Les tarifs de distribution d'électricité 6% plus chers en 2019

©Photo News

Le régulateur wallon a approuvé les tarifs de tous les gestionnaires de réseau de distribution pour les 5 ans à venir. Pour les ménages, les tarifs de distribution d’électricité sont en hausse de 6% en 2019, et ils doivent baisser ensuite. Mais cette baisse est incertaine, vu l’exonération des installations photovoltaïques existantes décidée par le gouvernement.

Mauvaise nouvelle pour les Wallons. Les tarifs de distribution d’électricité augmentent, en moyenne, de 6% en 2019, soit 17 euros de plus qu’en 2018, pour un ménage type qui consomme 3.500 kWh.

Bien sûr, cela varie fortement selon l’endroit où l’on habite et le gestionnaire de réseau de distribution dont on dépend. Le pire? Ores Mouscron, où la hausse dépasse les 30%. Le mieux? Ores Verviers et Ores Est, où les tarifs diminuent respectivement de 5% et de 2%. Partout ailleurs, des augmentations sont à l’ordre du jour.

6%
d'augmentation
Les tarifs de distribution d’électricité augmentent, en moyenne, de 6% en 2019, soit 17 euros de plus qu’en 2018, pour un ménage type qui consomme 3.500 kWh.

Et comme une mauvaise nouvelle vient rarement seule, ce n’est pas la seule composante de la facture d’électricité qui s’alourdit. Les tarifs de transport, eux, augmentent en moyenne de 4,1% pour les ménages. Une hausse principalement due à l’augmentation de la surcharge offshore, suite au développement des parcs éoliens en mer, et qui signifie 5 euros supplémentaires par an sur la facture, en moyenne.

Le tarifs social grimpe de plus de 20%

Les ministres de l'Économie Kris Peeters et de l'Energie Marie Christine Marghem ont convoqué lundi le régulateur du secteur de l'énergie, la CREG, a fait savoir une porte-parole du ministre Peeters.

"Ils souhaitent une explication sur la hausse récente du tarif social pour l'électricité. Ils demandent aussi des propositions pour permettre d'absorber cette hausse de prix."

Deux fois par an, la CREG calcule le prix du tarif social pour l'électricité et le gaz. Ce mois-ci, le tarif préférentiel de l'électricité pour les allocataires sociaux ou les invalides augmente de 22%. Les CPAS craignent un afflux de personnes ne pouvant plus payer leur facture énergétique.

Comme si cela ne suffisait pas, la composante énergie elle-même s’est envolée: elle a progressé en moyenne de 38% entre décembre 2017 et décembre 2018, a constaté le régulateur wallon dans une récente étude. Soit 112 euros de plus, en moyenne, sur la facture annuelle d’électricité d’un ménage.

La situation est nettement meilleure pour les entreprises. Pour une moyenne entreprise industrielle, qui consomme 2 GWh par an, les coûts de distribution d’électricité baissent en moyenne de 7% entre 2018 et 2019, pour s’établir à 32.343 euros par an. Et ils sont à la baisse partout, sauf pour les entreprises établies sur le territoire de l’AIEG, où ils progressent de 2,5%.

©MEDIAFIN

1. Pourquoi cette hausse des tarifs de distribution d’électricité?

"Nous avons travaillé en deux temps, explique Antoine Thoreau, en charge de la direction socio-économique et tarifaire à la Cwape. Nous avons d’abord demandé aux gestionnaires de réseau d’introduire leurs revenus autorisés, c’est-à-dire le budget de fonctionnement dont ils ont besoin pour remplir leurs missions."

"Les primes Qualiwatt ont continué à grandir, il y a eu l’indexation d’une série de coûts et l’augmentation des charges fiscales."
Antoine Thoreau
en charge de la direction socio-économique et tarifaire à la Cwape

Pour 2019, ces revenus autorisés en électricité atteignent, au total, près de 771 millions d’euros sur l’ensemble de la Wallonie. Soit près de 3% de plus qu’en 2017 et 2018. "Les primes Qualiwatt ont continué à grandir, il y a eu l’indexation d’une série de coûts et l’augmentation des charges fiscales, poursuit Antoine Thoreau. Et pour la petite histoire, il y a aussi eu des budgets assez conséquents approuvés pour les compteurs intelligents, qui ne devraient pas être entièrement dépensés, puisque le rythme de déploiement a depuis été revu à la baisse."

Une fois ces budgets approuvés, la Cwape a demandé aux gestionnaires de réseau de les traduire en tarifs. Des tarifs qui diminuent pour les entreprises, parce que les volumes d’électricité consommés devraient augmenter, ce qui n’est pas le cas pour les ménages.

Les ménages supportent seuls, en outre, les coûts de Qualiwatt ou du déploiement des compteurs intelligents, qui ne concernent pas les entreprises. Cela explique la hausse moyenne de 6% des tarifs de distribution qu’ils vont subir.

La forte hausse des tarifs d’Ores Mouscron est liée à un événement particulier: le transfert à Ores de quatre communes, ou parties de communes (Celles, Comines-Warneton, Ellezelles et Mont-de-l’Enclus) qui dépendaient auparavant du gestionnaire flamand Gaselwest, où les coûts de distribution sont largement supérieurs à ceux de Mouscron.

