analyse

Suez dit non au rapprochement proposé par Veolia

Parmi ses activités, Veolia s'occupe du traitement des déchets, développant pour et avec ses clients (villes, entreprises,...) des solutions d’économie circulaire. ©BLOOMBERG NEWS

L'offre de 2,9 milliards d'euros du spécialiste français du traitement de l'eau et des déchets, prélude à une volonté de rachat total de son rival hexagonal, a été rejetée par la cible.

Et pour cause, le spécialiste français du traitement de l'eau et des déchets Veolia annonçait dimanche avoir proposé à Engie de lui racheter 29,9% (de ses 32%) du gestionnaire d'eau et de déchets pour un montant total d'environ 2,9 milliards d'euros. Et ce, avant une offre sur le solde du capital de son concurrent, dans le cas où la proposition serait acceptée.

Objectif? Créer un "champion" français, mais aussi mondial, de quelque 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

40
milliards €
Le rapprochement de Veolia et de Suez créerait un acteur totalisant quelque 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Accueil timide d'Engie

Une vision qui ne fut que timidement accueillie par Engie lundi dans la journée – à la différence des marchés –, le groupe se contenant de déclarer, dans un communiqué, qu'il étudierait la proposition "dans les prochaines semaines".

De son côté, France oblige, le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, déclarait dans la foulée que l'Etat "sera vigilant aux engagements en termes de maintien de l'emploi (Veolia, aux 176.000 salariés, a assuré que l'ensemble des quelque 89.000 collaborateurs de Suez trouveront leur place dans le géant à naître, NDLR) et de conservation des actifs stratégiques". Avant d'ajouter qu'"en qualité d'actionnaire de référence d’Engie, l'Etat étudiera cette offre (dont il a été tenu informé en cours de route, NDLR) avec la gouvernance de l'entreprise".

89.000
collaborateurs
Veolia, avec ses quelque 176.000 salariés, a assuré que l'ensemble des 89.000 collaborateurs de Suez trouveraient leur place au sein du géant à naître.

Sauf que voilà, ce fut in fine... un coup dans l'eau, Suez lui-même, premier fournisseur privé d'eau au monde, ayant tout bonnement rejeté le projet de rapprochement de son rival historique, vu comme un dépeceur, sous couvert d'indépendance.

L'offre du prédateur a été jugée comme "porteuse de grandes incertitudes". Ce qu'un montant, dans le bas de la fourchette, mis sur la table n'a sûrement pas aidé à faire avaler.

La bourse, elle, avait pourtant dit oui

L'action Suez a bondi de près de 20% lundi à la Bourse de Paris après la proposition de Veolia de racheter l'essentiel de la participation d'Engie dans le numéro deux mondial de la gestion de l'eau et des déchets.

A la mi-journée, Suez grimpait de 18,46% à 14,5 euros et prenait la tête de l'indice SBF 120, lui-même en hausse de 0,77%. Le titre s'acheminait ainsi vers sa plus forte progression jamais enregistrée en une séance.

De son côté, Engie avançait dans le même temps de 6,15% pour signer la plus forte progression du CAC 40, quand Veolia suivait de près avec un gain de 3,93%.

A l'étude depuis dix ans

D'ailleurs, encore aurait-il fallu que la Commission européenne se montre clémente. Et ce, peut-être sous couvert du renforcement d'un possible fleuron européen, là où la Chine et les Etats-Unis ont gagné en puissance dans nombre de secteurs ces dernières années.

A cela, il était possible de rétorquer qu'il ne s'agissait pas ici d'une opération réalisée à la va-vite. Des discussions étaient en effet déjà en cours depuis une dizaine d'années maintenant, entendait-on en ce début de semaine. Pour une opération qui allait "dans le sens de l'histoire", avait dit le CEO, Antoine Frérot.

"Je suis convaincu à 100 % que nous réussirons ce formidable projet qui va dans le sens de l'histoire."
Antoine Frérot
CEO de Veolia

Après tout, elle aurait permis aux deux acteurs de réduire la pression sur leur marché domestique qu'est la France au profit d'efforts accrus à l'international. Et ce, dans une conjoncture où d'éventuels rivaux pourraient se retrouver fragilisés, opportunité non négligeable pour quiconque déciderait de jouer un rôle plus important.

Comme en Belgique, marché fragmenté, où Suez emploie quelque 2.400 personnes et a généré un chiffre d'affaires de l'ordre de 512 millions d'euros l'an dernier. De son côté, Veolia y compte plus de 1.800 collaborateurs et enregistrait un chiffre d'affaires de 309,5 millions d'euros sur la même période dans le pays et au Luxembourg.

Mais la douce sérénade n'a visiblement pas été perçue d'une oreille amoureuse.

Quel intérêt pour Engie?

D'autant qu'on se demandait pourquoi Engie aurait accepté de se séparer, sans mise en concurrence, d'une activité qui se porte bien, pesant près d'un tiers de ses recettes.

Plusieurs observateurs convergeaient en ce sens sur une idée: ni pour gonfler les poches de ses actionnaires, ni pour apurer une dette loin d'être anormale jusqu'ici, mais bien, peut-être, pour des pertes futures - crise oblige - ou, pourquoi pas, pour réaliser une acquisition de taille destinée à positionner l'énergéticien pour demain. "Par exemple, dans l'hydrogène - avec un acteur comme Air Liquide -, qui manque dans leur portefeuille, amené à se développer très vite sous les effets du Green Deal de l'Union européenne", estimait le professeur Damien Ernst (ULiège) à l'évocation de l'hypothétique deal. "Voire en visant un gros acteur aux reins très solides dans le renouvelable qui a besoin de cash pour des giga-projets."

D'autant que la cession de cet actif est clairement assumée par le groupe d'énergie présidé par Jean-Pierre Clamadieu (après avoir quitté Solvay) puisqu'il avait déjà fait savoir cet été qu'il était prêt à se désengager de Suez pour se recentrer sur son cœur de métier.

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