analyse

Que va-t-il rester d'Engie en Belgique?

Avec ou sans nucléaire, Engie compte bien rester un acteur incontournable du système énergétique du pays. ©BELGA

En plein recentrage stratégique, l'énergéticien français Engie s'apprête à lentement tourner la page du nucléaire belge. Centrales à gaz, infrastructures et énergies renouvelables, qu'adviendra-t-il du groupe en Belgique ?

En juillet dernier, en marge de résultats semestriels fortement impactés par la crise du coronavirus, l'énergéticien français Engie avait annoncé à grand fracas entamer un "recentrage stratégique" afin de se concentrer sur le développement des énergies renouvelables et des infrastructures.

Ici, les activités de services ("solutions clients") du géant français sont particulièrement visées, puisque plus éloignées des métiers de l'énergie (et plus exposées à la crise sanitaire). En substance, Jean-Pierre Clamadieu, le président du groupe, a annoncé espérer récolter quelque 8 milliards d'euros en procédant à la cession de deux tiers des activités en question.

Le nucléaire sorti de la stratégie ?

Mais faut-il pour autant voir un lien entre cette nouvelle orientation stratégique et la décision prise ce mardi d'arrêter définitivement d'investir dans la prolongation des centrales nucléaires belges ?

2,1 milliards
d'euros
Electrabel a été contraint de provisionner 2,1 milliards d'euros supplémentaires en 2019 suite à une révision de la Commission des provisions nucléaires.

Il est vrai que la filière nucléaire, autrefois très rémunératrice, est devenue coûteuse à mesure que les centrales ont pris de l'âge. Aussi,en 2019, et ce malgré une bonne disponibilité du parc nucléaire (79%), ce pôle d'activité d'Electrabel s'est révélé peu rentable pour le groupe. Du point de vue du résultat d'exploitation d'abord, les coûts ont surpassé les revenus, si bien qu'Electrabel a affiché une perte de 207 millions d'euros en 2019. À cela s'est ajoutée une perte additionnelle de 2,1 milliards d'euros, correspondant au montant devant être provisionné par Electrabel afin de constituer ses provisions nucléaires, nécessaires au financement du démantèlement des centrales et à la gestion du combustible usé.

Peut-être l'obstination du gouvernement à retarder l'ultime prise de décision quant à la prolongation éventuelle de deux réacteurs aura servi de prétexte à Engie pour débrancher la prise du nucléaire une bonne fois pour toute. Mais nous spéculons.

Gaz et renouvelable

Ce qui est certain en revanche c'est qu'avec ou sans nucléaire, Engie compte bien rester un acteur incontournable du système énergétique du pays. L'énergéticien entend en effet investir massivement dans la construction et la rénovation de centrales à gaz, essentielles à la mise en place du CRM, ce mécanisme supposé subsidier la capacité mise à disposition par les producteurs d'électricité du pays et, donc, garantir la sécurité d'approvisionnement lors de cette période de transition.

Aussi, l'énergéticien affirme son intention, en lien avec sa nouvelle orientation stratégique, de continuer à porter des projets renouvelables dans le pays. Engie affiche déjà 676 MW de capacité installée et compte ajouter 1 GW terrestre ainsi que 1 GW éolien offshore d'ici 2030.

Quel avenir pour les services belges?

C'est dans le fameux secteur des services que l'incertitude reste la plus grande. En effet, suite à la "phase 1" de son recentrage stratégique, le pôle "solutions clients" d'Engie a été scindé en deux: les activités centrées sur le renouvelable et les infrastructures d'un côté, celles moins alignées avec la nouvelle stratégie du groupe - comme les services de maintenance, la gestion de la chaîne de froid ou la climatisation - de l'autre.

10.000
employés
Sur les 17.000 salariés belges du groupe, 10.000 sont employés par la filiale de services Engie Solutions.

Cette deuxième section est précisément celle qui pourrait être concernée par le programme de cession entamé par le groupe. En Belgique, ils sont 10.000 à travailler pour Engie Solutions, soit la filiale de services directement intégrée dans la nouvelle entité et, même s'il affirme qu'il n'y aura pas d'impact sur l'emploi, le groupe reconnaît étudier la possibilité d'en modifier la structure actionnariale.

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