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analyse

Revolht: une alternative citoyenne crédible à la Boucle du Hainaut?

Pour rapatrier et transporter l'énergie d'origine renouvelable, Elia vise la réalisation de la Boucle du Hainaut, une liaison électrique aérienne de 380 kV (kiloVolt) et d’une capacité de transport de 6 GW entre Avelgem et de Courcelles. ©Photo News

Le projet d'Elia de construction d'une liaison à haute tension entre Avelgem et Courcelles (Boucle du Hainaut) suscite une levée de boucliers des riverains. L'ASBL Revolht a proposé une alternative, beaucoup plus chère, mais en partie validée par l'UMons. Décryptage.

Pour sortir du nucléaire, il ne suffit pas d'empiler les panneaux photovoltaïques et les éoliennes. L'électricité produite doit aussi être acheminée vers l'intérieur du pays, puis distribuée aux consommateurs. Ici, on parle d'une véritable révolution des réseaux de transport et de distribution qui doit s'effectuer dans les années à venir afin de permettre à la Belgique de véritablement faire sa transition énergétique tout en garantissant la sécurité d'approvisionnement après la fermeture des centrales nucléaires.

Parmi les chantiers connus, deux font particulièrement grincer des dents au niveau local: Ventilus, en Flandre-Occidentale, censé relier Stévin à Avelgem et la Boucle du Hainaut, qui consiste en la réalisation d’une nouvelle liaison électrique aérienne de 380 kV et d’une capacité de transport de 6 GW entre les postes d’Avelgem et de Courcelles. Ces deux projets, menés par le gestionnaire du réseau de transport (GRT) d'électricité Elia, sont actuellement à l'étude par les autorités régionales compétentes, en vue d'obtenir, d'ici 2025, leurs permis d'urbanisme.

Le tracé prévu de la Boucle du Hainaut.

L'option Revolht

Pour lutter contre la défiguration du paysage, la perte de valeur des habitations et les champs électromagnétiques nocifs induits par la construction d'un corridor de 84,8 km de lignes à haute tension à travers 14 communes du Hainaut, des citoyens se sont réunis sous l'ombrelle de l'ASBL Revolht. Ce lundi, l'association a fait part de son alternative au tracé de la Boucle du Hainaut et des conclusions de l'analyse de faisabilité commandée auprès de l'UMons.

Tout d'abord, notons que l'UMons ne remet pas en doute le besoin auquel répond la Boucle du Hainaut mais émet quelques réserves quant à la capacité de transport nécessaire. Selon l'analyse, les 6 GW prévus par Elia seraient surévalués. Ensuite, l'université a jugé envisageable la proposition formulée par l'ASBL de remplacer les lignes à haute tension aériennes en courant alternatif prévues par Elia par des lignes enfouies en courant continu "de point à point".

1,25 à 2,5
milliards d'euros
Selon Revolht, l'alternative en courant continu à la Boucle du Hainaut coûterait 1,25 à 2, 5 milliards d'euros à Elia.

Concrètement, Revolht imagine que l'électricité produite en Mer du Nord pourrait être acheminée directement vers des points d'arrivée (Doel, Tihange, par exemple) où elle serait ensuite convertie en courant alternatif dans des stations dédiées (comme celle de Lixhe).

Revers de la médaille, la solution avancée par Revolht coûterait 2,5 à 5 fois plus cher que le projet de Boucle du Hainaut, déjà estimé à 500 millions d'euros. Naturellement, ce coût aurait un impact sur la facture de l'ordre de 15 à 30 euros par an, selon l'association.

"Nous sommes convaincus qu'Elia n'y a tout simplement pas pensé."
Revolht

Renforcement et transport

L'argument "coût" mis à part, pourquoi Elia n'a-t-il dès lors pas envisagé cette solution visiblement plus satisfaisante pour toutes les parties prenantes? "Nous sommes convaincus qu'ils n'y ont tout simplement pas pensé", nous répond l'ASBL. En réalité, d'autres éléments s'ajoutent à l'équation.

"Plusieurs choix technologiques ont été étudiés, dont le courant continu", nous indique Julien Madani, le responsable de la communication du projet pour Elia. "Nous utilisons le courant continu dans le cadre d'autres projets, comme l'interconnexion avec l'Allemagne (Alegro), pour répondre à d'autres objectifs, comme le transport d'un point A à un point B", poursuit-il. En effet, pour Elia, le transport de l'électricité ne représente qu'une partie de la mission. Avec la Boucle du Hainaut, le GRT entend aussi renforcer les lignes existantes, bientôt saturées, et en augmenter la capacité d'accueil.

"Plusieurs choix technologiques pour la Boucle du Hainaut ont été étudiés, dont le courant continu."
Julien Madani
Responsable de la communication du projet chez Elia

Ensuite, les lignes enterrées de courant continu ne disposent, selon la technologie actuellement disponible, que d'une capacité de transport de maximum 2 GW. Pour Elia, multiplier les lignes parallèles compliquerait les travaux, d'autant plus que "les installations en courant continu nécessitent des entretiens et réparations plus longs et fréquents, rendant la liaison beaucoup moins disponible qu’en courant alternatif".

Par ailleurs, les installations en courant continu ne permettent pas le "repiquage" des lignes (du moins sans stations de conversion), c'est-à-dire l'utilisation de points d'injections entre les différentes portions du réseau, et rendent, de facto, le réseau moins flexible et le maillage moins complet. Enfin, Elia note que ce type de liaison présente des pertes énergétiques largement supérieures à la technologie en courant alternatif.

Au tour du politique

Ce vendredi, l'ASBL présentera ses conclusions à Elia, et espère "les renvoyer à leur copie". Notons d'ailleurs qu'Elia n'a pas encore pris connaissance des détails de la proposition de Revolht. Revolht n'a pas non plus demandé l'accès aux données d'Elia pour réaliser ses calculs.

"Nous ne sommes pas encore fatigués, tout cela ne fait que commencer."
Revolht

Pour l'heure, l'analyse de l'ASBL vient gonfler le dossier déjà bien fourni trônant sur le bureau du ministre wallon de l'Aménagement du territoire, Willy Borsus (MR). Cette pièce s'ajoute en effet aux études commandées par le ministre en vue de présenter ses premières conclusions et de commander les études d'incidence environnementale. Après seulement, la longue route vers la modification des plans de secteur et l'obtention des permis d'urbanisme pourra commencer. Elia vise 2025 pour le premier coup de pioche et 2028 pour la mise en service. "Nous ne sommes pas encore fatigués, tout cela ne fait que commencer", sourit un représentant de Revolht, conscient du marathon qu'il reste à courir à la petite association.

Le résumé

  • Le projet de Boucle du Hainaut d'Elia, nécessaire pour transporter l'énergie renouvelable à l'intérieur du pays, suscite la grogne des riverains impactés par son tracé.
  • Une ASBL citoyenne, Revolht, a proposé une alternative plus coûteuse au projet, reposant sur des lignes enfouies en courant continu "de point à point".
  • Selon Elia, le courant continu présente plusieurs faiblesses, comme la limitation de la capacité de transport, le manque de flexibilité ou les pertes d'énergie.

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