Pierre Meyers et Marc Beyens réinvestissent dans des centrales au Congo

Un point de vente d'ENK au Nord-Kivu où sont accueillis les nouveaux clients du courant généré à Ivugha. ©Fred Beard

Alors que la saga Nethys-Congo est clôturée, deux des investisseurs privés de la première heure retournent en RDC pour soutenir les projets hydroélectriques du partenaire local.

Deux des trois actionnaires privés à l’origine de la société Electricité du Bassin d’Ivugha (EBI), l’ancienne filiale d’Elicio (groupe Nethys) impliquée dans des projets de centrales électriques en République démocratique du Congo (RDC), réinvestissent aujourd’hui dans le même secteur au Congo, avec le partenaire local initial, Filip Vanhoutte. Il s’agit de Pierre Meyers et de Marc Beyens ; le premier était président du conseil de Nethys jusqu’à l’éclatement de l’affaire Publifin, le second était directeur du développement de Nethys en 2015, à l’époque où les premiers contacts avaient été établis entre Vanhoutte et Elicio lors d’une mission économique wallonne en RDC. Sortis d’EBI par Nethys, qui avait racheté leurs parts dans EBI, ils se sont trouvés libres de tout engagement. Egalement sorti et racheté, le troisième associé, Stéphane Moreau (ex-CEO de Nethys), ne fait plus partie de l’aventure.

14
millions de dollars
Les trois fondateurs ont injecté 14 millions de dollars, dont la motié en cash, dans la nouvelle société Energreen.

Et comme ils croient toujours au bien-fondé des projets d’électrification congolais, les deux premiers cités viennent de constituer avec Vanhoutte une nouvelle société holding à Kinshasa, baptisée Energreen. Meyers et Beyens y ont apporté 7 millions de dollars en cash, tandis que leur partenaire belgo-congolais y a apporté l’équivalent en nature : les actifs développés dans les projets d’électrification.

Un partenaire d’expérience

Investi au Congo depuis 40 ans, Filip Vanhoutte y a déployé la société STS, active dans les installations électriques, et les sociétés EDC et ENK, spécialisées dans la construction de centrales hydrauliques, de réseaux de distribution et leur exploitation. Il a saisi l’occasion de la libéralisation du secteur électrique en RDC pour construire une première centrale en solo à Tshikapa, en 2009, puis a monté le projet de deux centrales hydro au Nord-Kivu : c’est à celui-ci qu’il a voulu associer Elicio. Avec EBI (les trois privés et Elicio) au départ, en 2016, il a construit une première centrale sur la rivière Ivugha, qu’il a reliée en 2018 aux villes voisines de Beni et Butombo (1,2 million d’âmes). Puis avec l’affaire Publifin, Nethys a racheté les privés d’EBi avant de revendre les actifs de celle-ci à Vanhoutte.

Trois nouvelles centrales dans les cartons

Entre-temps, Vanhoutte et la société ENK ont continué d’électrifier la région. Actuellement, Ivugha tourne avec deux turbines, pour une capacité de 2,8 mégawatts (MW), et dessert un réseau de distribution récemment mis en place vers Buni et Butembo. Dans la même province, une autre centrale est en construction sur la rivière Talihya (à relier aussi à Butembo), pour 12 MW. Vanhoutte a une concession pour en ériger une troisième à Bendera, sur un site déjà équipé en barrage dans la province de Tanganyika. Et caresse un quatrième projet à Bunia, dans l’Ituri.

"Nous évaluons le coût d’investissement des centrales en portefeuille à 35 millions de dollars : à concurrence de deux tiers pour les réseaux de distribution, un tiers pour la production."
Marc Beyens
Co-fondateur, Energreen

La société Energreen chapeautera ces activités. Elle détient 95% du capital d’ENK, la province du Nord-Kivu possédant le solde de 5%. Elle a pour ambition de multiplier ce type de centrales dans d’autres régions du Congo.

Pourquoi une société de droit congolais ? "Il faut une présence locale, répond Marc Beyens. Cela permet d’obtenir des financements congolais, car les banques belges ne prêtent pas aux sociétés portant des projets en RDC."

Préjudice

Ce qui nous amène à la question des moyens. "Nous évaluons le coût d’investissement des centrales en portefeuille à 35 millions de dollars, explique Marc Beyens : à concurrence de deux tiers pour les réseaux de distribution, un tiers pour la production." A ce stade, Energreen dispose de suffisamment de ressources pour terminer Talihya, pas pour mener à bien les chantiers de Bendera et Bunia.

"Cette plainte nous cause un double préjudice : la suspension de la négociation avec ce candidat partenaire, et son éventuel impact sur nos relations futures avec les organismes de financement internationaux."
Pierre Meyers
Co-fondateur, Energreen, ex-président du conseil de Nethys

La jeune holding avait pris langue avec "un partenaire de renom dans le renouvelable, qui s’est dit prêt à co-investir avec nous", précise Pierre Meyers. Mais il a mis la discussion en suspens quand il a appris que Nethys avait déposé plainte pour abus de biens sociaux contre Moreau, Meyers et Beyens (lire ci-contre). « Cette plainte nous cause un double préjudice, poursuit Meyers : la suspension de la négociation avec ce candidat partenaire, et son éventuel impact sur nos relations futures avec les organismes de financement internationaux. Cela risque de retarder nos autres projets de centrales. » Les deux associés estiment la plainte abusive et calmonieuse, et envisagent de déposer plainte à leur tour en réparation du préjudice.

Sur le terrain, Ivugha alimente déjà 12.000 ménages à Beni et Butombo. Ses fondateurs espèrent arriver à 30.000 ménages et entreprises d’ici deux ou trois ans.

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