Nethys prévoit de céder Elicio à John Cockerill (CMI) et François Fornieri

Nethys. ©BELGA

En marge d'autres précisions sur la privatisation des actifs concurrentiels, Nethys a annoncé samedi aux administrateurs d'Enodia son intention de céder ses participations dans son pôle de production d'énergie renouvelable, Elicio, au groupe John Cockerill (anciennement CMI), en association avec Ardentia, une entité présidée par François Fornieri.

C'était l'un des actifs concurrentiels que Nethys devait privatiser dans le cadre du nouveau décret wallon faisant suite à l'affaire Publifin. Le management de Nethys a indiqué samedi aux administrateurs d'Enodia qui représentent les communes actionnaires, son intention de céder ses participations (100%) dans Elicio à un duo composé du groupe industriel John Cockerill (CMI) et Ardentia, entité créée récemment par l'homme d'affaires liégeois François Forineri. Le prix d'achat est annoncé à 265 millions d'euros.

Au delà de la pérennisation d'Elicio, "tout l'enjeu était la dette", nous explique Pierre Meyers président du conseil d'administration de Nethys. Endettée à hauteur de quelque 700 millions d'euros et pas encore rentable, la société spécialisée dans l'éolien, se heurte à la concurrence des grands groupes consolidés. "Vis-à-vis de Nethys, la dette avoisine 260 millions d’euros, à récupérer, et l’activité n’est pas rentable. Et il faut pouvoir réinvestir environ 300 millions d’euros dans les cinq ans tout en remboursant quelque 30 millions de crédits bancaires", précise encore Pierre Meyers.  

700 millions
d'euros
Elicio présente 700 millions d'euros de dettes.

 

Un montage complexe

En ce sens, Nethys se réjouit ici d'avoir trouvé un accord avec un partenaire de poids : John Cockerill. Une aubaine potentielle pour l'ex-CMI, en recherche d'investissement dans l'énergie renouvelable. Après des investissements massifs dans le domaine de l'hydrogène, le groupe industriel se voit offrir la possibilité de grandir dans l'énergie verte.

Le montage n'est cependant pas simple. Chez Nethys, on nous explique qu'il aurait été difficile pour John Cockerill d'encaisser la dette d'Elicio (700 millions) directement dans ses bilans. C'est là qu'intervient le montage et qu'apparait François Fornieri. "CMI ne peut pas, en une fois, consolider autant de dettes. C’est la raison pour laquelle François Fornieri viendra jouer les renforts-caisse pour financer le remboursement de la dette. Elicio sera logée dans sa société Ardentia, qui deviendra actionnaire majoritaire d’Elicio; et CMI, co-actionnaire, viendra l’y rejoindre, avec son expertise industrielle indispensable." précise Pierre Meyers.

François Fornieri, propriétaire de Ardentia. ©Photo News

Dans le deal qu'a présenté le management de Nethys aux communes actionnaires, il est prévu que les activités privatisées d'Elicio soient reprises et logées par Ardentia, un véhicule mis en place courant du printemps par François Fornieri et au capital duquel montera John Cockerill. "J'ai la volonté de me diversifier et je vois trois axes à côté des activités de Mithra et de ce que je peux déjà faire dans l'immobilier: l'énergie, la gestion de déchets et les services liés à la vieillesse. Vous me verrez dans un futur proche conclure d'autre deals dans ce sens", indique François Fornieri

Contacté par L'Echo, Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill, a confirmé avoir fait "acte de candidature" quant à la reprise d'Elicio. Le patron a néanmoins tenu à préciser que son entreprise interviendrait en tant "qu'acteur industriel, minoritaire venant apporter son savoir-faire à la structure." Il semble ainsi laisser le soin du montage à François Fornieri et consorts, tout en soulignant "l'intérêt stratégique" d'une telle opération pour John Cockerill.

Liège et l'énergie verte

Associés, John Cockerill et François Fornieri entendraient aussi renforcer les investissements en recherche et développement en intégrant l'ULiège au processus, par l'intermédiaire de Blacklight Analytics (BLA), une spin-off spécialisée dans l'informatique intelligent au service du réseau électrique, pilotée par le professeur Damien Ernst"Le but, c'est d'ancrer l'innovation à Liège", ajoute Pierre Meyers pour Nethys.

Damien Ernst, contacté par l'Echo, reconnait l'intérêt mutuel, mais rappelle qu'aucun accord n'a encore été signé. Fruit d'un échange de participation avec Nethys, l'accord permettrait à BLA de se rapprocher d'un acteur de l'énergie renouvelable, tout en musclant ses fonds propres. Bonne pour l'image de l'opération, cette facette de l'union nouvellement formée permettrait ainsi de rajouter un acteur liégeois de plus, et de confirmer l'ancrage régional.

Elicio est né en 2014 sur les cendres de la société Electrawinds, mise en liquidation judiciaire, et dont Nethys a repris une bonne partie des actifs. Il est, entre autres, responsable de l'installation de 110 éoliennes en Belgique en France et en Serbie, produisant quelque 458.000 MWh par an, ce qui correspond à la consommation de 130.000 ménages.


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