carte blanche

Pourquoi cet ostracisme du nucléaire dans le green deal de l’Union européenne?

Professeur honoraire de l'ULg, ancien député européen

La mise au rancart du nucléaire traduit avant tout la volonté de l’Allemagne de voir l’Europe mettre ses pas dans les siens en matière de politique énergétique comme dans bien d’autres.

Personne ne conteste qu’une part importante des émissions de gaz à effet de serre est constituée du CO2 provenant de l’utilisation des énergies fossiles dans la production de l’électricité. Il ne faut donc pas être grand clerc pour en déduire qu’une partie de la solution au réchauffement climatique réside dans le remplacement de ces énergies par des sources non émettrices de gaz carbonique, soit les renouvelables et le nucléaire.

Claude Desama. ©Debby Termonia

À l’heure actuelle, malgré une diminution d’environ 20% au cours des quinze dernières années, la production d’origine nucléaire reste la première source non carbonée d’électricité, loin devant l’hydraulique, l’éolien et le solaire dans l’espace européen. Certes les renouvelables sont en progression constante, mais elles ne sont pas en capacité, à elles seules et avant longtemps, si elles le sont un jour, d’assurer notre sécurité d’approvisionnement. Le discours qui veut nous convaincre qu’il est possible d’atteindre une production 100% renouvelable d’ici 2050, s’apparente à une prophétie qu’aucun expert sérieux ne se risquerait à cautionner.

Au vu du repli programmé du nucléaire en Europe, victime d’une véritable «fatwa» idéologique, et de la nécessité de trouver rapidement une alternative au charbon pour alimenter les centrales, certains préconisent le recours au gaz en sachant pertinemment que cette énergie aggravera de façon significative le passif du bilan carbone.

«Le discours qui veut nous convaincre qu’il est possible d’atteindre une production 100% renouvelable d’ici 2050, s’apparente à une prophétie qu’aucun expert sérieux ne se risquerait à cautionner.»
Claude Desama
Professeur honoraire de l’Université de Liège Ancien député européen

Au regard de ces évidences, on aurait pu s’attendre à ce que le Pacte vert (Green deal) de la Commission européenne non seulement confirme son soutien aux énergies renouvelables, mais encore qu’il restaure le nucléaire dans un rôle d’accompagnement ou de transition indispensable à la sécurité d’approvisionnement. Il n’en a rien été.

Au contraire, le document intitulé « Plan and just transition mechanism » interdit au fonds d’investissement communautaire d’intervenir dans la construction de centrales nucléaires. Mieux, l’accord passé avec le Conseil et le Parlement sur la « taxonomie » définissant les domaines où les investissements sont considérés comme durables, le nucléaire se voit rangé avec le gaz naturel, parmi les énergies transitoires, autorisées pour autant qu’elles respectent le principe de moindre nocivité. Au regard de la lutte contre les émissions carbonées, on croit rêver !

Imperium allemand

Comment expliquer une telle contradiction entre les objectifs climatiques considérés comme prioritaires et une politique énergétique qui, pour longtemps encore, restera tributaire des sources fossiles ? Certes la Commission n’est pas insensible aux postures médiatiques et surtout aux pressions du « green business » particulièrement actif dans les couloirs du Berlaimont, mais là n’est pas la principale raison.

"Ne cherchons pas ailleurs que dans l’imperium allemand, les raisons de cet ostracisme du nucléaire dont l’UE aurait bien besoin pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique."
Claude Desama
Professeur honoraire de l’Université de Liège Ancien député européen

En fait la mise au rancart du nucléaire traduit avant tout la volonté de l’Allemagne de voir l’Europe mettre ses pas dans les siens en matière de politique énergétique comme dans bien d’autres.

Pour rappel l’Energiewende adopté par le gouvernement allemand en 2011 donnait la priorité absolue aux énergies renouvelables (éolien et solaire) tout en décrétant la fin du nucléaire pour satisfaire une opinion publique devenue hostile après l’accident de Fukushima. Depuis lors Angela Merkel n’a eu de cesse d’engager l’Europe dans la même voie, moins par conviction que par le souci d’obtenir la caution communautaire de ses choix de politique intérieure.

Ce faisant, elle illustre de belle manière les propos tenus en 2009 par l’ancien ministre et dirigeant des Grünen, Joschka Fischer qui déclarait : « L’Allemagne ne considère plus l’Union européenne comme un but, mais comme un moyen pour imposer ses propres intérêts ». À l’évidence, elle est arrivée à ses fins puisque hier le Clean Energy Package et aujourd’hui le Green deal ont achevé d’étendre l’Energiewende à l’ensemble de l’Europe.

La performance de nos voisins d’outre-Rhin est d’autant plus remarquable qu’ils ont réussi à convaincre leurs partenaires alors même qu’ils présentent un bilan très négatif en matière d’émissions carbonées en raison du recours au charbon pour assurer leur sécurité d’approvisionnement.

Ne cherchons donc pas ailleurs que dans l’imperium allemand, les raisons de cet ostracisme du nucléaire dont l’Union européenne aurait bien besoin pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

Claude Desama
Professeur honoraire de l’Université de Liège
Ancien député européen

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