RWE arrête des centrales

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Confronté à de lourdes pertes, RWE annonce qu'il arrête des centrales en Allemagne et aux Pays-Bas.

Le numéro deux allemand de l'énergie RWE, maison mère d'Essent Belgium (avec Essent aux Pays-Bas) a publié  une lourde perte nette de 388 millions d'euros au deuxième trimestre, et annoncé sa décision d'arrêter plusieurs centrales en Allemagne et aux Pays-Bas.

Ces sites, d'une capacité cumulée de 3.100 mégawatts, ne sont plus rentables du fait de la concurrence des énergies renouvelables, a expliqué RWE dans un communiqué, ce qui pèse fortement sur la rentabilité du groupe.

• Mardi, le numéro un allemand E.ON avait dit avoir d'ores et déjà réduit ses capacités de 6.500 MW et envisager d'aller plus loin.

RWE n'a pas donné le détail des centrales qui vont être fermées. Il a précisé qu'en sus de celles-ci, l'avenir d'autres sites était en cours d'examen.

→ Le groupe a dû passer quelque 800 millions d'euros de charges de dépréciation sur son portefeuille de centrales néerlandaises au deuxième trimestre, ce qui a fortement pesé sur ses résultats.

Au seul deuxième trimestre, son bénéfice d'exploitation (Ebit) affiche un recul de 27% à 715 millions d'euros, tandis que le chiffre d'affaires a grimpé de 9% à 12,5 milliards d'euros, aidé par l'hiver anormalement froid et long, qui a soutenu la demande de gaz.

RWE a toutefois maintenu ses prévisions annuelles d'un bénéfice d'exploitation de l'ordre de 5,9 milliards d'euros et d'un bénéfice net "durable", c'est-à-dire hors éléments exceptionnels, de 2,4 milliards d'euros.

Transition énergétique allemande

L'avenir des centrales au charbon et au gaz est l'un des gros points d'interrogation de cette transition qui doit voir l'Allemagne abandonner d'ici dix ans l'énergie nucléaire, et les sources renouvelables représenter 80% de la production électrique à l'horizon 2050.

La chancelière Merkel, qui espère obtenir un troisième mandat à l'issue des législatives du 22 septembre, revendique ce très populaire abandon du nucléaire. Mais cette politique énergétique va priver les producteurs d'électricité, EON et RWE en tête, des juteux profits de leurs centrales atomiques. Et elle transforme dès maintenant leurs centrales au gaz et au charbon, marginalisées par la concurrence des renouvelables, en foyers de pertes.

Les deux principaux acteurs allemands du secteur ont annoncé cette semaine des résultats en forte baisse. En cause, entre autres, le fait que "beaucoup de nos centrales opèrent à pertes", a justifié mercredi le directeur financier de RWE Bernhard Günther.

Du coup RWE veut fermer plusieurs centrales en Allemagne et aux Pays-Bas, représentant une capacité cumulée de 4.300 mégawatts. Et d'autres pourraient suivre, a indiqué M. Günther.

L'éolien et le solaire prioritaires

Le soutien aux renouvelables se traduit notamment par une priorité donnée à l'électricité propre dans l'alimentation du réseau. Tout ce que produisent éoliennes et panneaux solaires doit être écoulé, la production au charbon ou au gaz ne servant qu'à combler les trous.
Sur fond de boom du solaire ces dernières années, à la faveur d'un régime généreux de subventions, la capacité installée des renouvelables est maintenant telle que, si le vent souffle ou le soleil brille, voire les deux en même temps, l'Allemagne peut parfois se passer de ses centrales conventionnelles.

Entre avril et juin, certaines centrales de RWE ont fonctionné à moins de 10% de leur capacité, a expliqué M. Günther. Alors que le prix de gros de l'électricité est au plus bas en Europe, cela signifie des pertes substantielles. Jusqu'il y a peu le problème concernait les centrales à gaz, mais dorénavant même le charbon n'est plus forcément rentable, selon lui.

EON a bataillé pendant des mois avec les autorités régionales sur le sort de sa centrale à gaz bavaroise d'Irsching, inaugurée en 2010 et qui fonctionne à tout petit régime. Le groupe a consenti à la maintenir en service, comme le souhaitaient régulateur et pouvoirs publiques dans un souci de sécurité de l'approvisionnement, contre un paiement compensatoire.

L'Agence des réseaux prévient qu'elle n'approuvera pas beaucoup de fermetures de centrales dans le sud du pays, là où les besoins sont les plus élevés. La production d'énergies renouvelables est entièrement tributaire de la météo, et des capacités de production conventionnelles doivent assurer les arrières. Si c'est le cas, les opérateurs veulent être dédommagés.

En ce moment les centrales d'EON "travaillent pour rien", a tempêté mardi le patron Johannes Teyssen, qui planche sur d'autres scénarios de fermeture et, pourquoi pas, un transfert en Turquie, où le groupe est maintenant solidement implanté.

"Je pense que c'est plutôt une menace, cela serait très très compliqué, et cela m'étonnerait qu'ils y pensent sérieusement", a commenté une source du secteur.

En cette période pré-électorale, les menaces font partie du jeu. Tout le secteur attend du futur gouvernement une refonte en profondeur des modalités de la transition énergétique.

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