Solvay veut bâtir un écosystème de l'innovation à Bruxelles

Ilham Kadri, CEO de Solvay ©Solvay

Le projet du nouveau grand bâtiment unique envisagé sur le site bruxellois de Solvay est abandonné. Mais Solvay n'abandonne pas Bruxelles. Le groupe envisage désormais d’y développer un véritable écosystème de l’innovation accueillant clients, chercheurs, spin offs et start-ups.

Exit le futur grand bâtiment unique sur le campus Solvay, situé à Neder-Over-Heembeek. Annoncé il y a un an et demi, ce projet n’est plus d’actualité. "Ce bâtiment devait rassembler l'ensemble du personnel du site", rappelle Michel Defourny, secrétaire général et vice-président senior du groupe.

"Après un an et demi de travaux préparatoires, il s'avère que ce projet immobilier est trop coûteux. Nous avons donc décidé de le modifier. Cela ne signifie pas que nous abandonnons Bruxelles. Au contraire. Nous réaffirmons aujourd'hui vouloir y maintenir le siège du groupe (headquarters) tout en y développant un nouvel écosystème dédié à l’innovation".

Actuellement, 1.150 personnes travaillent sur le Solvay Campus de Neder-Over-Heembeek. L’idée est désormais de remodeler le site bruxellois en réservant la moitié de ses 22 hectares à Solvay et en consacrant l’autre moitié à l’accueil de ses clients, d’équipes de recherche ainsi que de spin offs et de start-ups innovantes et actives dans le domaine des matériaux. Le détail immobilier de cette réaffectation reste toutefois à préciser.

"On cite parfois un gain énergétique à l’usage de plus de 20%."
Ilham Kadri
CEO de Solvay

Il est question de construire de nouvelles infrastructures et de rénover des bâtiments existants. De nouveaux laboratoires parfaitement en ligne avec cette stratégie sont d’ailleurs en cours d’équipement, voire fonctionnels à Neder-Over-Heembeek. Notamment celui où les matériaux proposés par Solvay et les produits finis qu’ils permettent d’élaborer pour les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, mais aussi de l’industrie pétrolière (oil & gas), sont testés intensivement.

De quoi remplacer dans les industries automobiles et aéronautiques par exemple, des pièces anciennement fabriquées en métal par des matériaux composites de hautes performances plus légers. L’utilisation de tels matériaux allégés permet notamment des gains de masse et donc d’énergie. "On cite parfois un gain énergétique à l’usage de plus de 20%", indique Ilham Kadri, la CEO de Solvay. Pour remplacer ces pièces métalliques par des polymères spéciaux et des composites à base de fibres de carbone, il faut bien entendu s’assurer de leur résistance et connaître leur comportement à l’usage.

"C’est là que nos nouveaux laboratoires interviennent", indique Ludovic Odoni, responsable de la recherche sur le site bruxellois. "Grâce à nos multiples nouveaux équipements, nous pouvons caractériser au mieux nos matériaux, mais également le comportement des pièces mises en forme pour nos clients qui utilisent nos produits et ce face à une multitude de contraintes (pression, torsion, choc, température, etc.)". "Notre souci est bien entendu de pouvoir répondre rapidement et efficacement aux demandes de nos clients", souligne Mme Ilham Kadri.

"The Spark": nouvel incubateur

Outre ces laboratoires, l’ouverture du site de Solvay à Bruxelles en vue de le faire évoluer en véritable écosystème de l’innovation passe aussi par la mise sur pied d’un incubateur en son sein. Son nom: "The Spark". "Deux sociétés sont déjà présentes sur le site", explique Jacques de Lalaing, directeur du "Spark" et du développement de la partie "sud" du campus Solvay, vouée à l’accueil de cet écosystème.

"The Spark existe depuis septembre dernier."
Jacques de Lalaing

Il s’agit de Saroléa, une société qui développe des motos électriques haut de gamme, ainsi qu’une spin off de la VUB, Abee, qui travaille sur la mise au point de batteries électriques 'sèches', de nouvelle génération. Des batteries pour véhicules électriques qui ne présentent plus de risque d’incendie.  "The Spark existe depuis septembre dernier", précise encore Jacques de Lalaing.

"Notre ambition est d’y accueillir dans les mois qui viennent trois nouvelles start-ups. Nous espérons ensuite voir arriver chaque année cinq nouvelles jeunes entreprises comprenant de 3 à 5 personnes, pour aboutir, d’ici 2024, à un portefeuille d’une vingtaine de sociétés. Nous commençons par des start-ups actives dans le domaine des matériaux et des batteries. Mais nous pourrions ensuite élargir l’écosystème vers le stockage de l’hydrogène ou encore le contrôle et la gestion de l’énergie", précise-t-il. Manifestement, l’écosystème envisagé par Solvay est déjà dans les starting blocks.

Neuf mousquetaires industriels pour le F-35

Toujours dans le domaine de l’innovation, mais appliquée ici à l’aéronautique, huit entreprises belges ont signé mercredi matin au Campus Solvay de Bruxelles, un accord de coopération avec le constructeur américain Lockheed Martin.

Cet accord a été signé dans le cadre des mesures dites ESI (intérêts essentiels de sécurité) liées au contrat belge pour le programme F-35. Le choix de l’avion de chasse américain F-35 par le gouvernement belge pour le remplacement des F-16 actuels implique en effet une coopération entre Lockheed Martin et l’ensemble de l’écosystème aéronautique belge d’entreprises et d’universités.

L’accord de mercredi est destiné à favoriser la recherche et l’innovation en Belgique, dans le domaine du développement de matériaux composites de nouvelle génération, des techniques de réparation et du collage du métal avec les composites appliqué au secteur aéronautique. "Ces projets collaboratifs de recherche dureront de 12 à 24 mois et concerneront aussi les équipes universitaires, précise Yung Lee, représentant de Lockheed Martin. Nous avons développé depuis longtemps de telles collaborations avec des universités aux États-Unis. C’est exactement ce que nous souhaitons réaliser aussi en Belgique."

 Solvay est un des huit acteurs belges concernés par cet accord. Le groupe mettra à la disposition de ce projet son nouveau "Centre d’expertise sur les matériaux ouvert à ses clients" ("Customer engagement center"). Les sept autres acteurs belges apporteront chacun leurs expertises. Il s’agit des entreprises Asco Industries, Coexpair, Feronyl, Sabca, Safran Aero Boosters, Sonaca et Thales Belgium. Contacté par nos soins, Bernard Delvaux, le patron de la Sonaca, voit d’un bon œil cette initiative portée par Solvay et Lockheed Martin. "Nos échanges de savoir-faire dans le cadre de cet accord-cadre vont être bénéfiques pour tous les partenaires, dit-il. La Sonaca n’a donc pas hésité à se joindre à cette initiative. Toutefois, nous n’en sommes encore qu’au stade des intentions. Aucun projet concret n’est encore sur la table."

Par ailleurs, il précise aussi, dans un autre contexte cette fois, qu’en matière de retours industriels pour la Belgique liés au contrat d’achat des nouveaux avions de chasse F-35, rien n’est encore bouclé avec Lockheed Martin. "Mais nous y travaillons, notamment avec la Sabca et Asco Industries en ce qui concerne notre participation à la fabrication de la dérive arrière de l’avion", conclut-il.

 

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