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interview

Pour le patron d'Ores, la fusion avec Resa est enterrée

©Thierry du Bois

A la tête du principal gestionnaire de réseaux de distribution d’énergie en Wallonie, Fernand Grifnée estime que la fusion avec le liegeois Resa n'est pas essentielle tant qu'une collaboration peut être mise en place dans la gestion des données de comptage.

Fernand Grifnée, le patron d’Ores, le principal gestionnaire de réseaux de distribution d’énergie en Wallonie, en prend acte: le projet de fusion avec le gestionnaire de réseau liégeois Resa est enterré. "Si j’ai bien compris, Resa, après nous avoir donné le signal inverse, ne souhaite plus de rapprochement de type capitalistique", confirme-t-il. Une clarification qui permet de passer à autre chose, et d’examiner les synergies qui peuvent être développées entre les deux gestionnaires de réseau, plaide-t-il. Il y a urgence, pour le patron d’Ores.

Le conseil d’administration de Publifin aurait rejeté la fusion… N’en avez-vous pas été informé officiellement?
J’ai appelé Stéphane Moreau, qui me l’a confirmé, mais je n’ai pas reçu de courrier officiel. Toutefois, ce n’est pas cela qui est important. Ores n’a jamais été demandeur de l’opération: nous n’avons fait que répondre à une demande qui nous était apportée. Nous sommes engagés dans un projet industriel assez lourd, et cette fusion avec Resa n’est pas un "must" pour Ores, même si elle aurait pu être une très belle opération. Au-delà des questions capitalistiques, ce qui m’intéresse, c’est de travailler ensemble. La Région wallonne et nos deux entreprises ont davantage besoin de ce travail en commun que d’une fusion.

Mais avec la fusion, c’est une opportunité de synergies importantes qui disparaît?
Oui, parce que c’était la voie la plus simple pour développer une série de choses en commun. À plusieurs reprises, Resa a dit être disponible pour développer des synergies, mais cela a débouché sur peu de concret.

"Tant mieux que Resa ait clairement décidé qu’on ne fusionnait pas. Sinon, on aurait encore perdu des mois, en se disant que peut-être, après les élections, cela pourrait se faire…"

Puisque cette fusion n’a plus l’air possible, que Resa m’envoie des interlocuteurs pour que nous puissions nous mettre autour de la table et avancer. Le temps presse. Nous devons rapidement nous parler de compteurs intelligents, par exemple.

Avec la création de Fluvuis, les gestionnaires de réseau flamands ont pris de l’avance. Je ne voudrais pas que l’été se passe sans discussions. Il y a trop de projets en cours chez Ores, et je suis convaincu que c’est la même chose chez Resa, pour que nous n’essayions pas au moins de ne pas gaspiller nos ressources.

Il y a deux ans, vous disiez vouloir embellir la mariée pour permettre l’entrée d’un actionnaire privé dans le capital d’Ores. C’est toujours d’actualité?
La transformation d’Ores est sur les rails, la mariée est de plus en plus jolie, et le décret permet l’entrée d’un actionnaire privé dans le capital, à hauteur de 25% – pour moi, on aurait pu aller plus loin, tant que le contrôle du gestionnaire de réseau reste public, et que le gouvernement wallon a son mot à dire sur qui entre dans l’actionnariat. Mais il est encore un peu tôt pour une opération de ce type chez Ores. Aujourd’hui, les deux grandes priorités sont le plan industriel, et la vision tarifaire. Nous ne pouvons pas tout faire en même temps.

Les tarifs d’Ores sont toujours en discussion avec la Cwape…
Nous aurons leur accord fin août. Ces six derniers mois ont été très importants en terme de confiance entre le régulateur et nous. Pour la première fois, nous avons eu un interlocuteur qui n’était pas obnubilé par une baisse des tarifs – même si, bien entendu, il était obnubilé par le fait de ne pas laisser faire n’importe quoi. Mais nous avons pu parler projet industriel, ce que nous ne pouvions pas faire par le passé. Nous allons déposer une nouvelle proposition de tarifs dans les prochains jours. Et nous avons tellement confiance dans le fait qu’elle va être acceptée que le conseil d’administration m’a mandaté pour nous désister de la procédure que nous avions introduite contre la méthodologie tarifaire.

Concrètement, quelle va être l’évolution des tarifs de distribution dans les années à venir?
Alors que tout le monde annonçait le pire, les tarifs de distribution d’Ores vont augmenter de moins de 5% d’ici 2023 – moins que l’inflation – et cela, sans que nous ne mettions au placard nos ambitions en matière de transition énergétique et de numérisation. Nous allons faire des investissements très importants dans les réseaux intelligents, il va y avoir de vraies avancées et de vrais investissements dans les compteurs intelligents, et nous allons récupérer tous les soldes régulatoires que nous avions accumulés par le passé. Tant le régulateur que nous pouvons être fiers.

Le ministre wallon de l’Énergie, Jean-Luc Crucke (MR), a quand même revu fortement à la baisse les ambitions en matière de déploiement des compteurs intelligents?
Au moins, nous savons où nous allons. Nous avons désormais un cahier de charges clair, même si ce n’est pas celui dont nous rêvions. Nous avions imaginé un déploiement des compteurs intelligents nettement plus généralisé, alors qu’il va être plutôt basé sur des segments de clientèle prioritaires.

Cela ne remet-il pas en cause les choix technologiques que vous aviez faits?
Bien sûr que si. J’ai dit au conseil d’administration qu’il fallait maintenant tenir compte de cet élément fondamental. Et donc, dans les six mois qui viennent, nous allons réévaluer, sans a priori, tous les choix qui ont été faits.

Les phrases clés

"Puisque la fusion n’est plus possible, que Resa m’envoie des interlocuteurs pour que nous avancions sur les synergies possibles. Le temps presse."

"Il y a trop de projets en cours chez Ores, et je suis convaincu que c’est la même chose chez Resa, pour que nous n’essayions pas au moins de ne pas gaspiller nos ressources."

Cela ne pourrait-il pas faciliter des synergies avec Resa, qui avait tablé sur ce déploiement ciblé et opéré d’autres choix?
C’est effectivement une très bonne raison de passer deux ou trois mois à discuter avec Resa de ces sujets. Quand on parle de comptage intelligent, on ne parle pas seulement d’un choix de machines, mais aussi de technologies de communication. Il y a aussi l’outil informatique qui va permettre la gestion de toutes ces données. La première décision de Fluvius, en Flandre, a été d’en avoir un seul. Pour Ores et Resa, il n’est pas trop tard pour faire de même – mais il est temps.

Et c’est donc pour cela qu’il est urgent d’entamer les discussions sur les synergies possibles?
Oui, et tant mieux qu’ils ont clairement décidé qu’on ne fusionnait pas. Sinon, on aurait encore perdu des mois, en se disant que peut-être, après les élections, cela pourrait se faire… La vraie question, c’est de voir si on peut avoir un outil de gestion des données de comptage commun. On parle d’un investissement de plusieurs millions d’euros. Et s’il peut servir aux deux gestionnaires de réseau, cela représentera des économies conséquentes.

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