Melchior Wathelet revient à l'énergie… chez Veolia

©Photo News

La filiale belge de Veolia ne cache pas ses ambitions: elle examine des opportunités d’acquisitions en Belgique, et elle vient de renforcer son conseil en y faisant entrer trois Belges.

Veolia S.A., la filiale belge du groupe français bien connu, veut réinvestir le secteur de l’eau et surtout, celui des déchets. Pour l’instant, en Belgique, elle est surtout active dans les solutions d’efficacité énergétique. Elle y emploie toutefois déjà 1.550 personnes, et a généré, en 2013, un chiffre d’affaires consolidé de 223 millions d’euros. Les chiffres 2014 ne sont pas encore publics, mais ils s’annoncent en forte croissance. Et l’entreprise ne compte pas en rester là.

Elle vient de renforcer son conseil d’administration en y accueillant trois Belges, dont Melchior Wathelet, pour mieux s’adapter aux réalités du pays. Mais surtout, elle compte étendre ses activités.

Dans l’eau, Veolia compte déjà une autre filiale active en Belgique, Aquiris, qui gère la station d’épuration du nord de Bruxelles, objet d’un conflit avec la Région, conflit qui est toujours dans les mains d’un collège d’experts. Mais Veolia S.A. compte aussi investir ce secteur, en se concentrant sur l’épuration des eaux industrielles, en traitant les pollutions à la source, la distribution d’eau restant l’apanage du secteur public.

Et dans les déchets, elle estime que les opportunités sont nombreuses, notamment autour du concept d’économie circulaire. "Là, notre retour devrait se faire par des acquisitions. Dans l’eau, ce n’est pas trop compliqué de réaliser une installation sur le terrain d’un client: pas besoin de faire une acquisition. Mais dans les déchets, il est utile de partir d’une plateforme existante pour traiter les différents flux", confie Patrick Labat, directeur de la zone Europe du Nord pour le groupe et CEO de la filiale belge.

Indaver était trop cher

En 2011, le groupe Veolia avait revendu sa division belge active dans les déchets à Van Gansewinkel, suite à un grand programme de réduction de sa dette. "Le groupe a aujourd’hui retrouvé la capacité d’investir dans des projets de taille moyenne, jusqu’à 200 millions d’euros, y compris dans des zones matures comme l’Europe du Nord", souligne Patrick Labat. Il a regardé le dossier Indaver, mais a finalement décidé de ne pas faire offre: le prix attendu, proche de celui finalement déboursé par le groupe logistique Katoen Natie, lui semblait trop élevé au regard des perspectives de bénéfices.

Veolia se réintéresse à l'eau et aux déchets en Belgique, souligne Patrick Labat ©Emy Elleboog

Patrick Labat (photo) suit avec attention le sort des anciennes activités de Veolia dans ce domaine, intégrées au groupe néerlandais Van Gansewinkel, qui est passé récemment dans les mains de ses créanciers. "Nous sentons qu’il va se passer quelque chose, mais il n’y a pas encore de dossier concret sur la table. Et nous n’avons pas d’urgence. Nous ne sommes pas affamés", souligne-t-il.

Veolia veut aussi continuer à miser sur l’énergie, et en particulier sur l’efficacité énergétique. "L’arrivée de Melchior Wathelet et de Catherine Gernay au conseil devrait nous ouvrir des portes dans des murs où nous ne savions même pas que des portes existaient", estime le CEO. Alors que tous les fournisseurs d’électricité et de gaz, ou presque, misent sur le développement de services énergétiques, Patrick Labat juge que l’indépendance de Veolia est d’abord un atout. "Nous ne sommes liés ni à un fournisseur ni à un fabricant d’installations, et nous pouvons donc donner un conseil crédible et indépendant." Veolia mise en particulier sur des formules où elle s’engage sur un certain niveau de performance. "Si l’objectif d’économies d’énergie n’est pas atteint, nous comblons la différence."

"Veolia a aujourd’hui retrouvé la capacité d’investir."
Patrick Labat
directeur du groupe pour l’Europe du nord et CEO de la filiale belge

Pour gérer tout cela, Veolia dispose depuis quelques mois d’un centre qui suit la consommation des clients en temps réel. Rebaptisée Hubgrade, cette plateforme va gérer, à l’avenir, aussi des données liées à l’eau, comme celle venant de la station d’épuration d’Aquiris, ou les déchets. "Cela pourrait aussi être élargi à la circulation ou à la mobilité. Nous voulons proposer aux villes d’intégrer leurs propres données sur cette plateforme, même si nous ne sommes pas opérateur de leurs services."

L’entreprise explore aussi les possibilités en matière de production d’énergie à partir de biomasse. Elle a ainsi déjà construit, à Waterloo, un réseau de chaleur alimenté au bois et au gaz, qu’elle opère, et qui dessert une maison de retraite associée à des logements. De même, elle a convaincu l’université de Gand, qui voulait remplacer sa chaudière au gaz, d’opter à la fois pour une chaudière au gaz, une chaudière biomasse et un moteur de cogénération, avec là aussi une garantie globale sur la consommation de l’université. "Et c’est un système vertueux, parce que si l’objectif garanti est dépassé, les bénéfices sont partagés entre nous et le client."

Patrick Labat, qui a travaillé cinq ans en Hongrie, où Veolia a reconverti une ancienne centrale au charbon en centrale qui brûle aujourd’hui du bois et de la paille, croit beaucoup à cette forme d’énergie, pour autant qu’elle respecte des conditions de durabilité. "Par le passé, nous avons déjà regardé plusieurs projets dans ce domaine. Nous sommes à nouveau occupés sur certains dossiers, mais en étant très sélectifs", conclut-il.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés