Qui paiera la sortie du nucléaire?

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Le coût du remplacement des centrales nucléaires par des centrales au gaz a été chiffré. Reste à savoir qui supportera ce coût: les ménages ou les entreprises?

Le Premier ministre Charles Michel a fourni hier tous les rapports sur le pacte énergétique et la sortie du nucléaire en 2025 à tous ses vice-premiers et à l’ensemble des parlementaires.

La ministre de l’Energie, Marie Christine Marghem (MR), avait dans un premier temps refusé de donner au Parlement les études du professeur gantois Johan Albrecht et du bureau du plan, préférant laisser la primeur au gouvernement fédéral qui doit encore avaliser le pacte énergétique. Maintenant que les chiffres sont sur la table, le Premier ministre espère pouvoir enfin aller de l’avant. Même s’il se veut prudent. À la Chambre hier, il a laissé entendre qu’il visait un accord avant la fin de l’année.

4
4 euros par an
Si les nouvelles centrales au gaz s’avèrent très performante, le surcoût pour les ménages ne serait que de 4 euros par an.

Que disent les rapports? Marie Christine Marghem avait lancé mercredi en commission à la Chambre le chiffre de 15 euros par ménage. Ce qui signifie que la fermeture des centrales nucléaires et le remplacement de celles-ci par 9 centrales au gaz d’une capacité totale de 3,6 gigawatt grèverait la facture d’un ménage moyen (qui consomme 3.500 megawatt sur l’année) de 15 euros par an.

C’est l’hypothèse moyenne retenue par Albrecht. Si les nouvelles centrales au gaz s’avèrent très performantes, de sorte qu’un soutien des pouvoirs publics ne soit pas nécessaire, le surcoût pour les ménages ne serait que de 4 euros par an. Si par contre, le prix du gaz augmente fortement et que les pays voisins continuent de produire de l’électricité bon marché à partir de centrales nucléaires ou au charbon, la facture des ménages pourrait monter à 25 euros par an.

Le point le plus sensible politiquement, c’est la facture des entreprises, surtout celles qui consomment beaucoup d’électricité. Les études mentionnent un surcoût de 4,3 euros par mégawatt/heure. On part du principe que le prix de l’électricité augmenterait de 2 euros et que le soutien pour les centrales au gaz serait de 2,3 euros par mégawatt/heure. Pour certaines grandes entreprises, la facture énergétique pourrait s’alourdir de 240.000 euros par an.

Pour préserver les entreprises d’un handicap concurrentiel, le gouvernement avait décidé de ne pas leur imputer la totalité du coût de l’éolien offshore. Ce coût est partiellement pris en charge par le budget, autrement dit par le contribuable. En Allemagne par exemple, ce sont les ménages qui assument la facture du renouvelable, ce qui a permis aux entreprises d’être très concurrentielles.

Avec cela, on n’a toujours pas la réponse à la question de la N-VA quant à la facture totale de la sortie du nucléaire. D’après Marie Christine Marghem, la réponse ne peut être donnée tant que les entités fédérées n’auront pas calculé le coût de leurs mécanismes de soutien au renouvelable.

Charles Michel tentera à nouveau d’arracher un compromis sur le pacte énergétique. Ce qui ne sera pas une sinécure. Non seulement la N-VA et les entreprises se montrent assez sceptiques, mais Bruxelles et la Wallonie n’entendent pas accorder beaucoup de marge de manœuvre au Premier ministre pour aboutir à un compromis avec la N-VA, étant donné qu’elles ont déjà approuvé le pacte énergétique.

De son côté, la ministre de l’Energie tentera dans un premier temps d’obtenir un accord politique sur les mécanismes de soutien, afin de pouvoir lancer la procédure d’appel d’offres pour la construction de nouvelles centrales au gaz. Celles-ci devront de toute manière voir le jour (leur durée de vie est limitée à 25 ans), même si on devait décider de prolonger deux centrales nucléaires.

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