Les Trappistes de Rochefort doublement déboutés dans leurs actions contre Lhoist

©Jef Boes

Coup sur coup, tribunal de Première Instance de Namur et Conseil d’Etat viennent de rendre des jugements qui déboutent l’abbaye de Rochefort dans ses tentatives tous azimuts pour empêcher l’entreprise Lhoist de lancer les tests de pompage dans la nappe phréatique de la source de Tridaine. Un dernier jugement devrait tomber lundi prochain.

Le 11 avril dernier, le Ministre di Antonio (cdH) avait confirmé le permis accordé par l’administration régionale à Lhoist Industrie pour la réalisation d’un test de pompage dans la nappe phréatique de Tridaine, logée au coeur d’une de ses zones d'extraction à Rochefort. Depuis, les Trappistes de Rochefort, opposés à toute modification de l’emplacement actuel de la source et de la galerie qui approvisionne en eau l’abbaye et son activité brassicole, ont lancé des procédures tous azimuts pour empêcher Lhoist de mettre en œuvre ce permis, qu’ils jugent partial et dommageable pour la qualité de leur eau et la pérennité de leur activité.

Par son arrêt de ce 28 mai, le Conseil d’Etat vient de débouter la demande de l’abbaye de suspendre en extrême urgence le permis daté du 11 avril dernier, estimant qu’il n’y avait ni urgence, ni risque pour la population ni pour la production de bière, et qu’aucun des arguments juridiques avancés par l’abbaye de Rochefort n’apparaissait comme sérieux.

De plus, le Conseil d’Etat relève que l’abbaye "n’a pas joint à sa demande de suspension d’extrême urgence des études ou d’autres éléments probants de nature à mettre en doute les énonciations techniques relatées dans le rapport de synthèse relatif au recours administratif." L’arrêt rappelle également que "déjà par le passé, en 2017 et 2018, la source de Tridaine a cessé, pendant des périodes de sécheresse prolongées, d’être alimentée en raison de l’abaissement naturel de la nappe phréatique et que l’eau de cette même nappe a été amenée à l’abbaye par la prise d’eau JE77, sans conséquence préjudiciable connue pour les activités de l’abbaye".

Le Conseil d’Etat valide donc l’analyse de l’administration régionale dans ce dossier quant à l’absence de risque.

Première Instance également

Il y a juste une semaine, le tribunal de Première Instance de Namur avait déjà débouté la demande de l’abbaye de suspendre "avant-dire-droit" le même permis du 11 avril dernier. Dans son jugement daté du 21 mai, le tribunal estime qu’il n’y a pas d’élément pertinent permettant de penser que la directive-cadre européenne sur la protection des eaux n’a pas été correctement transposée par la Région wallonne - thèse soutenue par l’avocat de l’abbaye, Luc Depré -, et que les risques allégués par la plaignante "ne reposent sur aucune donnée objective ni base technique".

Dernières cartouches

Le tuyau de pompage posé dans la source de Tridaine. ©Lhoist

Pour être complet, on ajoutera que l’abbaye a également saisi le tribunal de Première Instance, de Marche-en-Famenne cette fois, pour une demande de suspension du même permis en référé. Le prononcé du jugement est attendu lundi prochain. "Si ce dernier jugement confirme l’absence de risque, nous entamerons les tests de pompage dès la semaine prochaine", promet-on déjà chez Lhoist. 

Pendant ce test, comme ce fut déjà le cas lors des pompages de secours réalisés durant les deux derniers étés, l’eau de la nappe phréatique de Tridaine sera pompée en plus grande profondeur et réinjectée dans la galerie de Tridaine. "L’abbaye et les habitants de Rochefort disposeront de toute l’eau nécessaire à leurs besoins sans plus craindre les conséquences d’une sécheresse cet été. Le test programmé doit se terminer l’automne prochain, le niveau de la nappe retrouvant alors progressivement sa hauteur naturelle pour alimenter la galerie de Tridaine", motive-t-on chez Lhoist sans se départir de son habituel laïus.

©Jef Boes

Du côté de l’abbaye enfin, on ne s’avoue pas encore vaincu : une demande - en annulation cette fois - serait en effet sur le point d’être introduite, toujours contre le même permis autorisant les tests, si le jugement de lundi était défavorable lui aussi aux plaignants.

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