Mais où est donc le suivi promis par le fédéral sur la sécurité d'approvisionnement énergétique?

Dans sa note de politique générale, Tinne Van der Straete, avait indiqué se rendre responsable du monitoring de la capacité. ©BELGA

Alors que les premières enchères du CRM se profilent et que l'ultime décision sur la prolongation du nucléaire approche, le monitoring de la sécurité d'approvisionnement en électricité du pays n'est toujours pas effectué par la ministre de l'Énergie.

À question simple, réponse compliquée. Quelles seront les capacités de gaz nécessaires pour combler l'absence du nucléaire après 2025? Pour y répondre, il faut se pencher sur le Mécanisme de rémunération de la capacité (CRM).

Dossier essentiel de la mandature de la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) – et mécanisme clé pour l'avenir post-nucléaire du pays  –, le CRM est proche de sa première mise en route, mais la procédure est loin d'être un long fleuve tranquille.

Enchères

Ce mécanisme, censé subsidier les capacités électriques (et surtout les centrales à gaz) compensant l'arrêt des réacteurs nucléaires après 2025, s'apprête à accueillir ses premières enchères en octobre. Notons, au passage, que le CRM fait toujours l'objet d'une enquête de la Commission européenne.

Un marché aussi alléchant qu'émetteur de CO2 est sur le point de voir le jour en Belgique.

Le résultat de ces premières enchères sera déterminant pour les candidats à la construction de nouvelles centrales à gaz. Subsidiées donc, ces unités seront très rémunératrices pour leurs opérateurs, qui se bousculent d'ailleurs au portillon. Parmi les chalands attirés par le CRM, on note par exemple Engie, Eneco, Luminus, mais aussi TotalEnergies ou Mitsubishi.

Bref, un marché aussi alléchant qu'émetteur de CO2 est sur le point de voir le jour en Belgique, d'autant plus que les prix sur les marchés de l'électricité sont repartis à la hausse depuis le début de l'année.

Deux à trois centrales

Mais il n'y en aura pas pour tout le monde. En effet, en marge de l'arrêté royal portant sur les volumes entrants dans ledit mécanisme, la ministre a confirmé que seules deux à trois nouvelles centrales seraient nécessaires, afin de répondre à une capacité de 2,3 GW. Pour combler le reste, la ministre compte sur la flexibilité de la demande et le stockage par batteries.

"Nous travaillons à une solution totale pour garantir la sécurité d'approvisionnement à long terme."
Jonas Dutordoir
Porte-parole de la ministre fédérale de l'Energie

Notons que d'autres capacités au gaz, déjà existantes, entreront en compétition pour les enchères du CRM. Au total, le mécanisme subsidiera jusqu'à 7,34 GW de gaz. Cette capacité se doit d'être sécurisée pour octobre de cette année. En d'autres termes, la ministre doit s'assurer que le système électrique disposera des capacités de remplacement nécessaires pour pallier l'arrêt des sept réacteurs nucléaires du pays.

Une histoire de monitoring

Ce qui inquiète les observateurs, c'est que le monitoring des capacités, censé donner un ultime éclairage sur la sécurité d'approvisionnement du pays et les niveaux de prix avant de décider une ultime fois de la (non-)prolongation de deux réacteurs nucléaires, ne semble, pour l'instant, pas être effectué par la ministre.

Or, dans sa note de politique générale, Tinne Van der Straeten, avait indiqué clairement se rendre responsable de cette tâche. "Nous travaillons à une solution totale pour garantir la sécurité d'approvisionnement à long terme", nous a répondu le cabinet.

"C'est la ministre qui est en charge du suivi des besoins, mais c'est Elia qui conduit les études. C'est une sorte de boîte noire."
Une source proche du dossier

En attendant, un monitoring est bien effectué. Sauf qu'il est de l'initiative d'un acteur direct du système énergétique: Elia. Ici, c'est bien l'"Adequacy report" (étude des besoins) du gestionnaire du réseau de transport d'électricité qui semble servir de base aux décisions gouvernementales. Une nouvelle mouture de cette étude sera publiée le vendredi 25 juin.

Éventuel conflit d'intérêt

Or Elia, en qualité d'entreprise privée, a des intérêts à défendre et, même si ses études se veulent au service de la sécurité d'approvisionnement du pays, ce constat est de nature à inquiéter plusieurs observateurs.

Un avis du conseil d’État s’inquiétait déjà en février dernier d’un potentiel conflit d’intérêt du côté d’Elia dans ce dossier. Tout autre chose ici. Parce que "c'est la ministre qui est en charge du suivi des besoins, mais c'est Elia qui conduit les études. C'est une sorte de boîte noire", nous glisse-t-on.

Pourquoi ne pas mandater un consultant spécialisé, afin de conduire ledit monitoring et se délester de tout soupçon?

Alors Elia, juge et partie? Le raccourci est peut-être grossier, mais il a le mérite de rappeler le cabinet de la ministre à ses engagements.

Dès lors, pourquoi ne pas mandater un consultant spécialisé, afin de conduire ledit monitoring et se délester de tout soupçon? À l'approche d'un mois de novembre déterminant pour l'avenir énergétique du pays, il s'agirait de s'emparer à nouveau du dossier, au risque de mettre la sécurité d'approvisionnement dans le flou.

Le résumé

  • Les premières enchères du CRM, ce mécanisme subsidiant les capacités de production remplaçant le nucléaire, auront lieu en octobre.
  • Le résultat de ces enchères et le monitoring de la capacité, normalement effectué par la ministre de l'Énergie, permettront de décider de prolonger ou pas deux réacteurs nucléaires.
  • Or, il apparaît que ce monitoring n'est pour l'instant pas effectué par la ministre.
  • Dans l'intervalle, ce sont les rapports d'Elia qui servent de base aux décisions gouvernementales.

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