Deux autres réacteurs belges affectés par des problèmes de béton

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Electrabel, qui avait déjà dû mettre Doel 3 et Tihange 3 à l'arrêt durant de longs mois pour réparer le béton dans un bâtiment annexe, va vraisemblablement devoir faire de même à Doel 4 et Tihange 2.

Nouvelle tuile pour Electrabel. Le plafond du bunker qui abrite des systèmes de secours à Doel 4 et à Tihange 2 souffre des mêmes problèmes de dégradation du béton qui ont déjà été constatés à Doel 3 et à Tihange 3, a annoncé l’AFCN, le gendarme du nucléaire belge, ce mercredi. C’est ce qu’ont révélé les inspections menées ces dernières semaines, alors que les deux récteurs étaient à l’arrêt pour entretien.

Les deux récteurs nucléaires ne pourront vraisemblablement pas redémarrer aux dates prévues, même si Electrabel n’a pour l’instant pas revu leur planning d’indisponibilité. "Nous n’avons pas, actuellement, d’éléments qui nous amène à revoir ce planning", déclarait étonnamment Electrabel mercredi, par la voix de sa porte-parole. Personne ne se risque, pour l’instant, à évaluer le temps nécessaire pour les travaux"Tant à Tihange 2 qu’à Doel 4, les analyses sont en cours afin de poser un diagnostic correct avant de lancer les travaux de réparation", explique l’AFCN.

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Mais si les problèmes sont de même ampleur qu’à Doel 3 et Tihange 3, les réparations devraient prendre des mois. Pour rappel, Doel 3 n’a pu redémarrer que fin juillet, après dix mois de travaux, qui ont impliqué la construction d’un nouveau toit.  Et à Tihange 3, où le problème a été constaté en avril, les travaux sont toujours en cours, et personne ne peut nous assurer, ni chez Electrabel ni à l’AFCN, que le réacteur redémarrera bien fin septembre comme annoncé.

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On se trouve donc face un problème en série. Les bunkers en question abritent un local qui héberge des buses d’échappement, qui dégagent de la vapeur à chaque arrêt du réacteur.  Une vapeur à près de 300 degrés, qui a attaqué le béton et entrainé la corrosion des armatures métalliques du béton. L’AFCN avait pointé, en janvier, un défaut d’entretien par Engie  Il s’agit aussi, estiment plusieurs spécialistes, d’un défaut de conception de ces bâtiments. Et si les trois autres réacteurs belges échappent au problème, c’est tout simpement parce qu’ils ne disposent pas de bunker de ce type, mais de bâtiments d’ultime rempli qui ont été construits plus tard, sur un autre modèle.

Un gros impact pour Engie et pour les consommateurs

C’est une mauvaise nouvelle pour Electrabel et sa maison-mère Engie , qui voit son résultat net récurrent amputé de près de 40 millions d’euros par mois pour chaque réacteur arrêté. En juillet, Engie prévoyait déjà que ses résultats annuels seraient amputés de 250 millions d’euros, suite aux arrêts imprévus de sa fotte nucléaire belge. L’addition va vraisemblablement s’alourdir.

Ces derniers mois, le prix de l’électricité a déjà fortement augmenté sur les marchés: il est passé en un an d’une trentaine d’euros par MWh à plus de 60 euros. En cause: l’augmentation du prix du CO2, celui du prix du gaz et du charbon, encore utilisé en Allemagne, mais aussi l’indisponibilité de certaines centrales nucléaires en Belgique et en France. Résultat: les contrats d’électricité à prix fixe en ce mois de septembre sont 50 à 100 euros plus chers, pour un ménage moyen, qu’il y a un an, selon des chiffres compilés par l’agence Belga. Un phénomène qui risque fort d’encore s’aggraver.

Un point d’interrogation pour l’hiver

Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension belge, se refuse à toute déclaration concernant la sécurité d’approvisionnement pour cet hiver, puisqu’Electrabel ne lui a notifié aucun changement dans le calendrier de disponibilité des centrales. "Cela ne veut pas dire que nous restons les bras croisés.  Nous sommes en train de voir quelles seraient les possibilités en cas de problème", explique son porte-parole Jean Fassiaux.

La ministre de l’énergie Marie-Christine Marghem, qui a décidé le 1er septembre dernier de ne pas constituer de réserve stratégique pour l’hiver à venir, pourrait-elle revenir sur sa décision? "Non, la réglementation ne le permet pas" indique son cabinet.

Difficile, aujourd’hui, de prévoir s’il y aura un risque de pénuries d’électricité cet hiver. La capacité des interconnexions est passée de 4,5 à 5,5 GW, et la centrale de Vilvorde, qui avait remis offre pour la réserve stratégique, devrait pouvoir revenir sur le marché, à certaines conditions, nous revient-il.

Mais la disponibilité de cinq réacteurs, qui totalisent quelque 4 GW, est incertaine: celle de Doel 1 et 2, où un retard dans les travaux ne peut être exclue, et celle de Doel 4, Tihange 2 et Tihange 3, pour cause de problèmes de béton. En outre, un arrêt de Tihange 1 est programmé pour révision et rechargement d’une partie du combustible du 20 octobre au 28 novembre. Electrabel pourra vraisemblablement revoir un peu le calendrier si nécessaire, mais sa marge de manoeuvre est étroite.  Et le point d’interrogation pour l’hiver à venir est énorme.


 

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