Prolongation de Doel 1 et 2: 139 nouveaux emplois

Electrabel n’obtient pas seulement la prolongation de Doel 1 et 2 mais aussi une taxe nucléaire allégée. Le gouvernement s’assure toutefois un minimum de visibilité sur les recettes à venir.

L'accord conclu entre le gouvernement fédéral et Electrabel sur la prolongation des réacteurs 1 et 2 de Doel implique la création de 139 nouveaux emplois sur le site, a annoncé Els De Clercq, porte-parole de la centrale nucléaire. Des profils techniques seront dans un premier temps recherchés.

Actuellement, 900 collaborateurs d'Electrabel travaillent sur le site de Doel.

Pour rappel, un accord a été signé in extremis, lundi soir, d’abord par la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem et par Philippe Van Troeye, le patron d’Electrabel, puis à 22 heures par Charles Michel, rentré de Paris, et enfin à 23 heures 30 par Gérard Mestrallet, qui venait d’arriver à Bruxelles.

Le contenu de l'accord

Electrabel va investir 700 millions d’euros dans la prolongation pour 10 ans de Doel 1 et 2, et bénéficiera d’une taxation allégée. Du coup, il va suspendre toutes ses procédures judiciaires contre les taxes nucléaires antérieures. Au lieu des 550 millions d’euros de taxe nucléaire qui prévalaient jusqu’ici, il va payer (avec EDF Luminus, qui possède aussi une petite participation dans le nucléaire belge) 200 millions d’euros en 2015 et 130 millions en 2016 – des contributions calculées sur les revenus des années 2014 et 2015, émaillées par de longs arrêts de plusieurs réacteurs.

En échange de la prolongation de Doel 1 et 2, Electrabel et sa maison-mère voient la taxe nucléaire fortement allégée.

Le gouvernement, lui, s’assure au moins 150 millions de recettes en 2017, 2018 et 2019.

La ministre de l’Énergie annonce qu’elle va maintenant travailler à un pacte énergétique pour rendre possible la sortie du nucléaire en 2025.

Ensuite, la contribution deviendra variable: elle se montera à 34% de la marge bénéficiaire, avec un minimum de 150 millions d’euros pour 2017, 2018 et 2019. C’est moins que les 40% prévus dans le pré-accord de juillet, mais ce plancher est une nouveauté. Et il assure une certaine sécurité budgétaire à l’État. Ce minimum sera ensuite revu tous les trois ans, sur base d’une analyse de la Creg. C’est un des points qui était au centre des discussions ces derniers jours, nous revient-il: Electrabel s’est battu pour obtenir un mode de calcul précis de sa marge bénéficiaire qui le protège de tout arbitraire.

Un régime particulier vaut pour Doel 1 et 2, qui acquitteront une redevance forfaitaire de 20 millions d’euros par an, de 2016 à 2025. Ces 20 millions alimenteront le fonds de transition énergétique créé récemment. Et sur Tihange 1, l’accord conclu avec le précédent gouvernement, qui prévoit qu’au-delà d’un certain niveau du prix de l’électricité, 70% de la marge bénéficiaire ira à l’État, reste de mise.

La transition énergétique encore à réaliser

Le Premier ministre Charles Michel (MR) affirme que cet accord poursuit deux objectifs: la sécurité d’approvisionnement, et l’accélération de la transition énergétique. Une transition énergétique qui reste aujourd’hui bien floue, avec un parc de production qui repose toujours lourdement sur le nucléaire, dont l’ensemble des réacteurs devraient fermer entre le 1er octobre 2022 et le 1er décembre 2025, sans qu’on sache par quoi on va les remplacer.

©Photo News

"Nous allons travailler avec les Régions pour mettre en place ce fameux pacte énergétique qui va nous permettre de réaliser la transition énergétique et de sortir du nucléaire en 2025", promet la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem, qui souligne par ailleurs que l’investissement dans Doel 1 et 2 est un investissement privé, qui ne va pas peser sur la facture du consommateur.

Au-delà du nucléaire, Engie se montre en tout cas prêt à réaliser d’importants investissements en Belgique dans les années à venir – même si les 4,3 milliards d’euros évoqués sur dix ans comprennent aussi 280 millions d’euros par an pour l’entretien et le maintien à niveau du parc existant.

L’accord scellé entre le propriétaire des centrales et le gouvernement doit maintenant être traduit dans différents textes de loi: un sur la redevance sur Doel 1 et 2, qui fait déjà l’objet d’un avis du Conseil d’État, un sur la taxe nucléaire pour 2015, et un troisième sur la taxe pour les années suivantes.

Le patron d'Electrabel, Philippe Van Troeye, était l'invité de Martin Buxant (L'Echo) sur les ondes de Bel RTL ce mercredi matin.

 

Réactions

  • "À l’ouverture de la COP21, ne pas pouvoir se mettre d’accord sur les objectifs et prolonger deux centrales dont on aurait pu se passer, ce n’est vraiment pas un bon message." Paul Furlan, ministre wallon de l’Énergie (PS)
  • "Comment imaginer qu’en Belgique, on investisse 700 millions d’euros dans la prolongation de deux vieux réacteurs nucléaires, alors que des solutions existent pour que notre pays soit 100% renouvelable en 2050?" Patrick Dupriez, coprésident d’Ecolo
  • "Cette extension offre plus de visibilité et une meilleure sécurité d’approvisionnement. En outre, nos autorités gagnent du temps pour atteindre un consensus sur une vision énergétique pour le moyen et le long terme". Febeliec, la fédération des grands consommateurs d’énergie
  • "Le gouvernement réécrit l’histoire. Nous savons que nous n’avons pas besoin des réacteurs de Doel 1 et Doel 2 pour notre sécurité d’approvisionnement." Karine Lalieux, députée fédérale socialiste
  • "C’est d’une autre politique énergétique dont a besoin la Belgique. Dès 2025, il en sera fini du nucléaire. Le gouvernement ne prépare en rien cette échéance." Michel de Lamotte, député fédéral cdH
  • "La prolongation de Doel 1 et 2 ferme la porte à une transition énergétique flexible à court terme." Frank Brichau, CEO d’Essent
  • "Ces décisions sont à la fois juridiquement et techniquement incompréhensibles. Nous avons déposé plainte auprès du Conseil d’État pour contester les décisions du gouvernement et de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire d’approuver la prolongation de 10 ans de Doel 1 et 2." Greenpeace
  • "C’est a priori une bonne nouvelle pour la sécurité d’approvisionnement énergétique de notre pays. À court terme, cet accord nous éloigne des risques de black-out et de délestage et laisse le temps d’organiser une transition énergétique équilibrée et durable." Vincent Reuter, administrateur délégué de l’UWE.

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