"Nous avons commencé notre voyage vers un Engie en forte croissance" (Isabelle Kocher, CEO)

Isabelle Kocher, la CEO d'Engie. ©AFP

En marge de la présentation de ses résultats, l'énergéticien français a présenté un nouveau programme d'économies de 800 millions d'euros d'ici 2021. Ce plan prévoit aussi la sortie d'Engie d'une vingtaine de pays et 6 milliards d'euros de cessions d'actifs. De quoi être "très bien positionnés pour croître", selon la CEO du groupe, Isabelle Kocher.

Engie  a publié jeudi des résultats 2018 en croissance organique soutenue, bien que freinés par les arrêts de réacteurs nucléaires en Belgique. Après retraitement de ses résultats 2017 pour tenir compte des cessions, Engie a enregistré en 2018 un résultat net récurrent part du groupe de 2,5 milliards, en hausse de 10,1% sur un an (+17,3% en organique). L'Ebitda du groupe s'est quant à lui stabilisé à 9,2 milliards (+0,4% en variation brute, +4,7% en organique).

700 millions
d'euros
L'impact négatif du nucléaire dans les comptes d'Engie s'élève à 700 millions d'euros.

Pour Judith Hartmann, la directrice financière d'Engie, la société "est vraiment devenue une entreprise plus profitable, grâce à la focalisation de ses investissements et ses efforts en matière de coûts". Toutefois, le nucléaire a joué de mauvais tours à l'énergéticien. "Le nucléaire a eu impact négatif très fort, de 700 millions d'euros, sur notre Ebitda, mais nous avons réussi à compenser cet impact", explique encore Judith Hartmann. 

Le site nucléaire de Tihange et ses trois réacteurs. ©EPA

"L’Ebitda du segment Benelux est en décroissance organique très significative de -134%", indique Engie dans son communiqué, rappelant que la piètre performance du marché belge résulte principalement "des arrêts non programmés (de plusieurs réacteurs nucléaires belges), conduisant à un taux de disponibilité très faible en 2018 (52 %), ainsi que par la baisse des prix captés". Le Benelux est d'ailleurs le seul marché affichant une croissance organique de l'Ebitda négative, passant de 600 millions d'euros en 2017 à -200 millions l'an dernier.  

Feu vert pour relancer Doel 1 

Le réacteur n°1 du site nucléaire de Doel (433 MW) peut redémarrer, selon l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. Il était indisponible depuis fin avril 2018 à la suite d'une fuite détectée dans le circuit de refroidissement de secours du réacteur. Son retour sur le réseau était initialement prévu pour le mois de décembre dernier.

Ces chiffres sont toutefois en ligne avec les attentes des analystes. Le consensus pour le résultat net se situait autour des 2,4 milliards d'euros, 9,2 milliards pour l'Ebitda. En revanche, le chiffre d'affaires était attendu à 64,4 milliards d'euros par le marché. Bien qu'en hausse de 1,7% sur un an, les ventes d'Engie ont timidement dépassé les 60 milliards d'euros. Engie a aussi annoncé une chute de 22% de son bénéfice net à 1 milliard d'euros l'an dernier, suite à des pertes de valeur comptable. 

Un recentrage radical

"Engie est un groupe bien différent de celui qu'il était il y a trois ans."
Isabelle Kocher
CEO d'Engie

Engie, qui déclare vouloir devenir leader mondial de la transition zéro carbone, veut quitter une vingtaine de pays d’ici 2021. Son objectif: concentrer ses investissements sur 20 pays et 30 métropoles, où il veut figurer dans le top 3, annonce le groupe dans son communiqué. Engie n'a pas donné une liste exhaustive de ses pays prioritaires, mais il cite l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord, l'Australie et Singapour, mais aussi des pays comme la Roumanie, le Mexique, le Brésil, le Chili, le Pérou ou la Colombie. Il veut aussi augmenter sa présence en Afrique et en Asie du sud-est, en visant une série de métropoles. Mais il devrait rester présent en Belgique, où il est un acteur majeur, même si les déboires de ses centrales nucléaires ont pesé sur ses résultats 2018. Il annonce qu'il "stabilisera les activités nucléaires en Belgique avec un taux de disponibilité croissante".

"Ces trois dernières années, nous avons vraiment posé les fondations d'une entreprise plus profitable", indique la CEO du groupe Isabelle Kocher. "Nous avons mis la transition énergétique au coeur de notre stratégie, parce que nous avions l'intuition qu'elle allait s'accélérer. Nous sommes maintenant très bien positionnés pour croître. Nous sommes devenus un des plus importants développeurs dans les énergies renouvelables", note la patronne du spécialiste de l'énergie, rappelant que son groupe a commencé à se construire "une réputation solide dans l'innovation, avec des activités qui sont encore émergentes à l'échelle d'Engie, mais qui seront sans doute très importantes dans le futur, comme la recharge des véhicules électriques, les microréseaux ou l'hydrogène." 

En termes de métier, Engie  va donc se concentrer sur les entreprises privées et les collectivités locales, en mettant la priorité sur les énergies renouvelables et les "solutions clients". La vente d’énergie aux particuliers rapporte peu: il ne la poursuivra que là où il y est déjà actif – c’est le cas en Belgique, où il est, et de loin, le plus gros fournisseur. 

En outre, Engie poursuivra, mais à un rythme moindre, la rotation de ses actifs: après les près de 15 milliards de cessions réalisées ces trois dernières années, il compte encore vendre pour 6 milliards d’euros d’actifs dans les trois ans qui viennent. Et sur la même période, il annonce 11 à 12 milliards d’investissements de croissance. Engie projette également un programme d'économies de 800 millions d'euros pour la période 2019-2021, en écho à celui de 1,3 milliard mis en oeuvre sur 2016-2018. 

Sur les marchés, l'action Engie perdait du terrain  à la suite de la publication des résultats du groupe et de son nouveau plan stratégique, lâchant un peu plus de 3% à mi-séance. 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés