Les provisions nucléaires coûtent 100 millions de plus à Luminus

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La facture des provisions nucléaires s’alourdit de 2,1 milliards d’euros en cette fin d’année. 2 milliards à verser par Electrabel et 100 millions par Luminus.

Le 12 décembre dernier, Electrabel annonçait devoir verser 2,1 milliards d’euros supplémentaires de provisions nucléaires, suite à la réévaluation triennale de la Commission des provisions nucléaires. Cependant, et c’est sans doute un détail pour la filiale belge du géant Engie, ce chiffre de 2,1 milliards représente le montant total de la hausse du montant à provisionner par les propriétaires des centrales belges. Bien que largement majoritaire, Electrabel n’est pas la seule à détenir des parts des réacteurs toujours en activité sur le territoire.

Aussi, Luminus devra s’acquitter de quelque 100 millions d’euros supplémentaires avant le 31 décembre 2019. "Peanuts", si on compare la facture aux 2 milliards d’Electrabel, mais un montant significatif si on l’oppose au bilan de la filiale belge d’EDF.

Un jeu de participations

Luminus, qui est détenue à 69% par EDF Belgium, elle-même filiale à 100% d’EDF, possède plusieurs participations dans les unités nucléaires du pays. En l’espèce, Luminus détient 10% de Tihange 2, Tihange 3, Doel 3 et Doel 4.

EDF assume 100% des provisions pour la centrale du Tricastin et Electrabel 100% des provisions pour celle de Tihange.
Matthieu Stankowski
Service de presse d’EDF

Les 100 millions d’euros de provisions imputables à Luminus sont payables à Synatom, la filiale à 99% d’Electrabel chargée de la gestion des provisions nucléaires. "Luminus doit provisionner 44 millions d’euros additionnels pour le démantèlement des centrales et 56 millions pour la gestion du combustible usé", explique Robert Leclere, le CEO de Synatom.

Là où cela se complique (encore), c’est qu’EDF détient, directement cette fois, 50% de l’unité de Tihange 1. Mais le géant de l’énergie français n’est pas amené à participer à l’augmentation des provisions nucléaires en Belgique. La raison? Une affaire de réciprocité. En effet, comme l’explique Matthieu Stankowski, en charge de la communication d’EDF: "Electrabel détient des participations de 12,5% dans quatre unités de la centrale nucléaire du Tricastin, située à 50 km au nord d’Avignon en France. Ce qui revient à 50% au total. Les deux entreprises se sont mises d’accord sur le principe suivant: EDF assume 100% des provisions pour le démantèlement de la centrale du Tricastin et Electrabel 100% des provisions pour le démantèlement de la centrale de Tihange."

Si l’on résume, sur les 2,1 milliards d’euros de provisions nucléaires additionnels à payer avant le 31 décembre, Electrabel doit verser 2 milliards d’euros et Luminus 100 millions.

Baisse du taux d’actualisation

Le rehaussement de la facture est le fruit de plusieurs facteurs. En l’espèce: un nouveau scénario pour l’enfouissement des déchets les plus radioactifs, l’affinement des hypothèses concernant la mise à l’arrêt des centrales, leur démantèlement et la gestion du combustible usé, en plus du niveau historiquement bas des taux d’intérêt.

Ce dernier élément conduit la Commission des provisions nucléaires à revoir à la baisse le taux d’actualisation appliqué à ces provisions, en tenant compte, aussi, de l’inflation. Il passe ainsi de 3,5% au 31 décembre 2018 à 2,5% pour les provisions liées au démantèlement des centrales, et à 3,25% pour les provisions liées au combustible usé. Le taux d’actualisation est le taux d’intérêt appliqué aux provisions déjà constituées pour déterminer quelle somme sera disponible au moment où les dépenses devront réellement être effectuées. Par conséquent, une baisse du taux implique une hausse du montant à provisionner.

Au total, le montant des provisions nucléaires au 31 décembre 2019 s’élèvera donc à 13,5 milliards d’euros, contre 11,1 milliards l’an passé.

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