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analyse

Quand le calendrier de sortie du nucléaire est malmené par la N-VA

Engie Electrabel projette de construire une centrale à gaz de 870 MW à Vilvorde, à côté de celle déjà existante (255 MW). ©BELGA

Le refus du permis pour la centrale à gaz de Vilvorde fait grand bruit en Flandre. Les luttes d'idéologies politiques mettent la sécurité d'approvisionnement en électricité du pays sous pression.

C'est une petite bombe qui a été larguée par nos confrères du Tijd ce vendredi. En soirée, le journal révélait que la province du Brabant flamand avait refusé d'octroyer un permis nécessaire à la construction d'une centrale à gaz dans la commune de Vilvorde.

"Nous croyions beaucoup en ce projet et nous sommes très étonnés du choix de la province."
Nele Scheerlinck
Porte-parole d'Engie Belgique

Cette décision a été qualifiée de "surprenante" par Engie qui déclare l'avoir apprise dans la presse. "Le projet de Vilvorde concerne une centrale dernier cri avec une efficacité très élevée et des émissions de CO2 limitées. Nous croyions beaucoup en ce projet et nous sommes très étonnés du choix de la province", a commenté Nele Scheerlinck, la porte-parole d'Engie Belgique.

Selon nos informations, la députation provinciale a avancé des arguments environnementaux pour rejeter le projet de 870 MW proposé Engie. En l'espèce, le député N-VA Gunther Coppens, qui s'est fait le porte-voix du refus, a déclaré que le projet se heurtait à l'instruction de la ministre flamande de l'Énergie Zuhal Demir (N-VA) d'appliquer une norme d'azote plus stricte pour les nouvelles centrales à gaz. De plus, le projet entrerait en contradiction avec le plan de politique de qualité de l'air mené par la ville de Vilvorde.

Avis favorable

"Un refus de permis en cas d'avis positif n'arrive que dans 2% des cas. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont choisi de l'ignorer."
Sara Soumillon
Porte-parole de la ministre fédérale de l'Energie (Groen)

Or, alors que la décision officielle n'a pas encore été publiée, il apparaît, d'après plusieurs sources, que le Comité d'octroi des permis avait émis un avis favorable concernant le projet de centrale. "L'avis était positif sur toute la ligne, c'est la députation qui a décidé de refuser le projet", nous confie Sara Soumillon, la porte-parole de la ministre fédérale de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen). "Un refus de permis en cas d'avis positif n'arrive que dans 2% des cas. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont choisi de l'ignorer", poursuit-elle.

Interrogée à ce sujet dans l'émission "De Ochtend" sur Radio 1, la ministre s'est offusquée de la tournure que prenait les événements. "Je refuse d'en faire une bataille politique", a-t-elle déclaré.

Groen contre la N-VA

Pourtant, c'est bien de cela dont il s'agit. Alors que le gouvernement bataille pour préparer le pays à l'arrêt de ses sept réacteurs nucléaires, ses détracteurs œuvrent activement à rappeler leur désaccord fondamental avec la sortie de l'atome. "Abolissons la sortie du nucléaire et concentrons-nous pleinement sur une politique énergétique durable, fiable et abordable avec l'énergie nucléaire", a d'ailleurs déclaré le président de la N-VA, Bart De Wever sur Twitter.

Mais rappelons-le, la sortie du nucléaire est inscrite dans la note formatrice du gouvernement. Cinq réacteurs seront progressivement arrêtés, quoiqu'il arrive, entre 2022 et 2025 et les deux autres feront l'objet d'une ultime décision en automne prochain. Notons néanmoins que l'opérateur des centrales, Engie, a indiqué à de nombreuses reprises que le scénario de prolongation de deux unités ne faisait plus partie de ses plans, tant le timing imposé par le gouvernement lui était difficile à tenir.

Nous en sommes donc là. Plus de nucléaire d'ici cinq ans et un trou à combler pour garantir l'approvisionnement en électricité.

Deux à trois centrales

Ce trou à combler, Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité du pays, l'a estimé à 3,6 GW. Pour y parvenir, la Belgique aura besoin du gaz, à raison de 2 à 3 centrales additionnelles selon la ministre. Et pour séduire les investisseurs, il s'agira de faciliter le chemin administratif, une donnée qui n'est pas du ressort du gouvernement fédéral, mais bien des autorités locales.

Le projet de Vilvorde n'est d'ailleurs pas le premier à en faire les frais. Plus tôt cette année, le géant allemand RWE avait essuyé un refus pour son projet de Dilsen-Stokkem et l'entreprise BASF avait décidé de retirer son dossier portant sur la construction d'une centrale à Anvers. Notons au passage que, concernant Vilvorde et Dilsem-Stokkem, une procédure d'appel auprès de la ministre flamande de l'Énergie, Zuhal Demir (N-VA) reste possible.

En Wallonie, bien que plusieurs permis aient déjà été octroyés, des conditions de captation du CO2 émis par les nouvelles centrales s'ajoutent aux autres, ce qui risque de représenter une contrainte au vu des technologies actuellement disponibles en la matière.

Notons aussi que la ministre a ajouté une "clause de durabilité" aux règles de fonctionnement du CRM, ce mécanisme de soutien censé subsidier les nouvelles centrales. Concrètement, les investisseurs potentiels devront s'engager par écrit, dans leur dossier, à atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, feuille de route et étapes intermédiaires à l'appui.

Le résumé

  • La province du Brabant flamand a refusé le permis portant sur la construction d'une centrale à gaz à Vilvorde.
  • Le Comité d'obtention des permis avait pourtant émis un avis positif.
  • La ministre de l'Énergie dit "refuser d'en faire une bataille politique" alors que le débat sur la sortie du nucléaire est relancé en Flandre.
  • Plus que jamais, le calendrier de sortie du nucléaire est sous pression.

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