2. Qu’est-ce qui est prévu pour les années suivantes?

Les tarifs approuvés par la Cwape pour les années 2020, 2021, 2022 et 2023 sont nettement plus bas pour les particuliers. La baisse est, en moyenne de 7% entre 2019 et 2020 — soit 20 euros de moins par ménage. Les tarifs de distribution d’électricité restent ensuite plus ou moins stables.

Une évolution qui s’explique par l’introduction du fameux ‘tarif prosumer’, à savoir les frais de réseaux que la Cwape a prévu de faire payer à partir du 1er janvier 2020 aux quelque 150.000 ménages wallons qui ont installé des panneaux photovoltaïques sur leur toit.

"L’objectif de la Cwape est toujours bien de faire entrer cette tarification en vigueur au 1er janvier 2020, souligne Stéphane Renier, son président. Nous avons donc travaillé à cadre légal et régulatoire inchangé."

Le problème? Le gouvernement wallon a adopté en première lecture, le 31 janvier dernier, un avant-projet de décret qui exonère toutes les installations entrées en service avant le 1er juillet 2019. Ce tarif prosumer devait représenter, en 2020, 59 millions d’euros hors TVA de rentrées chaque année. Un "manque à gagner" qu’il faudra donc répartir sur les autres consommateurs si l’exonération est confirmée et qui viendrait donc effacer la baisse des tarifs de distribution prévue pour les particuliers à partir de 2020.

Mais la Cwape ne l’entend pas de cette oreille. "Nous devons remettre un avis officiel sur ce texte et nous sommes convaincus d’avoir des arguments pertinents et convaincants, non seulement juridiques, mais aussi économiques et environnementaux, qui permettront au gouvernement de reconsidérer sa décision. Le Pôle Energie et le Conseil d’État, qui doivent également remettre un avis, pourraient également être assez critiques", estime Stéphane Renier.

L’enjeu est important. Le consultant Sia Partners estime que sur toute la durée de vie des installations, l’exonération représenterait un montant total situé entre 1,1 et 1,3 milliard, selon que les ‘prosumers’ optent pour un tarif basé sur les kilowattheures réellement prélevés ou pour un tarif forfaitaire.

3. Quid si le gouvernement ne change pas d’avis?

"Tout indique que la Cwape devra contester cette mesure et même son applicabilité devant la Cour constitutionnelle, répond Stéphane Renier. Le régulateur dispose de compétences exclusives en matière de tarifs. Cela a encore été rappelé par plusieurs juridictions."

"Nous espérons vraiment convaincre le gouvernement de renoncer à l’exonération des installations photovoltaïques existantes."
Stéphane Renier
président de la Cwape

Mais ce recours risque de prendre plusieurs années. Que va faire la Cwape dans l’intervalle? Maintenir les tarifs prévus, avec une baisse à partir de 2020, au risque de devoir procéder à d’importants rattrapages ensuite si elle n’obtient pas gain de cause? Ou, par précaution, augmenter les tarifs, quitte à ristourner ensuite aux consommateurs le trop-perçu si elle gagne? "Nous n’avons pas encore arrêté notre position à ce sujet. Nous espérons vraiment convaincre le gouvernement de renoncer à l’exonération des installations photovoltaïques existantes", répond Stéphane Renier.

4. Qu’en est-il des tarifs de distribution de gaz?

Là, l’évolution des revenus autorisés est bien plus limitée. Ils augmentent de moins de 0,5% en 2019 par rapport aux années précédentes pour l’ensemble des gestionnaires de réseau de distribution wallons.

Pour un ménage gros consommateur de gaz (34.890 kWh par an), les tarifs de distribution de gaz vont diminuer dès lors de près de 4% en 2019 – soit une économie annuelle de 26 euros. Seuls les tarifs de Resa évoluent à contre-courant, mais la hausse est minime: 1 euro sur l’ensemble de l’année. Les tarifs sont ensuite assez stables dans les années qui suivent.

"Nous espérons vraiment convaincre le gouvernement de renoncer à l’exonération des installations photovoltaïques existantes."
Stéphane Renier
président de la Cwape

La quantité de gaz consommée par un client résidentiel moyen est pourtant en diminution, suite aux mesures d’efficacité énergétique. Mais les gestionnaires de réseau mènent des campagnes pour inciter les ménages qui se chauffent au mazout et qui habitent à proximité du réseau de gaz de se raccorder: cela permet de répartir les coûts sur un plus grand nombre de consommateurs et de faire baisser la facture.

Pour les clients industriels aussi, la facture est à la baisse. Une entreprise qui consomme 36 GWh par an paiera en moyenne 25.988 euros de frais de distribution en 2019, 7% de moins que l’année précédente. Et les tarifs seront quasiment stables les années suivantes.

Toutefois, pour le gaz aussi, la composante énergie de la facture est en forte augmentation: elle a grimpé de 23,7%, soit 193 euros supplémentaires, pour un client type entre décembre 2017 et décembre 2018, a calculé la Cwape. Un phénomène qui risque de masquer, sur la facture finale, l’évolution favorable des tarifs de distribution de gaz.

Lire également

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content