interview

Pascal De Buck, CEO de Fluxys: "Nous planchons avec Colruyt sur l'hydrogène à échelle industrielle"

©Dieter Telemans

Pascal De Buck, le CEO de Fluxys, la maison-mère de Fluxys Belgium, qui gère le réseau de transport de gaz en Belgique, a un agenda plutôt chargé. Jeudi dernier, il a été choisi, avec deux autres partenaires, pour acheter 66% du réseau gazier grec. Ce lundi matin, il était en négociations à Paris pour augmenter sa participation dans le terminal GNL (gaz naturel liquéfié) de Dunkerque. Et à midi trente, il était de retour à Bruxelles pour ouvrir le Fluxys Forum, consacré au rôle que peut jouer le système gazier dans la transition énergétique.

A l’occasion de son forum bruxellois, Fluxys a annoncé la signature d’un accord avec le groupe Colruyt pour examiner la faisabilité d’une installation de production d’hydrogène à partir de l’électricité des parcs éoliens en mer – un moyen de compenser l’intermittence des énergies renouvelables.

Espérez-vous aboutir rapidement sur l’augmentation de votre participation dans Dunkerque LNG, le terminal de gaz liquéfié de Dunkerque?
Oui. C’est notre ambition, même si le dossier est encore loin d’avoir atterri. Mais cela devrait être une question de semaines. Comme vous le savez, Fluxys détient 25% de ce terminal, et voudrait en avoir le contrôle. EDF, actionnaire à 65%, et Total, actionnaire à 10%, sont vendeurs, et Fluxys a certains droits spécifiques sur ces participations, dans le cadre de la vente aux enchères qui a été lancée. Nous regardons comment nous pouvons utiliser ces droits, et à quelles conditions.

"Il s’agit de transformer une partie de l’électricité verte des parcs éoliens en mer en hydrogène."
Pascal de Buck
CEO de Fluxys

Dans ce dossier, vous êtes en consortium avec Axa et Predica (groupe Crédit Agricole). Comment vous répartiriez-vous les parts?
Je ne veux pas confirmer les noms des membres de notre consortium. Mais nous voulons, en tant que Fluxys, passer la barre des 50%, mais aussi laisser des morceaux aux autres membres du consortium et peut-être à des partenaires supplémentaires.

Les autorités grecques ont retenu, la semaine dernière, l’offre à 535 millions d’euros faite par un consortium formé de Snam, Enagas et Fluxyus, pour 66% dans Desfa, le gestionnaire de l’infrastructure de gaz grecque. Quel investissement en fonds propres cela va-t-il représenter pour vous?
En millions d’euros, un montant à deux chiffres. Comme vous le savez, nous sommes en train de négocier un financement avec un consortium de banques.

C’est important pour Fluxys, cette acquisition?
Oui, elle est d’une importance stratégique. Avec 20% de parts dans le consortium, Fluxys a un rôle limité. Mais la localisation de ce réseau est stratégique pour l’approvisionnement de l’Europe en gaz. Il est situé à proximité du TAP, où nous sommes aussi actifs. Et à long terme, la Grèce est incroyablement bien positionnée pour concrétiser la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de l’Europe. La production européenne va diminuer, et nous allons pouvoir faire venir du gaz du Moyen-Orient, ou du GNL pour approvisionner le sud de l’Europe. Parce que la Grèce et les Balkans sont une région où la consommation de gaz est encore en croissance.

Si en plus du dossier grec, Fluxys aboutit sur le terminal de Dunkerque, qui est valorisé à 2 milliards d’euros, une augmentation de capital sera-t-elle nécessaire?
Non, nous n’aurons pas besoin d’augmentation de capital.

©Dieter Telemans

Avez-vous d’autres acquisitions dans votre viseur?
Nous commençons aussi à regarder, mais très prudemment, des dossiers à l’international. La croissance de la consommation de gaz en Inde sera, dans les 10 à 20 ans, équivalente à la moitié de la consommation totale de l’Europe. En Chine, la croissance va être comparable à la consommation totale européenne!

Expliquez-nous votre projet d’hydrogène avec Colruyt…
Nous avons signé un accord de coopération avec Eoly, filiale de Colruyt Group, et Parkwind, qui a pour actionnaires le groupe et la famille Colruyt ainsi que PMV. Nous voulons examiner la faisabilité d’un projet "power to gas". Colruyt produit de l’électricité verte via Parkwind, actionnaire de parcs éoliens en mer. Nous voulons regarder si cela fait sens de transformer une partie de cette électricité verte en hydrogène par électrolyse. L’hydrogène pourrait ensuite être utilisé en tant que tel, par exemple dans le transport, ou injecté dans notre réseau, ce qui rend le gaz vert. Nous allons étudier la faisabilité technique, régulatoire et économique d’un tel projet.

C.V. EXPRESS

Pascal De Buck a commencé sa carrière chez Fluxys en 1995, où il a notamment été directeur commercial et directeur en charge de la stratégie et du développement du groupe.

En 2015, il devient président du comité de direction et CEO de la société cotée Fluxys Belgium.

Depuis le 1er janvier 2016, il est en outre administrateur délégué et CEO de Fluxys S.A., la maison-mère du groupe.

Quelle serait la taille de ce projet?
25 MW. Il s’agit d’un projet à échelle industrielle, que nous pourrions réaliser en plusieurs phases. D’autres projets sont en cours en Europe, mais d’une taille plus modeste.

Quel serait le montant de l’investissement?
Cela fait partie de l’étude.

L’idée est-elle de produire l’hydrogène lorsque les parcs éoliens en mer produisent de l’électricité excédentaire?
Nous devons voir. Cela pourrait aussi se faire en continu.

D’ici 2030, la consommation de gaz devrait diminuer de 10%, suite aux améliorations faites dans le chauffage. Pensez-vous pouvoir compenser cette diminution avec de nouvelles utilisations du réseau gazier?
On ne peut qu’applaudir les améliorations qui s’annoncent en matière d’efficacité énergétique, avec l’arrivée de chaudières comme celles de BoostHeat, société dans laquelle nous avons pris une participation. Notre message, c’est que le gaz permet, par rapport aux autres énergies fossiles, de réduire les émissions de CO2 et d’améliorer considérablement la qualité de l’air.

Le réseau de gaz existant complète aussi parfaitement le réseau électrique, et son potentiel est sous-estimé. Il a une capacité de stockage énorme: 8 TWh, contre 0,005 TWh pour la centrale de Coo. Et cela, à un coût mille fois moindre. Et à long terme, nous pourrons rendre ce gaz vert, notamment via l’hydrogène. Et une fois l’hydrogène produit, il suffit d’y ajouter du CO2 pour le transformer en méthane: c’est vraiment de l’économie circulaire.

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