commencé avant l’annonce du rachat par Total. Mais elle ne s’explique pas, là, par les achats groupés. "Il s’agit de mouvements relativement limités, tempère Tom Van de Cruys. À Bruxelles, elle peut être principalement attribuée à la politique que nous avons menée à l’égard des mauvais payeurs: comme par le passé, nous avons suivi les procédures, mais nous l’avons fait de manière plus rapide et plus efficace que par le passé."

Aucun élément particulier, par contre, n’explique l’effritement en Wallonie. "Il y a sans doute eu un peu plus de pression des concurrents pour acquérir des clients", avance Tom Van de Cruys.

Un gagnant? Mega

Le seul fournisseur d’énergie qui progresse clairement en Wallonie comme à Bruxelles est Mega. Un acteur qui ne se positionne pas comme un fournisseur vert, mais qui a comme actionnaire le "serial entrepreneur" liégeois Laurent Minguet, et qui a pu attirer une partie des déçus de Lampiris qui ne voulaient pas devenir clients d’une multinationale.

"Nous espérons inverser la tendance et renouer avec la croissance."
Tom van de Cruys
CEO De Lampiris

En Flandre, deux gagnants se détachent: Eneco, d’une part, qui met clairement en avant son électricité renouvelable belge, dont les parts de marché en électricité sont passées de 3,9% en mars à 4,3% en décembre 2016, et Elegant d’autre part, qui mise, lui, sur l’énergie verte produite en Flandre, et qui a vu ses parts de marché progresser de 0,73% à 2,3%, notamment en gagnant des groupements d’achats.

Le CEO de Lampiris espère toutefois inverser la tendance et renouer avec la croissance, même si les dernières statistiques montrent qu’il a encore perdu des clients en Flandre en janvier et février. "En Wallonie aussi, nous avons perdu 2.000 clients en janvier, et autant en février. Mais depuis, cela s’est stabilisé. Et nous comptons bien aller à nouveau de l’avant."

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