Marée noire : les USA doublent leur estimation du volume de la fuite

Les autorités américaines estiment que la fuite de brut dans le golfe du Mexique est deux fois plus importante que ce qu'on redoutait jusqu'ici, un nouveau coup dur pour BP qui pourrait décider de suspendre le paiement des dividendes à ses actionnaires.

Jusqu'à 40.000 barils de pétrole --6,4 millions de litres ou quelque 5.260 tonnes -- se déversent chaque jour dans le golfe du Mexique, selon l'estimation haute des scientifiques, a indiqué jeudi soir Marcia NcNutt, présidente du groupe d'experts mandatés par l'administration américaine pour évaluer l'écoulement de pétrole. L'estimation basse tourne autour de 20.000 barils.

A titre de comparaison, en tenant compte de la fourchette haute, c'est comme si tous les quatre jours un Erika coulait. Le naufrage du pétrolier au large des côtes françaises en 1999, avait souillé 400 km de côtes et mazouté environ 150.000 oiseaux. Quelque 20.000 tonnes de brut s'en étaient échappées.

La plateforme pétrolière Deepwater Horizon, qu'exploitait le groupe britannique BP à 80 km des côtes américaines, a coulé il y a sept semaines provoquant la pire catastrophe écologique qu'ont connue les Etats-Unis.

L'évaluation des autorités américaines a été réalisée avant la pose le 3 juin d'une sorte d'entonnoir destinée à contenir le brut sortant du puits situé à 1.500 m de profondeur. La précédente estimation faisait état d'un écoulement allant de 12.000 à 19.000 barils de brut par jour.

BP récupère actuellement 15.000 barils de brut par jour grâce à l'entonnoir. Mais la firme vient d'annoncer qu'elle prévoyait la mise en place de nouveaux  entonnoires, de manière à récupérer jusqu'à 50 000 barils par jour pour la mi-juillet.

Le président américain Barack Obama a violemment critiqué cette semaine le géant pétrolier, provoquant une levée de boucliers au Royaume-Uni.

Les investisseurs britanniques redoutent que ces critiques ne forcent BP à suspendre le paiement de dividendes, qui représentent une manne pour des millions de retraités actionnaires du groupe.

"Nous étudions toutes les options concernant les dividendes. Mais aucune décision n'a été prise", a déclaré vendredi Tony Hayward, le directeur général de BP, au Wall Street Journal, alors que l'action BP a déjà perdu près de 50% de sa valeur en Bourse depuis le début de la catastrophe. Le président du Conseil d'administration, Carl-Henric Svanberg, a été convoqué à une réunion sur la marée noire mercredi en présence du président Obama.

Le nouveau Premier ministre britannique David Cameron, qui se vante de cultiver avec les Etats-Unis une "relation spéciale", a dû monter au créneau, indiquant qu'il évoquerait la marée noire lors d'un coup de téléphone à Barack Obama ce week-end.

L'Union européenne s'est dite prête à envoyer aux Etats-Unis de nouveaux équipements spécialisés dans la récupération de pétrole.

En revanche, les produits dispersants offerts par la Norvège ne peuvent être utilisés faute d'homologation américaine, bien qu'ils soient "plus respectueux de l'environnement" que ceux actuellement employés, a regretté Sjur Knudsen, de l'Association norvégienne de l'industrie pétrolière pour la lutte contre les marées noires (Nofo).

Sur place, les habitants des zones sinistrées, où doit se rendre M. Obama en début de semaine et pour la quatrième fois depuis le début de la catastrophe, s'alarment du moratoire sur la prospection en mer décrété par le président américain. Ces derniers redoutent qu'une telle mesure n'enfonce davantage l'économie locale, très dépendante du pétrole.

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